EMPLOI / SOCIETE, PERSONNALITES, POLITIQUE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

Présidentielles et enseignement supérieur : les programmes des deux candidats

Sujet technique, mobilisant peu les foules en dehors de grandes manifestations rituelles, l’enseignement supérieur n’a pas été au cœur du premier tour de la campagne électorale présidentielle. Si François Hollande a mis « la jeunesse au premier rang de ses engagements dans cette campagne présidentielle » on a le sentiment que, pour les deux principaux candidats, l’effort doit maintenant plus porter plus sur le primaire et le secondaire que sur l’université. C’est très clair dans le discours prononcé par Nicolas Sarkozy le 28 février à Montpellier quand il dit qu’il a « pendant les cinq années qui viennent de s’écouler, donné la priorité à l’université et à la recherche » et que, s’il est réélu, « pendant les cinq années qui viennent, c’est à l’école, de la petite enfance jusqu’au bac, qu’il faut donner la priorité ».

En ce qui concerne l’enseignement supérieur, le débat essentiel entre les deux candidats porte sur l’application de la loi dite LRU (loi relative aux libertés et responsabilités des universités) que défend ardemment Nicolas Sarkozy. S’il est élu, François Hollande compte lui organiser des assises de l’enseignement supérieur et de la recherche dès 2012 pour voir comment la réformer. De plus, il prévoit de réserver 5 000 à l’enseignement supérieur parmi les 60 000 postes d’enseignants dont il envisage la création.

LA FISCALITÉ

La suppression de la demi-part fiscale accordée aux familles qui élèvent des enfants et à son remplacement par d’autres dispositifs, tel le crédit d’impôt remboursable, fait partie des principales pierres d’achoppement entre les candidats. Si, à la suite du think tank Terra Nova et de l’économiste Thomas Piketty, François Hollande a pris un temps des positions allant dans ce sens, il se limite aujourd’hui à « limiter le plafond du quotient familial de 2300 à 2000 euros » et de préconiser un accroissement d’un quart du montant de l’allocation de rentrée scolaire.

Nicolas Sarkozy est en tout cas violemment contre toute remise en cause des avantages accordés aux familles élevant des enfants, et ceci quel que soit leurs revenus, et continue à agiter la menace de « la suppression du quotient familial ». Depuis le thème est resté absent de la campagne. Fera-t-il son retour lors du débat de l’entre-deux tours ?

LA LRU ET L’AUTONOMIE DES UNIVERSITÉS

Être parvenu à réformer l’université est la grande fierté de Nicolas Sarkozy. En prononçant ses vœux au monde enseignant au début de l’année il s’en félicitait ainsi : « Quatre ans après le vote de la loi LRU, la quasi-totalité des universités sont autonomes ! En 2007, le simple mot d’autonomie mettait des milliers de gens dans la rue, lesquels étaient complètement sincères, mais manipulés. Les universités peuvent désormais créer des fondations, recruter selon leurs besoins, devenir propriétaires et même gestionnaires de leur patrimoine. » Pour autant, il estime que la réforme des universités n’est pas achevée. Et « milite pour un système universitaire qui se réformerait en continu ».

Une loi LRU qui n’a été que mollement attaquée au début de la campagne par François Hollande. À tel point qu’Anne Fraïsse, l’emblématique président de l’université Montpellier 1 et vice-présidente de la Conférence des présidents d’université (CPU), s’en était émue. François Hollande considère en effet que « la LRU est pour le moment une loi de déconcentration des moyens ». Il s’agit donc aujourd’hui pour lui de « réellement donner les moyens de leur autonomie aux universités et de leur permettre d’avoir une gouvernance plus collégiale et démocratique ». Il veut que l’ensemble des « textes contestés depuis plusieurs années de gouvernement de droite » soit remis à plat.

Une LRU améliorée accompagnée d’une « révision des investissements d’avenir du Grand emprunt et le plan Campus » et du renforcement de l’autonomie par « de nouveaux contrats d’objectifs et de financement », voilà qui devrait quand même satisfaire la plupart des universités. La plupart se disent en effet à la fois autant heureuses d’avoir acquis leur l’indépendance que dépitées de ne pas en avoir les moyens financiers. Après avoir élaboré une loi de programmation pour l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation avec « l’ensemble des acteurs du milieu scientifique, universitaires et étudiants », François Hollande entend aussi lancer un plan pluriannuel de recrutement pour rejoindre les standards internationaux et « assurer un avenir aux jeunes chercheurs ».

L’ÉVALUATION

Pas de LRU sans évaluation et donc sans la création de l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Aeres). C’était le raisonnement de Nicolas Sarkozy. Or l’Aeres est aujourd’hui très critiquée – doux euphémisme – dans la collectivité universitaire. Le 14 avril dans un entretien à l’Aef, Vincent Peillon, le responsable de l’éducation dans l’équipe de François Hollande, remettait ainsi en cause son existence même : « Nombreux sont les chercheurs – y compris parmi les meilleurs – pour qui l’évaluation, telle qu’elle est faite par l’Aeres, pose problème », estimant qu’il n’était « pas possible de faire progresser les chercheurs et les unités de recherche avec un système d’évaluation qui n’est pas reconnu par la communauté ».

LE RAPPROCHEMENT GRANDES ÉCOLES ET UNIVERSITÉS

Si on a pu entendre Vincent Peillon demander la suppression des grandes écoles en son temps, le candidat François Hollande est plus prudent : « Il faut travailler à leur rapprochement, notamment en matière de convergence des coûts. Plusieurs pistes complémentaires existent : créer des formations en double cursus, des laboratoires mixtes de recherche et effectuer des rapprochements au sein des PRES ». Chez Nicolas Sarkozy on en reste là aussi au bilan et à la création des PRES qui ont déjà contribué à rapprocher les deux univers.

L’AVENIR DES CLASSES PRÉPARATOIRES

Le débat sur les prépas a été vif cette année ces derniers mois suite à l’article « Prépas, l’excellence au prix fort » de Marie Desplechin paru dans « Le Monde » en février. Chez François Hollande, on remarque que « les principales critiques portent sur un système qui repose sur la maturité d’un jeune de 18 ans à supporter ou non cette pression et sur le manque de démocratisation. Ce sont les deux directions vers lesquelles il va falloir travailler ». De la même façon, si le candidat du PS n’est pas favorable à l’intégration des classes préparatoires aux universités, il préconise de «  travailler à leur rapprochement dans le cadre d’un schéma des formations de 1er cycle sur un territoire ».

Depuis, invité par le Bondy Blog le 26 mars, il a proposé qu’un quota d’élèves de terminale allant en classe préparatoire soit institué : entre 5 et 6%. En effet si en moyenne, un peu plus de 9% des élèves de terminale générales et technologiques s’orientent aujourd’hui dans des prépas beaucoup de lycées n’en envoient aucun quand c’est la norme dans les meilleurs. D’où une idée de quotas (lire l’article) qui vient rejoindre la volonté de Nicolas Sarkozy de voir 30% des places réservées aux boursiers.

LES AIDES AUX JEUNES

La création d’une allocation d’études pour les jeunes en formation fait partie des propositions du candidat Hollande « dans le cadre de la réforme fiscale que nous préconisons ». Ce qu’on a pu appeler un « salaire étudiant » a souvent été évoqué ces dernières années mais son coût prohibitif a toujours rendu la mesure impossible à mettre en œuvre. Qu’en sera-t-il là ?

Là encore Nicolas Sarkozy s’appuie sur son bilan en mettant en avant la revalorisation des bourses (+20% pour les jeunes les plus défavorisés) et un nombre de boursiers passé de 470 000 à 600 000 jeunes en faisant remarquer que, « depuis la rentrée 2011, tous les boursiers reçoivent un 10ème mois de bourse ». Plutôt que de nouvelles bourses, il a proposé dans la dernière ligne droite de la campagne de créer une « banque de la jeunesse qui se portera garante des projets de tous les jeunes, qu’il s’agisse de financer des études, de créer une entreprise, de mettre en œuvre un projet humanitaire ». Sans qu’on sache trop quelles seront les modalités. C’est en tout cas un élément de clivage fort avec un François Hollande sur la création d’entreprise.

L’OUVERTURE SOCIALE DES FILIÈRES D’EXCELLENCE

Quota ou pas quotas ? Là la réponse de François Hollande est claire : « La méthode des quotas n’est pas la bonne. Nous préférons développer, en plus des concours, des passerelles après un diplôme de l’enseignement supérieur ». De plus, le PS considère que le « niveau 0 est en quelque sorte un niveau fictif qui ne doit pas être pris en compte dans les statistiques d’ouverture sociale ». Or dans ce cas, l’objectif de 30% de boursiers dans les grandes écoles s’éloigne à grands pas. D’autant qu’au PS on n’entend pas baisser le niveau des concours par quelque artifice que ce soit : « Pour nous, les deux grandes filières d’accès aux grandes écoles restent le concours et la passerelle après le niveau licence ».

Quant à Nicolas Sarkozy, sa position n’a plus varié depuis début 2010, et le grand débat qui agitait alors le monde de l’enseignement supérieur, il veut « 30% de boursiers dans les grandes écoles » mais sans quota imposé. Il n’acceptera « jamais un système où certains candidats seraient reçus à un concours pour la seule raison qu’ils sont boursiers, au détriment d’autres candidats plus méritants » et privilégie donc le développement des admissions parallèles.

LA RÉUSSITE DES JEUNES

L’objectif d’amener 50% d’une classe d’âge à être diplômée de l’enseignement supérieur paraît louable aux candidats. Chez François Hollande on insiste déjà sur le bac : « Environ 64 % d’une classe d’âge est titulaire du bac. Parmi elle, 50 % des bacheliers ont obtenus un bac général soit 32 % d’une classe d’âge. Notre effort doit donc principalement porter sur les titulaires des bacs professionnels et technologiques. » La volonté de François Hollande d’« améliorer la transition avec l’enseignement secondaire pour accroître les chances de réussite dans l’enseignement supérieur » fait partie des idées les plus novatrices en matière de réussite des jeunes. Cette transition suppose d’ailleurs le retour à un super ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (et pourquoi pas de la Jeunesse puisque le champ d’action de Vincent Peillon l’inclut dans le cadre de la campagne).

À l’université, François Hollande compte également renforcer « l’encadrement pédagogique et administratif pour mieux accueillir et accompagner les étudiants » mais surtout « réformer profondément la licence pour enrichir les parcours et améliorer l’insertion professionnelle ». Enfin, il « veut réserver aux bacheliers des filières technologiques et professionnelles des formations dans le supérieur qui étaient prévues pour ces lycées et qui ont été captées, on le sait, par d’autres lycées. »

Nicolas Sarkozy insiste lui sur les débouchés plutôt que sur le nombre de diplômés : « Un diplôme qui ne débouche pas sur un emploi ne mérite pas son nom de diplôme. C’est un mensonge de dire à des étudiants qui s’engagent dans certaines voies qu’ils auront un diplôme s’il ne débouche pas sur une place ». Surtout, il met en avant sa « lutte sans merci contre le décrochage » et le suivi de tous les décrocheurs par « 400 équipes pédagogiques locales ». Autres chiffres lancés : le nombre de places qui a triplé (10 500) dans aux écoles de la deuxième chance, 800 000 jeunes qui devraient être formés par alternance en 2015 (soit un tiers de plus qu’actuellement) ou encore les 44 000 jeunes des quartiers formés dans le cadre des contrats d’autonomie instauré dans le cadre du plan Espoir Banlieues.

Olivier Rollot (@O_Rollot)

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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