POLITIQUE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

Le bachelor pour tous ?

On ne s’y attendait pas : après les Grande écoles c’est au tour des instituts universitaires de technologie de s’emparer du bachelor pour en faire le « bachelor universitaire de technologie » (le « BUT » ?) en s’appuyant sur la création prochaine d’un « grade de licence ». Diplôme à forte dimension internationale et à finalité professionnelle dès le bac tout en restant relativement généraliste, étape possible à bac+3 (ou bac+4) tout en permettant une poursuite d’études, le bachelor a su synthétiser les attentes des jeunes et de leurs familles.

Du DUT au BUT. Finalement le diplôme universitaire de technologie (DUT) ne va pas passer à trois ans – trop de branches professionnelles souhaitaient conserver un DUT en deux ans – mais cela ne va pas empêcher les IUT de construire une offre en 3 ans avec la création du « bachelor universitaire de technologie ». Comme le DEUG le DUT subsistera donc mais en tant que diplôme intermédiaire du BUT qui sera le diplôme – réservé aux seuls IUT – dans lequel s’inscriront les candidats. C’est la conclusion d’une longue discussion ponctuée par la remise successive en 2019 des rapports Germinet / Dalle et Biot / Lévy (jamais publié). Le premier portait sur le passage du DUT à trois ans et le second sur le bachelor et sa meilleure reconnaissance mais aussi sur le maintien du DUT à deux ans.

Dans le détail les BUT reprendront les 24 spécialités de DUT « qui tiennent lieu de mention, et s’appuient sur des programmes nationaux (avec 2/3 cadrage national et 1/3 adaptation locale). Sélectifs ils n’en doivent pas moins accueillir au moins 50 % de bacheliers technologiques et assurer la réussite d’au moins 70 % d’entre eux.

A qui sera attribué le grade de licence? Pour que les universités s’emparent du bachelor encore fallait-il qu’il soit reconnu comme une licence. D’où la création d’un « grade de licence » dont les contours restent flous. Rappelons la position de la Conférence des présidents d’université à ce propos : « La CPU s’était inquiétée du développement anarchique des bachelors et à ce titre, soutient aujourd’hui l’exigence de qualité et les conditions posées pour l’attribution du grade de licence à savoir :
– un adossement à la recherche reposant sur la présence significative d’enseignants chercheurs dans des équipes permanentes ;
– une politique sociale mise en œuvre ;
– une inscription dans la politique de site ».

Rien d’illogique dans la première demande pour un diplôme qui est censé permettre de poursuivre ses études dans l’enseignement supérieur. Mais une relative incohérence néanmoins avec la volonté historique affichée de créer des diplômes menant directement à l’emploi. L’IMT (Institut Mines Télécom) a par exemple créé voici deux ans, en partenariat avec l’Institut Régional Universitaire Polytechniques (IRUP) de Saint-Étienne, un bachelor de technologie en trois ans, en alternance dont l’objectif est de viser très majoritairement à un débouché des diplômés sur le marché de l’emploi. « Nous ne produisons pas assez de diplômés prêts à l’emploi à un niveau intermédiaire de licence ou bachelor. Aujourd’hui, selon la filière, ce sont entre la moitié et 80% des diplômés à ce niveau qui poursuivent leurs études alors que, par exemple, beaucoup d’ETI et de PME souffrent d’un déficit avéré de cadres intermédiaires polyvalents », expliquait Philippe Jamet il y a quelques mois quand il dirigeait encore l’IMT.

Pour autant la Conférence des grandes écoles considérait – c’était avant la création du BUT – que l’adossement à la recherche et la promotion de l’ouverture sociale au sein des bachelors sont « justifiés mais méritent d’être définis de manière plus précise ». Oui mais les DUT sont-ils vraiment adossés à la recherche aujourd’hui ? Pas vraiment. Et encore moins et par définition les licences professionnelles. Qu’en sera-t-il du BUT dont on voit mal comment ils pourraient ne pas postuler au grade de licence ?

Par ailleurs la CGE s’interrogeait sur l’« intégration à une politique de site » en arguant qu’il faut « prendre en considération les modalités de collaborations très diverses qui peuvent exister entre les universités et les Grandes écoles dans les territoires » et ne pas « refuser le grade de licence à un bachelor qui fournit toutes les garanties de qualité, au motif que son établissement ne ferait pas partie d’un regroupement régional ».

Enfin le MEDRI doit encore clarifier les critères et les procédures d’obtention du grade. Du côté des écoles de management sera-t-il géré par la Commission d’évaluation des formations et diplômes de gestion (CEFDG) ou le HCERES (Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur) ? Ou les deux concomitamment. Même question du côté des ingénieurs pour lesquels la Commission des titres d’ingénieurs ne gère que le titre d’ingénieur aujourd’hui.

A quoi va servir le « grade licence » ? Bien sûr il sera plus rassurant pour les Grandes écoles de pouvoir garantir à leurs étudiants que leur bachelor leur ouvrira bien toutes les portes. Evidemment le « grade licence » sera synonyme de garantie de leur qualité. Mais c’est surtout à l’international qu’il sera un grand atout. Aujourd’hui il est par exemple impossible pour un étudiant chinois d’obtenir un financement de son gouvernement pour venir étudier dans un établissement dont le diplôme n’est pas reconnu par l’Etat. Avec le grade licence les portes s’ouvriront grandes. Du moins pour les bachelors en trois ans. « Demain, je pense que nous verrons peut-être des écoles concentrées d’un côté sur leurs bachelors, avec une quatrième année à l’international sanctionnée par un « Bachelor with Honors », et deux voies parallèles en 3 ans : l’une conduisant à l’emploi, l’autre au master Grande Ecole ou à des masters 1 et 2 ouverts sur toutes sortes de spécialités », analyse François Bonvalet tout juste parti de la direction de TBS.

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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel). Il anime également le blog HEADway et du blog du Monde « Il y a une vie après le bac ».

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