ECOLES DE MANAGEMENT, PERSONNALITES

« Le plus difficile dans une promotion de PGE est de gérer l’hétérogénéité »: entretien avec Imen Mejri, directrice du PGE de Neoma

Elle dirige le programme Grande école (PGE) de Neoma depuis l’été 2020. Un challenge passionnant pour la professeure Imen Mejri après douze années passées au sein de Neoma.

Olivier Rollot : Après être entrée à Neoma en 2008 vous avez pris la direction du programme Grande école de Neoma en 2020. Qu’est-ce que vous a motivé à prendre ce poste ?

Imen Mejri : J’apprécie les challenges et cela me paraissait un cheminement normal de diriger ce programme que je connaissais bien de l’intérieur pour y coordonner déjà plusieurs cours et diriger une spécialisation.

O. R : Pensez-vous faire évoluer le PGE dans les mois à venir ?

I. M : Il y aura des évolutions normales pour l’adapter. Un programme qui n’évolue pas devient vite obsolète et il est normal de le faire évoluer, que ce soit pour répondre aux mutations et assurer l’employabilité durable de nos diplômés ou sur la forme, avec de nouveaux dispositifs et innovations pédagogiques.

O. R : Comment gérez-vous le continuum avec les classes préparatoires aux grandes écoles ?

I. M : Nous sommes en lien constant avec les professeurs de prépas ECG. Différentes matières font partie intégrante de notre programme grande école, comme les humanités, la géopolitique ou encore les langues vivantes. Alors que la programmation sur Python est enseignée tout au long de l’année dans les programmes des nouvelles classes préparatoires ECG, nous proposons également aux professeurs qui le souhaitent d’utiliser la Coding School que nous lançons.

Malheureusement nous avons dû interrompre notre programme de conférences de culture générale, cette année. Mais nous comptons renouveler l’expérience dès que la situation sanitaire le permet. Aussi nous renouvelons notre dispositif LEADERS @NEXT GENERATION qui offrira la possibilité à des élèves de 1ère année de classes préparatoire ainsi qu’à leurs professeurs de vivre une expérience immersive inédite en Chine.

O. R : Maitriser le codage et ses langages est devenu une compétence indispensable dans une école de management ?

I. M : La NEOMA Coding School que nous lançons permettra aux étudiants et diplômés de l’école d’aborder les bases du codage. En travaillant largement entre pairs sur le langage le plus utilisé, Python, mais également sur d’autres s’ils le souhaitent puisque plus de 25 langages sont proposés avec des modules complets sur Python, HTML, CSS, PHP, JQuery, Ajax et MySQL. Notre objectif n’est pas de former des spécialistes du développement informatique mais de délivrer les fondamentaux de la culture digitale pour échanger plus facilement avec des experts. Tous les étudiants volontaires pourront s’y inscrire. Notamment ceux qui veulent créer leur propre entreprise.

O. R : La création d’entreprise fait également partie des fondamentaux de l’enseignement au sein de votre PGE ?

I. M : Nous voulons développer plus en plus l’esprit d’entreprendre chez nos étudiants. Tous les étudiants du pré-master participeront à un Hackathon entrepreneurial, à partir de la rentrée prochaine. Le tout nouveau dispositif Entreprendre sans frontières concerne déjà 25 étudiants qui ont pu partir à Berkeley ou ailleurs. Sans oublier le MSc Entrepreneurship & Innovation qui permet aux étudiants qui le souhaitent d’approfondir cette expertise en Master 2. J’ajoute que 70% des entreprises que nous avons incubées depuis 2012 sont toujours en vie.

O. R : Vos étudiants ont petit à petit repris le chemin des campus. Quelles sont les limites de l’enseignement distanciel aujourd’hui ?

I. M : L’élément positif de l’enseignement distanciel est que nous pouvons travailler conjointement avec nos deux campus. Qu’ils soient à Reims ou à Rouen nos étudiants peuvent se connaître et créer des liens. Ensemble ils réalisent des projets sur le développement durable et l’entrepreneuriat responsable, par exemple. Ils peuvent même s’entraider en peer learning. Bien après la fin de la Covid nous pourrons tirer parti de ces liens.

Cependant, je ne suis pas favorable au 100% distanciel. Il faut permettre aux étudiants d’apprendre autrement alors que nous voyons bien qu’ils ont du mal à passer à la classe inversée. La solution est à trouver du côté de l’adaptative learning. Pour soutenir des étudiants qui n’ont pas tous le même niveau il faut permettre à certains d’aller plus loin et en aider d’autres. Certains ont juste besoin d’apprendre à travailler sur Excel –Le e-learning le permet sans problème- quand d’autres veulent rencontrer des experts, en présentiel.

 O. R : Le peer learning est une nouvelle dimension de l’enseignement importante ?

I. M : Nos étudiants issus de classes préparatoires littéraires peuvent être soutenus en économie ou en comptabilité et soutenir les autres en cours de langues, par exemple. Nos étudiants en MSc entrepreneuship viennent aider les étudiants de première année dans le cadre du Hackathon, etc. Ainsi l’étudiant devient acteur de son enseignement mais toujours encadré par des professeurs qui délivrent des formations au mentorat.

O. R : Qu’attendez-vous dans deux ans de vos futurs étudiants issus des nouvelles classes préparatoires ECG ?

I. M : Le plus difficile dans une promotion de PGE est de gérer l’hétérogénéité avec des étudiants qui ont des formations initiales différentes. Mais c’est également une richesse incommensurable. Les classes préparatoires vont devoir également gérer cette hétérogénéité avec des élèves qui ont fait de larges choix de spécialités. A nous aussi d’informer en amont les élèves dans les lycées sur les meilleurs choix.

O. R : Et comment s’intègrent vos étudiants issus de classes préparatoires littéraires ?

I. M : Ils sont 80 chaque année à nous rejoindre dans le cadre du concours BEL après des oraux de motivation. Parmi nos étudiants ce sont sûrement ceux qui acquièrent le plus de compétences en plus des capacités de raisonnement qu’ils ont acquises en CPGE. Il faut juste les accompagner davantage dans certaines matières comme en analyse de données, par exemple, avec des cours supplémentaires.

 

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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