ECOLE D’INGÉNIEURS, UNIVERSITES

La « guerre » du BUT aura-t-elle lieu ?

Un schéma présentant le Bachelor universitaire de technologie aux étudiants

« Bachelor universitaire de technologie : La Conférence des présidents d’université dénie à la CDEFI toute compétence pour se prononcer sur la valeur des diplômes universitaires et s’interroge sur la nature de l’appui demandé à la CTI » : dans un communiqué publié le 30 avril la CPU exprime tout son agacement devant la demande de la Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs (CDEFI), dans une lettre adressée à la Commission des titres d’ingénieur (CTI), d’inciter les écoles à ne pas admettre les étudiants titulaires d’un bachelor universitaire de technologie (BUT) en deuxième année de cycle ingénieur au sein des écoles, mais seulement en première année : « Autrement dit en bac+3, alors même qu’en obtenant leur diplôme de BUT, les étudiants ont déjà validé ce niveau, et que cette entrée est sélective ». Un point de vue que réfute totalement la Cdefi en rappelant qu’aujourd’hui déjà un bac+3 universitaire ne donne pas le droit à l’entrée en deuxième année dans la plupart des cycles ingénieur.

Le BUT pas au niveau ? Dans un entretien publié le 4 mai par l’AEF le président de la Cdefi, Jacques Fayolle, redit sa position : « Les titulaires d’une licence professionnelle sont déjà admis en 1re année de cycle ingénieur et non pas en 2ème année, et le BUT est une licence professionnelle. De même, un diplômé de licence générale intègre très généralement une école d’ingénieurs en 1re année de cycle ingénieur. Les admis sur titres qui intègrent nos écoles en 2e année de cycle ingénieur sont les titulaires d’un M1. » Et de clarifier sa position : « Le système tel qu’il est continue de fonctionner, ni plus, ni moins, et ce n’est pas parce que la licence professionnelle opérée en IUT se nomme BUT que nous allons changer la façon dont nous recrutons nos étudiants ». Il se dit par ailleurs « surpris par la réaction très émotive des collègues de la CPU, nous ne nous y attendions pas ».

On sait les Grandes écoles, et particulièrement celles d’ingénieurs, inquiètes de leur niveau de recrutement en troisième année depuis le lancement du BUT. Aujourd’hui près d’un étudiant sur cinq en première année de cycle ingénieur est titulaire d’un BTS mais surtout d’un DUT. Dans trois ans elles risquent donc d’affronter un sérieux coup d’air dans leurs admissions sur titre (AST) qui pourraient voir les étudiants de BUT attendre l’obtention de leur diplôme pour postuler en leur sein directement en deuxième année de cycle ingénieur. Ce que refuse la Cdefi en arguant notamment que le niveau de compétences à la sortie du BUT ne sera pas beaucoup plus élevé qu’à la sortie du DUT au regard du nombre total d’heures de cours dispensé.

Mais pour la CPU, dont les membres avaient déjà longtemps renâclé à permettre la création d’un grade de licence pour les bachelors, il est « inadmissible que les étudiants du premier cycle universitaire, qu’il s’agisse, comme ici, du nouveau diplôme du BUT, ou bien de la licence générale, soient contraints de perdre une année lorsqu’ils font le choix d’une entrée en école, sur l’injonction ou la pression, illégitimes, d’une conférence d’établissements ».

Beaucoup de questions. La CPU s’interroge : « Cette mise en cause explicite de la qualité des diplômes délivrés par l’université est d’autant plus mal venue qu’elle se traduit en parallèle par une augmentation de bachelors d’écoles d’ingénieurs qui cherche à décrocher le grade licence. La CDEFI chercherait-elle à détourner des flux étudiants vers ses propres bachelors ? » Et s’interroge : « Que dirait-on si la CPU indiquait officiellement refuser l’intégration directe des étudiants de bachelors d’écoles en master, mais prônait leur entrée en 3ème année de licence ? » Et menace : « La remise en question de l’indépendance de la CTI, que semble mettre au jour ce courrier, jette inévitablement le trouble sur la valeur des avis qu’elle formule, et remet en question le rôle qui lui est aujourd’hui assigné ».

Tous s’interrogent surtout maintenant sur la façon dont le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) va pouvoir gérer un problème qu’il ne peut totalement ignorer. Donner raison aux écoles d’ingénieurs serait-ce remettre en question la valeur du BUT ? Et comment les écoles d’ingénieurs internes aux universités pourront-elles refuser l’entrée des BUT directement en 2ème année de leur cycle ingénieur ? Aujourd’hui s’il suffit de valider une deuxième année de licence générale pour entrer en première année de cycle ingénieur, il faut un master pour entrer en deuxième année. Est-ce vraiment logique ? La Commission des titres d’ingénieur (CTI) devra se prononce en ce sens alors même que la CPU remet explicitement son rôle en question avec un Hcéres toujours à l’affut du moindre faux pas…

Enfin la toute nouvelle Conférence des directeurs des écoles françaises de management (Cdefm) va-t-elle s’emparer du sujet ? Après avoir obtenu de haute lutte la création du grade de licence, les écoles de management semblaient jusqu’ici avoir pris le parti de faire une croix sur la plus grande partie de leur recrutement à bac+3. Comme les titulaires d’une licence universitaire les titulaires d’un BUT ne devraient donc avoir aucun problème à intégrer la plupart des écoles de management en deuxième année de programme Grande école.

On attend maintenant que les deux conférences se parlent. Ce qui ne semble pas être encore le cas selon Jacques Fayolle qui, sur le site Newstank, dit avoir communiqué sa position sur le recrutement des BUT en écoles d’ingénieurs à la CPU « il y a plus d’un mois » et avoir « sollicité une nouvelle rencontre, car nous estimons que les échanges par voie de communiqué de presse ont peu de valeur ajoutée en la matière ».  A suivre donc…

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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