ECOLES DE MANAGEMENT

Les écoles de management à l’heure de la transition environnementale

Alors que la Conférence des directeurs des écoles françaises de management (Cdefm) et la Cefdg (Commission d’évaluation des formations et diplômes de gestion) viennent de présenter leurs propositions pour la création d’un socle commun de connaissance en responsabilité sociale et environnementale (RSE) les programmes Grande école des écoles de management évoluent dans ce sens. Cette semaine HEC a ainsi présenté sa mue environnementale alors qu’Excelia lançait sa « Blue Education Experience ». Pour faire plus largement le point sur ces évolutions HEADway Advisory publie une étude sur la Transition Écologique (TE) au sein des établissements d’enseignement supérieur.

Des maturités inégales. 58% des personnes interrogées par HEADway dans le cadre de son étude sur la Transition Écologique (TE) au sein des établissements d’enseignement supérieur estiment que les enjeux de la transition écologique sont « placés au cœur de la stratégie des EESR » et 75% que qu’ils sont « au cœur de la stratégie de leur établissement ».

Deux tiers n’en considèrent pas moins que les enjeux de transition écologique sont des défis « difficiles à relever à l’échelle de leur établissement ». En effet si les établissements interrogés ont un « niveau avancé de maturation sur le volet recherche grâce à une structuration des recherches sur les problématiques environnementales », leur niveau de maturation reste beaucoup plus faible concernant le volet formation : « Il y a beaucoup de travail à faire en termes de sensibilisation pour que les enjeux environnementaux et de transition ne soient pas seulement le sujet de quelques formations ».

Dans ce cadre les écoles de management ont une certaine avance et jouent un rôle de « pilote par rapport aux problématiques de transition écologique ». Les enjeux sont différents pour les universités. Certaines, du fait de leur taille, ont en effet plus de difficultés à avancer et sont dans une « démarche de sensibilisation et moins d’action ». Cependant « certaines solutions sont trouvées et partagées ».

Les écoles de management évoluent et présentent leur référentiel. Le 9 juin 2023 la Conférence des directeurs des écoles françaises de management (Cdefm) et la Cefdg (Commission d’évaluation des formations et diplômes de gestion) ont présenté leur Référentiel de compétences DD&RS (lire plus bas). Un référentiel dont les écoles de management pourront se saisir afin de « former les managers qui feront évoluer les organisations vers un monde durable voire régénératif » avec deux approches selon le niveau : alors qu’au niveau bachelor, on « apprend à déployer des solutions existantes et adaptées », au niveau master on « apprend à les créer ».

Et justement pendant deux ans la direction de la Grande école d’HEC a travaillé à la refonte de son curriculum. « La maitrise des grands enjeux doit passer pour nos étudiants par une connaissance pluridisciplinaire en sciences du management, en sciences sociales et en sciences de données. Ainsi ils doivent pouvoir dépasser le seuil esprit critique pour apporter des solutions dans un esprit entrepreneurial », explique Yann Algan, le doyen de la Grande école d’HEC. Une rénovation à laquelle ont participé les étudiants – on les a vus revendicatifs ces dernières années – mais qui répond avant tout à la demande des entreprises. « Nous voulons aligner les planètes en répondant à la fois aux demandes de nos étudiants et à celles d’entreprises qui sont engagées dans une profonde mutation industrielle », insiste Yann Algan,

Une école a décidé d’aller encore plus loin. Ancrée dans les questions de développement durable dès1999 avec la création de la première formation dédiée, Excelia engage aujourd’hui une action centrée sur la gestion de l’eau. Actant que les questions liées à l’eau vont être cruciales dans les années à venir, Excelia lance à la rentrée 2023 la « Blue Education Experience », un parcours académique dont l’objectif est de « faire explorer la transition environnementale par le prisme de l’eau ». A la rentrée 2023 10% des cours ECTS du programme Grande école vont lui être dédiés avec la possibilité pour les étudiants d’obtenir un « Blue Education Passport ».

D’autres évolutions notables dans les écoles de management. HEC rejoint aujourd’hui un mouvement plus large dans les écoles de management françaises dont voici quelques exemples.

  • A la rentrée 2022, le Programme Grande école de emlyon BS a évolué pour « anticiper les évolutions du monde socio-économique, faire émerger les métiers de demain et répondre mieux encore aux attentes des entreprises et des étudiants ». Au-delà de ses cours obligatoires dédiés (« Agir pour le climat », « Futurs durables » et « Corporate social responsibility ») l’école a accéléré l’intégration des 17 objectifs de développement durable de l’ONU dans l’ensemble des cours. En 2023, la totalité des cours ont ainsi intégré un ou plusieurs objectifs, irriguant ainsi l’ensemble de l’offre de formation d’emlyon avec les enjeux socio-environnementaux.
  • Toujours en 2022 le Programme Grande école de KEDGE est quant à lui été repensé autour d’une nouvelle posture pédagogique : Grow by Doing®. L’objectif est « d’engager les étudiants dans des actions concrètes à impact, leur apprendre à penser différemment et enrichir leur parcours ». Parmi les nouveaux cours qui vont être inscrits au programme, certains s’inscrivent directement dans l’objectif d’exercer un impact sur l’environnement et le territoire. Le cours en RSE « Décarbonation et résilience »a ainsi été mis en place à la rentrée 2022 pour que les étudiants observent les avancées de l’école en matière de décarbonation et « émettent des recommandations dont l’établissement s’engage à tenir compte ».
  • De son côté l’Edhec a investi ces dernières années le domaine clés de la recherche en finance climatique avec la création de son centre de recherche Edhec Risk Climate. Destiné aux 700 étudiants de première année du PGE, le nouveau module « Limites planétaires et modèles économiques durables » répond quant à lui à un double objectif : donner aux étudiants des clés de compréhension factuelle sur les enjeux climatiques et énergétiques tout en identifiant des outils concrets pour analyser les modèles existants et « inventer des business models plus durables ».
  • L’EM Normandie entend quant à elle depuis 2022 devenir une « school for good » en mettant en place un plan d’actions pourdevenir une organisation à impact sociétal et environnemental positif en 2030. Dans ce cadre l’école met en place un plan d’action pour réduire l’empreinte environnementale de chacun et contribuer ainsi à la neutralité carbone de tout l’établissement. Mais l’objectif est plus large, il s’agit « d’intégrer à la dimension « Good » dans tous les programmes pour former les leaders responsables de demain » avec un parcours Sustainability, formation obligatoire aux enjeux socio-environnementaux pour tous les étudiants, certifiant avec la délivrance du Certificat Sulitest.

Les écoles de management sont bien en ordre de marche pour réaliser leur mutation environnementale. Certaines ont même pris une avance considérable mais toutes doivent réfléchir, au-delà de leur enseignement, à leur impact global sur le dérèglement climatique. Faites ce que j’enseigne mais aussi ce que je fais…

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Olivier Rollot est directeur du pôle Information & Data de HEADway Advisory depuis 2012. Il est rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire), de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel) et de "Espace Prépas". Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant, Olivier Rollot est également l'un des experts français de la Génération Y à laquelle il a consacré un livre : "La Génération Y" (PUF, 2012).

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