« Le Centre Anti-Fake News que nous avons lancé est avant tout un outil pédagogique et citoyen »

Adilson Borges, directeur général de Rennes SB

by Olivier Rollot

Rennes SB a ouvert fin 2025 un Centre Anti-Fake News, développé en partenariat avec Ouest-France. Le directeur général de Rennes SB, Adilson Borges, revient avec nous sur les enjeux et les objectifs de cette initiative moteur dans les écoles de management.

Vous avez ouvert fin 2025 un Centre Anti-Fake News, développé en partenariat avec Ouest-France. Qu’en attendez-vous ? Quels sont les premiers résultats ?

Le Centre Anti-Fake News que nous avons lancé avec Ouest-France au cœur de notre nouveau Learning Center est avant tout un outil pédagogique et citoyen, conçu comme un véritable laboratoire pour apprendre à distinguer le vraie du faux.

Notre ambition est triple :

  • former des esprits critiques capables d’analyser, questionner et contextualiser l’information dans un environnement saturé de contenus, notamment générés par l’IA ;
  • reconnecter les étudiants au réel, en les confrontant à des journalistes de différents horizons et nationalités, à des cas concrets et à des situations de vérification d’information ;
  • comprendre les mutations du rapport à la vérité, à la confiance et, au-delà, à la démocratie notamment dans un calendrier électoral dense à venir.

Concrètement, le centre s’appuie sur les expertises des journalistes qui ont été les premiers à être impactés par ce type de problématique, et cela leur permet de décrypter les mécanismes de désinformation et apprendre à vérifier les sources.

Les premiers résultats sont très encourageants :

  • un retour positif des étudiants, avec une demande explicite pour ce type d’apprentissage ancré dans le réel ;
  • le lancement d’un cycle de conférences et d’ateliers avec des médias internationaux (BBC, France 24, Wall Street Journal…) autour du fact-checking et du rôle des médias face à l’IA ;
  • une prise de conscience rapide des risques liés à l’usage non critique de l’IA, très largement utilisée par les étudiants aujourd’hui.

Au fond, ce que nous observons, c’est un changement de posture : les étudiants passent d’une consommation passive de l’information à une posture d’enquête et de discernement.

Cette démarche d’esprit critique est essentielle pour les leaders de demain. En entreprise, savoir questionner, analyser et remettre en perspective l’information devient indispensable, notamment pour utiliser pleinement l’intelligence artificielle en gardant le contrôle sur ses usages, plutôt que de les subir.

Elle s’inscrit en complément de l’enseignement dispensé par nos professeurs-chercheurs, fondé sur la recherche scientifique. Par essence, la démarche scientifique constitue un rempart contre les fake news : elle repose sur des faits, des méthodes rigoureuses et la vérification des hypothèses.

C’est aussi un véritable marqueur de qualité des grandes écoles comme Rennes School of Business : former des esprits capables de discernement, d’analyse et de prise de recul dans un environnement informationnel de plus en plus complexe.

Les jeunes sont-ils particulièrement affectés par les fake news ?

Oui, mais à mon sens il faut nuancer.

Les jeunes ne sont pas nécessairement plus crédules que les autres, mais ils sont plus exposés :

  • Ils consomment massivement de l’information via les réseaux sociaux
  • Ils évoluent dans un environnement où les contenus sont rapides, émotionnels et souvent peu contextualisés
  • Ils utilisent intensivement des outils d’IA, parfois sans en maîtriser les limites

Ce qui les rend vulnérables, ce n’est pas un déficit d’intelligence, mais un déficit de méthode et de repères.

C’est précisément pour cela que l’éducation joue un rôle clé. En France, la lutte contre les fake news passe d’ailleurs par l’éducation aux médias et à l’information, considérée comme essentielle à l’exercice de la citoyenneté.

J’ai une forte conviction que nos jeunes peuvent devenir la génération la plus lucide face à la désinformation, à condition de leur donner les bons outils. Et nous jouons pleinement notre rôle pour les y aider.

Comment les formez-vous à distinguer le vrai du fake ?

Concrètement, cela se traduit par des dispositifs variés et complémentaires : des cours de littératie de l’information, des séminaires de déconnexion comme “Disconnect to Reconnect”, ainsi que des rencontres avec des personnalités engagées. Cette année, par exemple, nos étudiants ont pu échanger avec deux parrains de promotion, Jean-Yves Le Drian et l’Amiral Bernard Rogel.

Autant d’expériences qui les aident à développer leur esprit critique, leur capacité de discernement et leur compréhension des grands enjeux contemporains.

Dans notre centre, ainsi que dans nos cours, nous avons donc choisi de renforcer l’esprit critique grâce à trois piliers :

  1. L’expérimentation : Les étudiants travaillent sur des cas réels, avec une approche scientifique qui leur apprend les réflexes de la méthodologie scientifique qui doute, qui vérifie ses sources, qui croise les données pour identifier les biais et les manipulations.
  2. Le contact direct avec les professionnels : Des journalistes et d’autres spécialistes sur l’IA et les fake-news interviennent régulièrement pour transmettre les méthodes de fact-checking, expliquer les coulisses de la production de l’information et confronter les étudiants à des situations réelles
  3. L’hybridation humain / IA : Nous apprenons aussi à nos étudiants à utiliser l’IA comme outil… mais jamais comme source unique, à détecter les contenus générés ou manipulés et à comprendre les logiques algorithmiques derrière l’information

L’objectif final est clair : former des étudiants capables de se poser systématiquement trois questions simples :

  • Qui parle ?
  • Avec quelles preuves ?
  • Dans quel intérêt ?

Bref, notre centre n’est pas un projet pédagogique parmi d’autres. C’est une réponse à un enjeu économique, de leadership et de citoyenneté majeure. Dans un monde où tout peut être produit, transformé ou manipulé, la compétence clé n’est plus d’accéder à l’information, mais de savoir à quoi se fier.

Et c’est précisément cette compétence que nous voulons contribuer à construire pour former des leaders unframed, capables de construire des entreprises pérennes et un monde meilleur.

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