Pendant les travaux de son campus historique ESCP s’est implantée porte de Champerret
ESCP Business School ressort confortée de son évaluation par le Hcéres. Le rapport salue une institution au rayonnement international solide, portée par une stratégie lisible, des résultats académiques élevés et une gouvernance fédérale jugée efficace. Mais derrière cette dynamique, le comité pointe aussi les tensions d’un modèle en expansion : croissance des effectifs, investissements immobiliers massifs, disparités entre campus et fonctions support encore inégalement structurées.
Une marque mondiale, un ADN européen. Le Hcéres insiste sur la cohérence du positionnement de l’ESCP : l’école combine reconnaissance académique, mobilité étudiante, ancrages locaux et stratégie européenne. Son appartenance aux grands classements internationaux et le renouvellement de ses accréditations renforcent cette image d’institution de référence. Le comité évoque une « politique de recherche d’excellence, visible et reconnue au premier plan international ».
Le rapport également juge la gouvernance de l’ESCP structurée, agile et alignée avec sa stratégie. Le pilotage fédéral, articulé avec les directions locales de campus, permettrait de maintenir une cohérence institutionnelle dans un environnement complexe. Le comité d’experts invite toutefois l’école à aller plus loin dans le pilotage par la donnée. Il recommande de consolider des indicateurs européens partagés couvrant la performance académique, la soutenabilité financière, la durabilité et l’expérience étudiante. L’objectif : éviter la dispersion des tableaux de bord et disposer d’une vision réellement consolidée du modèle.
Une expérience étudiante riche, mais pas encore homogène. Le rapport met en avant une expérience étudiante « exigeante, inclusive et pilotée à l’échelle européenne ». Vie associative dense, accompagnement professionnel, accueil des étudiants internationaux, dispositifs d’égalité des chances et actions de prévention constituent des points forts.
L’école a renforcé ses dispositifs sociaux : les bourses internes ont progressé, les étudiants boursiers du CROUS sont plus nombreux et certains bénéficient d’une exonération totale des frais de scolarité. Le Hcéres salue aussi les démarches en faveur de la santé mentale, de l’inclusion et de la lutte contre les discriminations.
Mais l’expérience demeure inégale selon les sites. Le rapport relève des disparités en matière de logement, d’accès aux infrastructures sportives, d’espaces de vie et de services essentiels. Le comité estime que “l’hétérogénéité entre les campus compromet l’homogénéité de la qualité de l’expérience étudiante”.
Une offre de formation foisonnante. L’offre académique de l’ESCP est décrite comme européenne, innovante et tournée vers l’hybridation des compétences. L’école développe des parcours croisant management, technologie, développement durable, géopolitique, sciences humaines et arts. L’Extension School, lancée dans le champ de la formation tout au long de la vie, répond à l’évolution rapide des métiers et à « l’accélération de l’obsolescence des compétences ».
Le rapport appelle néanmoins à clarifier davantage l’architecture de cette offre. Face à la multiplication des programmes, diplômes, certificats, instituts et campus, le Hcéres recommande une cartographie académique unifiée afin de rendre le modèle plus lisible pour les étudiants, les partenaires et les publics internationaux.
Une croissance sous surveillance. La principale réserve du rapport concerne la soutenabilité de la croissance. L’ESCP a connu une forte progression de ses effectifs et engagé une stratégie immobilière d’envergure, avec un programme d’investissements de 314 millions d’euros. Le comité reconnaît les efforts de structuration mais appelle à une « vigilance continue » sur l’équilibre financier, la qualité académique et les conditions de vie étudiante.
Les ressources humaines constituent un autre point d’attention. Malgré le renforcement de la DRH et la planification des recrutements professoraux jusqu’en 2030, le rapport évoque des « tensions structurelles » liées à la croissance et à la complexité du modèle multi-campus.
Des fonctions support à consolider. Le Hcéres identifie plusieurs faiblesses dans les fonctions support. Le système d’information est jugé hétérogène, avec des outils fragmentés selon les campus. Le rapport souligne notamment l’absence d’un système intégré de gestion des achats et des approvisionnements, qui alourdit les procédures administratives et fragilise la traçabilité budgétaire.
La cybersécurité, la gouvernance des données et l’empreinte environnementale du numérique sont aussi mentionnées comme des chantiers à renforcer, notamment dans un contexte d’essor de l’IA générative dans les pratiques pédagogiques.
Les alumni, un levier encore sous-exploité. Enfin, le rapport pointe un potentiel insuffisamment mobilisé : les anciens diplômés. Le réseau ESCP Alumni, fort de plus de 85 000 diplômés dans 193 pays, est présenté comme un « capital précieux insuffisamment exploité ». Le comité recommande d’en faire un levier stratégique central, à la fois pour le rayonnement international, la gouvernance, la levée de fonds et la construction d’une communauté véritablement européenne et globale.