ECOLES DE MANAGEMENT

«La hausse de nos recrutements en France gomme la baisse à l’international»: entretien avec Jean Charroin (Essca)

Bordeaux, Aix-en-Provence, Lyon, l’Essca se développe tous azimuts et son directeur, Jean Charroin, réorganise son école en cette année charnière pour un développement que la Covid-19 a freiné sans compromettre.

Olivier Rollot : Quel bilan pouvez-vous tirer de cette année 2019-2020 si particulière ? 

Jean Charroin : L’année s’est bien terminée puisque nous respectons les objectifs d’un plan stratégique ambitieux qui doit encore voir progresser nos effectifs étudiants de 15 à 20% en 2020-21. C’était la première année que nous recrutions nos étudiants de première année sur Parcoursup et cela nous a permis de monter en puissance même en l’absence d’oraux. Nous allons même finalement recevoir plus d’étudiants que le nombre de places initialement ouvertes pour respecter les consignes du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation suite à l’augmentation du nombre de bacheliers.

Au total la hausse de nos recrutements en France va gommer la baisse à l’international. Nous constatons en effet un effondrement des candidatures individuelles internationales alors que les candidatures dans le cadre de partenariats ou de doubles diplômes sont en hausse. In fine nous devrions perdre 15% de nos recrutements internationaux mais il reste encore de grandes inconnues sur la délivrance des visas et les vols internationaux. Cela nous amène à repenser le fonctionnement de nos campus internationaux. Notre bachelor va ainsi ouvrir à Budapest pour y recevoir des étudiants de la région. Même chose à Shanghai pour en faire des zones de captation locales plutôt que de les consacrer au transit de nos étudiants français. Nos étudiants chinois pourront ainsi commencer leur cursus là-bas avant de rejoindre la France cette année alors que nous n’y enverrons pas d’étudiants français cet automne.

Le dernier point de vigilance concerne la formation continue. Elle est à peu près stable quand il s’agit de formation continue diplômante mais nous avons connu beaucoup de reports en formation continue sur mesure. Mais cela n’a pas aujourd’hui un grave impact. Notre résilience face à la crise s’explique d’ailleurs également par notre relativement faible exposition à la formation continue comme au recrutement d’étudiants internationaux.

O. R : Ces dernières années l’Essca s’est implantée à Aix-en-Provence, Bordeaux et Lyon mais aussi Cholet en plus de son campus historique d’Angers et de son implantation à Paris. Comment se comportent ces campus ?

J. C : Ils sont tous en croissance alors que Paris est devenu aujourd’hui notre principal campus devant Angers. A Lyon nous recevons 800 étudiants, à Bordeaux 500 et enfin 400 à Aix-en-Provence. Nous sommes toujours un peu dans la réplique du faible au fort : face à emlyon BS à Lyon, Kedge BS à Bordeaux et Aix sans parler de Paris.

A l’exception de Cholet nous délivrons partout le programme Grande école (PGE) au moins sur les deux premières années. Ensuite les étudiants doivent choisir un campus en fonction de leur spécialité.

La hausse de nos effectifs étudiants s’accompagne d’une hausse du nombre d’enseignants-chercheurs – 10 recrutements cette année – comme des personnels administratifs. Nous recrutons 30 nouveaux collaborateurs pour nos relations entreprise, nos relations internationales ou encore le digital. Nous travaillons beaucoup à optimiser notre efficience avec la création d’un poste de directeur des opérations.

O. R : Il n’y a pas d’ouverture de nouveaux campus en France à l’horizon ?

J. C : Non, le périmètre restera stable. La question se pose plutôt à l’international. En France il nous faut encore nous améliorer sur le plan organisationnel.

O. R : Comment réorganisez-vous le fonctionnement de l’Essca ?

J. C : Avec notamment les enjeux de la digitalisation il va falloir piloter de plus en plus finement les opérations. Comme la direction industrielle d’un groupe implanté sur plusieurs lieux, nous avons considéré que nous avions à coordonner nos programmes pour que les ressources allouées le soient justement. Chaque programme se positionne en recrutement comme en poursuite d’études mais pas sur l’organisation des cours. Le directeur de programme doit définir la maquette pédagogique pour attirer une forte diversité d’étudiants – notamment avec la richesse que permet la réforme du bac – tout en répondant aux enjeux locaux. S’il veut ouvrir une spécialité sur un campus il doit le faire de concert avec la direction des études pour être certain que les ressources nécessaires sont disponibles. Au directeur des études de faire respecter le cahier des charges.

O. R : Vos professeurs peuvent-ils être amenés à enseigner sur tous vos campus ?

J. C : Nos 140 professeurs permanents sont basés le campus qui leur convient le mieux (35 à 40% à Angers, autant à Paris et 30% sur les trois autres campus français) avec la possibilité de se déplacer en fonction de sa spécialité. Nous recrutons aujourd’hui des professeurs sur le campus de Budapest

Pour pousser notre recherche ils travaillent maintenant tous dans des départements pédagogique et recherche. Nous créons également de nouvelles chaires de recherche en nous appuyant sur des financements européens et d’entreprises.

O. R : Comment s’est déroulée votre rentrée ?

J. C : Comme d’habitude la rentrée a eu lieu le 24 août pour les étudiants de première année. Avec les conditions sanitaires imposées les salles de cours ne sont en effet pas extensibles., nous avons décidé de mixer présentiel et distanciel à 50/50. Cela nous permet de passer facilement complétement en présentiel ou en distanciel selon les conditions de la rentrée. Pour cela nous avons investi dans des systèmes de capture d’image et audio pour tous nos enseignants.

Avec le risque de devoir fermer un jour un campus, et donc de proposer des conditions de travail et d’examen différents, se posera peut-être la question de l’égalité de nos étudiants dans la validation de leur année. Une double validation selon les campus sera sans doute possible.

Nous devons être flexibles pour nous adapter sans dégrader nos enseignements.

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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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