ECOLES DE MANAGEMENT

La géopolitique au coeur de la stratégie de l’ESC Grenoble : entretien avec Jean-François Fiorina

Directeur adjoint du groupe Grenoble École de Management et directeur de l’ESC Grenoble, Jean-François Fiorina organise cette semaine un Festival de géopolitique. À cette occasion il nous explique pourquoi il a mis la géopolitique au centre des enseignements de son école.

Olivier Rollot : Quand on parle d’école de management on pense d’abord au marketing, à la comptabilité ou à la finance. Pourquoi donner une telle importance à la géopolitique ?

Jean-François Fiorina : On le voit tous les jours, le monde bouge à grande vitesse. Nos étudiants ont besoin de comprendre le monde pour se construire leur propre grille d’analyse, nouer des relations et gérer des risques. Nous sommes perçus comme une école géopolitique et les étudiants qui nous rejoignent veulent qu’on leur décrypte l’actualité, pourquoi tel événement se déroule comme cela, d’où provient tel ou tel comportement, etc. Nous travaillons d’ailleurs également ces sujets avec de grandes entreprises de Grenoble.

O. R : Justement, les entreprises attendent aujourd’hui que les diplômés des écoles de management aient ce type de compétences ?

J-F.F : Dans la demande des entreprises envers les jeunes il y a une partie de compétences techniques, beaucoup de savoir être et enfin de capacités à comprendre l’autre, que ce soit dans l’interculturalité, la géographie, la sociologie ou encore l’anthropologie. Aujourd’hui on se rend compte que l’autre est différent, que les notions de temps ou de corruption varient d’un pays à l’autre, qu’on ne négocie pas de la même façon avec un Chinois et un Américain, qu’on ne peut pas comprendre les révolutions arabes sans analyser l’influence de la religion, etc. Nous devons donner à nos étudiants des éléments clés pour les aider à raisonner en comprenant les autres.

O. R : Comment cela se traduit-il dans leur cursus ?

J-F.F : Le principe de notre pédagogie est qu’elle est différenciée. Certains étudiants peuvent ne choisir que quelques cours « électifs » et les plus motivés aller jusqu’à un double diplôme avec l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques).

O. R : Dans le cadre de votre Festival de géopolitique vous organisez un jeu concours de simulation de l’ONU. En quoi consiste-t-il ?

J-F.F : 70% des classes préparatoires sont aujourd’hui inscrites et prennent très au sérieux cette simulation conçue par une équipe de spécialistes. Au nom du pays qu’elles représentent, les équipes doivent prendre des décisions de manière dynamique à mesure que des dépêches arrivent. C’est très formateur et ils se rendent vite compte que tous les pays, même les moins grands, peuvent avoir des décisions intéressantes à prendre en fonction de la situation internationale à laquelle ils sont confrontés.

O. R : Cette année votre festival met plutôt l’accent sur les côtés « sombres » de la mondialisation. Pourquoi ?

J-F.F : Nous nous attachons à comprendre à la fois les aspects et les plus dynamiques et les limites de la mondialisation dans un souci de culture générale. Demain nos diplômés seront peut-être confrontés de manière réelle à la cybercriminalité, à la contrefaçon et à des questions qui auront une incidence sur leur vie professionnelle et personnelle : « Mon entreprise me demande d’aller travailler dans un pays dirigé par un dictateur, que faire ? », « Je suis dans un pays à risque et je me fais racketter dans mon business, comment réagir », etc. Nous devons donner une vision objective de la situation internationale tout au long du cursus.

 

  • Le Festival de géopolitique de Grenoble
  • Organisé par Grenoble Ecole de Management (ou GEM si trop de signes), l’association Anteios et les PUF, le cinquième Festival de géopolitique de Grenoble s’intéresse cette année à la mondialisation mais aussi à ses « abus, menaces et perspectives ». Du 4 au 7 avril le Festival apportera ainsi des éclairages, des analyses, des évaluations de ce qui constitue les différents abus et menaces de la mondialisation sous tous ses aspects. Parmi les intervenants seront présents l’économiste Daniel Cohen, le journaliste Pierre Péan ou encore Eric Delbecque, qui dirige le département sécurité économique de l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice.

 

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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