L’EM Normandie invente le programme Grande école en 3+2

by Olivier Rollot

Anne-Sophie Courtier présente son nouveau PGE

Elle l’avait annoncé il y a un, la directrice générale de l’EM Normandie, Anne-Sophie Courtier, lance son « Parcours PGE signature » en deux temps : un « bachelor Grande école » – marque déposée à l’Inpi par l’école – puis le master Grande école classique. « Nos étudiants recevront le « bachelor Grande école », doté d’un grade de licence par un accord avec une université dont nous allons bientôt révéler le nom, puis notre diplôme de master. Nous sommes la seule école à proposer ainsi la possibilité pour les titulaires du bachelor de poursuivre ou pas dans leur école », révèle la directrice.

Le pari d’un Programme Grande École en 3+2. Les professeurs de classes préparatoires le demandaient depuis longtemps pour leurs élèves, c’est une école postbac qui le fait et s’attaque ainsi au dogme de l’absence de diplôme intermédiaire dans les PGE. « Nous répondons à la demande des familles d’obtenir un diplôme intermédiaire et de pouvoir ou non poursuivre leurs études en master dans notre PGE », rétorque par avance Anne-Sophie Courtier à tous ceux qui ont toujours refusé le principe par peur de voir leurs étudiants les quitter pour des écoles plus prestigieuses.

L’objectif est double. D’un côté, rassurer des lycéens et des familles de plus en plus réticents à s’engager d’emblée sur cinq ans d’études. De l’autre, anticiper les évolutions du paysage réglementaire, notamment une éventuelle généralisation d’un portail master qui imposerait une structuration plus nette entre licence et master. L’école entend ainsi prendre de l’avance sur le cadre à venir tout en se différenciant sur un marché très concurrentiel.

Ce nouveau modèle se veut aussi plus lisible face aux bachelors classiques: le bachelor en management conserve sa logique professionnalisante en trois ans, tandis que le Programme Grande École assume une ambition plus internationale, plus progressive et plus académique, avec une poursuite automatique vers le cycle master pour les étudiants déjà intégrés dans le parcours.

La croissance sous contrôle, avec la qualité comme boussole. L’EM Normandie revendique une taille « maîtrisée ». Avec 6 000 étudiants aujourd’hui et un objectif de 7 000 dans son plan stratégique, l’école assume de ne pas viser les volumes de certaines de ses concurrentes. Le message est clair: privilégier la qualité du service rendu à la massification.

L’établissement met aussi en avant plusieurs marqueurs de solidité: une communauté alumni ancienne et particulièrement engagée, un corps enseignant qui mêle chercheurs reconnus et intervenants professionnels, ainsi qu’un maillage de six campus, dont trois à l’international. « Cette implantation permet de conjuguer ancrage normand, présence parisienne et exposition internationale, avec des parcours de plus en plus modulables selon les aspirations des étudiants », rappelle la directrice.

Le campus du Havre de l’EM Normandie

Une offre de formation plus lisible, du bachelor à l’executive education. Le portefeuille de programmes se structure autour de plusieurs blocs. Le bachelor en management est pensé comme une voie professionnalisante en trois ans, avec une forte flexibilité et une troisième année possible en alternance. Il vise les étudiants qui recherchent un parcours plus court, plus directement orienté vers l’emploi, sans fermer la porte à une dimension internationale. L’école annonce aussi l’ouverture, dès septembre 2026, d’un double diplôme avec le CESI en management et intelligence artificielle.

Le bachelor en quatre ans, de son côté, prend une coloration très internationale, avec une trajectoire multi-campus entre Paris et les implantations étrangères de l’école. Le Programme Grande École reste toutefois le vaisseau amiral: un cursus grade de master, fortement articulé autour de l’international, de la professionnalisation et d’une spécialisation progressive. S’y ajoutent quinze MSc et mastères spécialisés, ainsi qu’une offre d’executive education organisée autour du leadership, du management et des expertises maritimes et portuaires.

Quatre instituts pour rapprocher expertise, recherche et impact. Le deuxième grand chantier de l’EM Normandie est la création ou la montée en puissance de quatre instituts destinés à structurer les expertises de l’école et à les rendre plus visibles auprès des étudiants, des entreprises et des territoires. Cette réorganisation accompagne la nouvelle direction des affaires académiques, pensée pour gagner en agilité et mieux faire dialoguer programmes, faculté, recherche, accréditations et administration académique.

Le premier institut, historique, IPER, est dédié aux enjeux portuaires et maritimes, en cohérence avec l’ADN havrais de l’école. Le deuxième, EM Roads, travaille sur les compétences, les trajectoires professionnelles et les carrières. Le troisième, Impact EM, se concentre sur les mutations économiques et l’accompagnement des transitions, avec une attention particulière aux dynamiques régionales et industrielles, notamment en Normandie. Le quatrième, Agora, explore les relations entre business, communication, affaires publiques, géopolitique et intelligence économique.

« À travers ces instituts, l’école veut faire de la recherche un levier plus concret, au service des entreprises et des pouvoirs publics. L’ambition est de produire non seulement des contributions académiques, mais aussi des analyses, des cas, des dispositifs de formation et des réponses utiles à des environnements devenus plus instables, plus complexes et plus politisés », explique Sylvaine Castellano, directrice des affaires académiques de l’école.

Une stratégie d’attractivité académique assumée. Cette montée en gamme dans la recherche s’accompagne d’un autre signal fort: la signature d’une convention entre le laboratoire de recherche de l’école et l’école doctorale de Normandie Université, avec l’université de Caen. « Pour l’EM Normandie, c’est un levier majeur d’attractivité scientifique, qui renforce sa légitimité académique et sa capacité à accueillir, avec l’université, des doctorants et à co-encadrer des thèses », se félicite Anne-Sophie Courtier. L’EM Normandie est ainsi la sixième école de management à signer un accord de partenariat avec une école doctorale après HEC, ESCP, Essec, BSB et l’ICN.

Dubaï en stand-by. L’EM Normandie a été la première école de management française à s’implanter à Dubaï. Au début de la guerre dans le Golfe elle y comptait 80 étudiants en mobilité – à l’époque en vacances – et 300 locaux. « L’enjeu immédiat était de localiser et sécuriser les étudiants en mobilité. L’école a donc mis en place des canaux de communication rapides, notamment via WhatsApp, pour garder un contact direct avec chacun », établit Anne-Sophie Courtier qui a très vite dû répondre à un autre défi est apparu: gérer l’écart de perception entre la réalité sur place et l’inquiétude des familles en France : « Trois jours après le début de la crise, un webinaire a été organisé avec parents et étudiants pour répondre aux interrogations et rassurer. Car si des tensions existaient, la vie locale restait largement active, avec une activité économique maintenue et des cours basculés à distance selon les consignes des autorités ». Le campus a aussi servi de point d’appui pour des salariés en vacances sur place et pour d’autres étudiants de l’école cherchant de l’aide. Hébergement, logistique, récupération d’effets personnels, coordination avec les familles: les équipes ont géré au cas par cas, dans un contexte contraint par la législation locale. « Aujourd’hui toutes les personnes, étudiants et personnels, ayant souhaité rentrer en France ont pu le faire dès que possible. Quelques étudiants ont choisi de rester, tandis que plusieurs entreprises ont accepté de décaler des stages », reprend la directrice générale. Aujourd’hui l’EM Normandie suit strictement les consignes des autorités locales, en lien avec le consulat français, en attendant une réouverture complète du campus aux étudiants qui est prévue pour le 19 avril.

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