ECOLE D’INGÉNIEURS, Non classé

La Fédération Gay Lussac vient de fêter ses 25 ans: entretien avec Jacques Mercadier, son président

La Fédération Gay-Lussac regroupe depuis maintenant 25 ans dix-neuf écoles d’ingénieurs en chimie et génie chimique. Jacques Mercadier, son président, également directeur de l’ENSGTI de Pau, trace le portrait d’une union d’écoles de plus en plus ouvertes à tous et notamment aux filles.

Jacques Mercadier

Olivier Rollot : Pourquoi avoir créé la Fédération Gay Lussac (*) ? Qu’apporte-t-elle exactement à chacune des écoles membres comme aux étudiants ?

Jacques Mercadier: Au départ il s’agissait plutôt d’un club qui permettait à des directeurs d’écoles dont les préoccupations étaient proches de se réunir. Puis ensuite la Fédération leur a permis de communiquer ensemble, de créer une prépa commune ou de permettre aux étudiants qui le désirent de passer d’une école à l’autre pendant leur cursus.

La Fédération représente également l’ensemble des écoles membres sur de nombreux salons, en France et à l’étranger. Nous avons même créé un programme en Chine qui permet à des jeunes Chinois (30 aujourd’hui, bientôt 50) de venir se former pendant 3 ans dans nos écoles après 3 ans de formation en Chine.

O.R : Comment vous situez-vous par rapport aux autres grands regroupements d’école d’ingénieurs, qu’il s’agisse de l’Institut Mines Télécom, des écoles Centrale ou encore de ParisTech ?

J. M : Nous sommes clairement dans une logique différente avec des écoles dont aucune n’est leader, qui recrutent aussi bien au bac qu’en prépa et sont publiques comme privées. Nous sommes essentiellement une sorte de think tank qui permet de réfléchir ensemble sur les évolutions des écoles en regardant ensemble les bonnes (et les moins bonnes) pratiques. Par exemple nous avons écrit ensemble la trame des règles juridiques applicables dans toutes les écoles de la Fédération.

O.R : La prépa intégrée que vous proposez connaît un vrai succès.

J. M : Effectivement et nous allons d’ailleurs ouvrir un cinquième centre à Pau à la rentrée prochaine. En tout ce seront alors 250 des 1600 élèves qui intègrent chaque année nos dix-neuf écoles qui passeront alors par une classe prépa intégrée Gay-Lussac

O.R : Là où les écoles de votre Fédération sont exemplaires c’est pour la diversité : 50% de filles en moyenne, un chiffre très au-dessus de la moyenne des écoles d’ingénieurs qui est de 27% !

J. M : Nous recevons effectivement, selon les années, entre 50 et 57% de filles qui sont toujours très intéressées par tout ce qui a trait à la chimie. Mais en matière de diversité nous ne nous arrêtons pas là : nous avons également entre 30 et 40% de boursiers. Nous réservons par exemple cinquante places par an à des bacheliers STL et avons des accords avec trois prépas ATS (réservées aux titulaires de BTS). Cela nous permet de recruter des profils sociaux différents avec parfois des jeunes issus de bacs professionnels.

O.R : Par contre la moyenne des rémunérations est plutôt inférieure à celle de l’ensemble des écoles d’ingénieurs.

J. M : Elles sont toujours un peu en retrait et le temps de recherche d’emploi est toujours un petit peu plus long mais reste très rapide. Mais ce retard se rattrape dans les 5 ans où on voit que la moyenne des rémunérations est plutôt un peu au-dessus de la moyenne selon les études d’Ingénieurs et Scientifiques de France. Et je ne parle pas de la satisfaction de nos ingénieurs dans leur emploi qui est très au-dessus de la moyenne.

O.R : Vos étudiants partent-ils suffisamment à l’étranger pendant leurs études ? On sait que la Commission des titres d’ingénieur (CTI) vous incite à leur procurer à tous une expérience internationale.

J. M : Le séjour à l’étranger, en stage ou dans une université, n’est pas aujourd’hui obligatoire dans toutes nos écoles mais plus de 80% de nos étudiants le font.

O.R : Vous faites partie de ceux qui considèrent qu’on ne forme pas assez d’ingénieurs en France aujourd’hui ?

J. M : Je n’ai pas l’impression qu’on doive augmenter violemment les flux dans nos spécialités. L’accès à l’emploi est bon avec des diversifications, par exemple dans un domaine proche du génie des procédés qu’est l’énergie.  .

O.R : On reproche parfois encore aux écoles d’ingénieurs de ne pas faire assez de recherche. Que répondez-vous ?

J. M : D’abord que nous sommes très liés aux universités avec beaucoup de laboratoires communs, et pas seulement dans mon école qui fait partie intégrante de l’université de Pau. Il y a chaque jour une soutenance de thèse et une communication scientifique dans nos écoles. Nous déposons deux à trois brevets chaque mois. Dans l’école que je dirige, l’ENSGTI, notre « petit » laboratoire (25 chercheurs) fait rentrer chaque année plus d’un million d’euros de contrats.

(*) Louis Joseph Gay-Lussac (1778-1850) est un chimiste et physicien français, connu pour ses études sur les propriétés des gaz. Plus d’informations sur le site de la Fédération.

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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