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«La Fnege propose de lancer une série d’ouvrages sur les évolutions environnementales dans les entreprises»

Depuis plus de 50 ans la Fnege (Fondation nationale pour l’enseignement de la gestion des entreprises) accompagne la montée en puissance de l’enseignement de la gestion dans l’enseignement supérieur. Avec la transition écologique, de nouveaux défis se dessinent auxquels son délégué général, Jérôme Caby, est bien décidé à faire face.

Olivier Rollot : Le rapport Jouzel sur la transition écologique demande à ce que tous les étudiants y soient formés dès bac+2. En 2020 la Fnege publié son premier Observatoire de la Transition Environnementale des Ecoles de Management, réédité en 2021. Quel regard jetez-vous sur l’apprentissage de la transition environnementale dans les formations en gestion ?

Jérôme Caby : Dirigé par Jacques Igalens, notre Observatoire met en avant les points faibles et les bonnes pratiques pour fournir des outils aux écoles. Nous avons également proposé aux associations savantes, qui produisent le classement des revues de la Fnege, de lancer une série d’ouvrages qui prendrait en compte les nécessaires évolutions environnementales dans toutes les fonctions de l’entreprise. Il s’agit de publier des manuels qui prennent en compte la nécessité d’un management « décarboné ». Nous allons rebalayer tous les cours fondamentaux de gestion pour accompagner des cours de licence 3 ou de master dans les IAE, de première année des programmes grande école, etc. Les associations savantes ont déjà beaucoup travaillé sur ces questions en recherche mais cela ne se retrouve pas encore dans les cours fondamentaux. Nous y travaillons aussi avec The Shift Project et le Campus de la transition.

Ce sera une écriture collective au service de l’intérêt général que nous traduirons ensuite pour le monde anglophone. Cela va plus loin que les préconisations du rapport Jouzel qui n’évoquer que des cours optionnels. Les ruptures climatiques doivent être enseignées dans toutes les disciplines.

O. R : Cette nécessaire prise en compte des évolutions climatiques peut-elle également être prise en compte dans les accréditations et les classements ?

J. C : Pour notre part nous avons envoyé un questionnaire à l’occasion de l’actualisation du classement des revues de la FNEGE à toutes les revues francophones pour connaître la part des articles qui ont été consacrés au développement durable ces cinq dernières années. C’est un signal que nous avons lancé pour le classement de nos revues.

Par ailleurs nous avons lancé une formation pour les équipes des écoles, par exemple sur les achats durables et une autre est prévue avec le Campus de la transition.

Avec le Cercle des entreprises nous organisons également une table ronde sur la décarbonation début juillet. Nous réfléchissons aussi à ce que doit être une entreprise « Full RSE » à l’horizon 2030. Avec trois personnalités académiques désignées par la Fnege, l’Institut de l’Entreprise et PwC ont animé les débats dans l’experience center de ce dernier pour y recevoir les dirigeants des grands groupes mais aussi d’ETI et de start up et des organisations professionnelles comme l’Adetem. Nous allons publier ensemble un Livre blanc début avril. A la suite de cette expérience, nous organisons conjointement le 7 juin un événement réunissant près de 500 personnes pour en discuter les conclusions.

O. R : La Fnege ce sont également des études d’impact très reconnues comme le BSIS pour les école de management ou l’ENIS pour les écoles d’ingénieurs. D’autres mesures sont possibles ?

J. C : Nous allons même lancer leur équivalent pour les établissements de santé : le HSIS pourra notamment mesurer l’impact des Ehpad.

O. R : Quels sont les autres grands projets de la Fnege ?

J. C : Sur le modèle de notre Observatoire des formations à la gestion nous allons créer un Observatoire de la recherche dans les écoles de management avec le soutien du réseau des IAE et de la Conférence des directeurs des écoles françaises de management (Cdefm). Toutes les contributions intellectuelles seront prises en compte : les articles de recherche comme la publication d’ouvrages.

O. R : Quelles sont les autres grandes activités de la Fnege ?

J. C : Nous organisons maintenant le score IAE Message pour le compte des IAE et des universités. Il est maintenant de plus en plus possible de le passer au fil de l’eau et plus seulement lors de grandes sessions de printemps. Près de 25 000 candidats l’ont passé l’année dernière en période de pandémie. Ils étaient même près de 35 000 avant le Covid. Quant au TAGE-MAGE nous le faisons toujours passer à près de 20 000 candidats chaque année. Avec ces deux tests, nous proposons un véritable GMAT à la française.

Nous gérons également toujours pour le compte du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, le dispositif de soutien à la création d’entreprises pour les étudiants : PEPITE. Nous dispensons également des formations, notamment autour de la recherche.

Nous publions également de nombreuses études. La nouvelle édition de notre observatoire sur la transformation digitale de l’enseignement de la gestion va bientôt être publiée.

 O. R : Comment prend-on en compte le temps de travail des professeurs à l’ére numérique ?

J. C : Valérie Moatti, la doyenne de la faculté de l’ESCP, et Emmanuel Abord de Chatillon, Professeur à l’IAE de Grenoble, ont justement publié une nouvelle étude FNEGE à ce propos : L’enseignement du management à l’ère du numérique : révolution ou évolution ? ». Cette étude est partie du constat que le système de comptage des heures est à bout de souffle et les auteurs sont allés enquêter à l’étranger pour fournir des pistes d’évolution. Aux Etats-Unis par exemple les cours ne sont pas qualifiés en nombre d’heures. L’utilisation des ECTS a été mise en œuvre par Audencia, mais finalement aménagée. En fait, les auteurs suggèrent de créer un système d’ECTS dédié aux professeurs applicable tant dans les établissements privés que publics.

O. R : Le développement de l’enseignement numérique est restreint par ces limites réglementaires ?

J. C : Pas seulement. Filmer des cours pour garantir la continuité pédagogique dans une période de crise sanitaire il fallait le faire, mais il ne faut pas que ça perdure sous cette forme au-delà de l’urgence. Ce qu’il faut c’est construire des cours mixtes, blended, et cela demande beaucoup d’ingénierie pédagogique à construire.

O. R : Où en êtes-vous du développement du dispositif de doctorat en VAE que vous avez créé ?

J. C : Nous sommes contraints d’y mettre en terme à l’issue de la promotion en-cours faute d’un nombre suffisant de candidats. C’est un programme fantastique que les étudiants comme les professeurs plébiscitent mais nous n’avons cette année que cinq étudiants. En fait au vu du nombre de cours dispensé ce doctorat en VAE prend autant de temps à réaliser qu’une thèse classique.

O. R : La Fnege c’est aussi un média, Fnege Médias, qui diffuse de nombreuses vidéos de professeurs de gestion et de management. Où en êtes-vous de son développement ?

J. C : Nous venons de créer un nouveau canal : le « Dico du management ». Nous avons créé un dictionnaire en ligne, libre de droits, sur les mots du management. Les établissements ont bien réagi. Le tout est de procéder avec méthode : nous expliquons ce que sont les « bonds » avant de nous pencher sur les « green bonds ». Les mots de base sont très regardés.

Dans le même esprit de partage libre des connaissances, nous envoyons à tous les professeurs de lycées en Sciences économiques et sociales (SES) qui le souhaitent ces ressources libres de droit qui peuvent être labellisées au nom de l’école de management.

Nous avons également créé un canal destiné aux meilleurs mémoires de master dont les écoles, comme l’IAE de Lille, peuvent s’emparer pour créer un concours interne.

O. R : La Fnege joue-t-elle également un rôle à l’international ?

J. C : Nous travaillons souvent pour le compte d’IAE pour les aider à s’implanter à l’international. Nous avions même un projet en Russie qui s’est évidemment interrompu. En revanche nous sommes en train de lancer un MBA de l’IAE Paris à Istanbul dont nous assurons la gestion.

Nous avons également implanté des formations en Chine – un DBA (Doctorate of Business Administration) avec l’IAE de Bordeaux ainsi qu’un Master Finance avec l’IAE de Paris – et nous nous adaptons à la nouvelle législation chinoise qui demande à ce que la moitié des cours aient lieu dans l’établissement qui délivre le diplôme. En période de Covid cela a pu se faire en distanciel mais sinon ces déplacements sont obligatoires.

Nous sommes également présents en Iran avec les IAE de Grenoble et Lyon, en Algérie, au Liban et à l’Ile Maurice avec l’IAE de Paris et l’Université Paris-Dauphine et nous avons des projets au Brésil et au Vietnam.

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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