POLITIQUE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

Financement de l’enseignement supérieur et droits de scolarité : le « PARC » est-il la solution ?

Un PARC, c’est un « prêt à remboursement contingent au revenu ». Une méthode de financement des études qui a cours dans neuf pays dont l’Australie et qui permet de résoudre la problématique des frais de scolarité et de leur accessibilité. Directeur général de l’IÉSEG, Jean-Philippe Ammeux porte l’idée en France.

Anne Dhoquois : Le PARC en quoi ça consiste ?

Jean-Philippe Ammeux : En Australie, où ce modèle fonctionne avec succès depuis 1989, le prêt octroyé à tous les étudiants nationaux sans exception pour payer leurs frais de scolarité, est garanti par l’Etat lorsque l’établissement d’enseignement supérieur australien fréquenté est agréé. Son remboursement ne se déclenche qu’après les études et au-delà d’un certain niveau de revenu. Ce qui veut dire que, si le diplômé ne gagne pas assez d’argent lorsqu’il est en poste, il ne rembourse pas. Reste que dans les pays où il est appliqué le taux de défaut de remboursement est très faible, souvent inférieur à 5%. Les risques sont donc limités. La durée moyenne de remboursement en Australie est, par ailleurs, inférieure à neuf ans.

A. D : Quels sont les avantages du PARC ?

J-P. A : Le coût moyen annuel de formation d’un étudiant avoisine 11 500 euros en France. Avec une formule similaire au PARC, l’Etat se porterait garant auprès des banques qui prêteraient aux étudiants à des taux bas. Puisqu’il s’agit d’un investissement, un PIA pourrait accompagner le dispositif.

Les institutions d’enseignement supérieur pourraient ainsi appliquer une hausse mesurée mais significative de leurs frais de scolarité, ce qui leur permettrait d’assurer une formation de meilleure qualité, améliorer les conditions de travail grâce à des campus rénovés et in fine proposer une bonne insertion professionnelle. En fonction des frais de scolarité déjà appliqués dans les institutions, toutes ne seraient pas concernées par cette évolution.

Cette solution bénéficierait également à des étudiants issus de milieux défavorisés car actuellement, sans caution familiale, les banques ne prêtent pas. En outre les diplômés rembourseraient sur une période plus longue que dans le cadre d’un crédit à la consommation (le statut actuel des prêts étudiants).

Autre avantage du PARC, le montant des remboursements est une fraction du revenu perçu par les diplômés. Par exemple, on pourrait ne rien rembourser en deçà du revenu médian français, puis d’un montant de l’ordre de 10% du revenu lorsque les gains sont plus élevés. Dans tous les cas, les diplômés ne seraient pas étranglés par des mensualités trop importantes.

A. D : Le PARC, c’est selon vous la solution pour booster l’enseignement supérieur en France ?

J-P. A : Appliquer le PARC à la française avec une hypothèse de prise en charge de 20% du coût de formation par les étudiants (sachant que celle-ci serait payée uniquement lorsqu’ils ont un emploi rémunérateur après leurs études, et que l’État maintiendrait son effort de financement) permettrait d’injecter annuellement 5 milliards d’euros de ressources supplémentaires dans l’enseignement supérieur. Un effort que l’Etat français n’est pas en mesure de faire en l’état actuel des choses, ce qui a pour conséquence un recul continu dans le classement mondial des universités et une pénurie structurelle de main d’œuvre qualifiée.

Notre enseignement supérieur s’enfonce et il faut le booster pour qu’il gagne en qualité et en reconnaissance internationale. Il faut mieux rémunérer les personnels dont les professeurs, pour retenir et attirer les meilleurs et assurer le meilleur service possible aux étudiants. Et puis, en termes d’ouverture sociale, les bourses qui doivent être accrues, ne permettent pas de régler massivement le problème. Enfin, pour les employeurs, c’est le gage de pouvoir embaucher des personnes plus qualifiées et une diversité de profils. Pour la France, c’est une condition pour dépasser les 2% de croissance annuelle et réduire durablement le chômage. Pour les étudiants des universités, qui contribuent à hauteur de 2% du coût de leur formation (alors que les français paient environ 10% de leurs frais de santé), c’est une évolution importante (20% du coût de formation à prendre en charge de façon différée et conditionnelle), mais qui correspond à un investissement non risqué et probablement très rentable, car mieux formés, ils accéderont à de meilleurs emplois.  Tout le monde y gagnerait je pense !

Propos recueillis par Anne Dhoquois

  • En Australie, le système de prêt est garanti par l’État et les remboursements sont collectés via le système fiscal, par l’Australian taxation office. En 2015, environ 2,2 millions de personnes avaient une dette liée à un emprunt dans le cadre du dispositif de prêts à remboursement contingent garantis par l’État, pour un montant total de 40,2 milliards de dollars australiens (25 milliards d’euros). 20% de la dette issue de ces prêts est considérée comme de la dette à risque, sur laquelle les emprunteurs ont de fortes probabilité de faire défaut (Rapport de la Cour des Comptes).
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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel). Il anime également le blog HEADway et du blog du Monde « Il y a une vie après le bac ».

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