POLITIQUE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

Les Grandes écoles se démocratisent-elles ?

Alors que les chances d’un élève issu de catégories sociales très favorisées né en 1988 étaient 17 fois plus élevées que celles des élèves de PCS défavorisées d’accéder à une Grande école, parmi les élèves nés en 1995 ce rapport baisse à 14.

Sous le nom Quelle démocratisation des grandes écoles depuis le milieu des années 2000 ?, l’Institut des politiques publiques – un institut de la Paris School of Economics – a livré cette semaine un rapport consacré à l’évolution du recrutement des classes préparatoires et des grandes écoles depuis le milieu des années 2000.

  • Contrairement à beaucoup d’autres études centrées sur les écoles les plus prestigieuses c’est à une majorité des Grandes écoles (essentiellement celles qui étaient couvertes par le système d’information SISE – Système d’information sur le suivi de l’étudiant – en 2006, soit environ 60% des grandes écoles recensées en 2016) que ce sont intéressés les chercheurs avec le concours du MESRI.

Un profil social favorisé. En 2016-2017, les étudiants issus de catégories socio-professionnelles (PCS) très favorisées (cadres et assimilés, chefs d’entreprise, professions intellectuelles et professions libérales) représentaient 64% des effectifs des grandes écoles, alors que seuls 23% des jeunes de 20 à 24 ans et 47% des étudiants inscrits dans des formations d’enseignement supérieur de niveau bac+3 à bac+5 étaient issus de ces catégories sociales.

À l’inverse, les étudiants des grandes écoles n’étaient que 9% à être issus de PCS défavorisées (ouvriers et personnes sans activité professionnelle) pour 36 % des jeunes de 20 à 24 ans et 20 % des étudiants de niveau bac+3 à bac+5. Cette sous-représentation concerne également les étudiants issus de PCS favorisées (professions intermédiaires) ou moyennes (employés, agriculteurs, artisans, commerçants) qui ne constituaient respectivement que 10% et 18% des effectifs des grandes écoles en 2016-2017 contre 14% et 27% des jeunes de 20 à 24 ans (11% et 22% des étudiants de niveaubac+3 à bac+5).

Des écarts qui se resserrent. En l’espace de neuf ans, on note un net resserrement des chances relatives d’accès à l’enseignement supérieur pour les élèves de PCS très favorisées par rapport aux élèves de PCS défavorisées. Alors qu’un élève de PCS très favorisée né en 1988 avait 8,3 fois plus de chances qu’un élève de PCS défavorisée né la même année d’accéder à l’enseignement supérieur plutôt que de ne pas y accéder, ce ratio est passé à 4,4 parmi les élèves nés en 1995. De la même façon l’évolution dans l’accès aux grandes écoles reste limitée : parmi les élèves nés en 1988, les chances relatives des élèves de PCS très favorisées d’accéder à une grande école étaient 17 fois plus élevées que celles des élèves de PCS défavorisées ; parmi les élèves nés en 1995, ce rapport était de 14.

Mais attention selon les auteurs du rapport cette évolution s’explique d’abord par l’évolution de la structure sociale de la population des 15-24 ans qui s’est déformée au profit des catégories sociales très favorisées (passée de 21% à 24%). S’il y a eu une légère diminution du taux d’accès aux Grande écoles des élèves issus de PCS très favorisées, on n’observe pas pour autant de progression concomitante du taux d’accès des élèves issus de PCS défavorisées. Un constat qui vaut en particulier pour les grandes écoles les plus renommées (ENS Ulm, École polytechnique, HEC et Sciences Po Paris) : tout au long de la période 2006-2016 les étudiants issus de PCS très favorisées sont restés surreprésentés dans ces institutions d’élite (entre 73 et 92% des effectifs) ; la part des étudiants issus de PCS défavorisées dans ces écoles est quant à elle restée inférieure à 8 %

La part des boursiers est nettement plus faible dans les grandes écoles qu’à l’université : en 2016-2017, 19 % des étudiants des grandes écoles étaient boursiers contre 34 % des étudiants inscrits dans des formations universitaires de niveaubac+3 à bac+5. La proportion de boursiers était cependant plus élevée dans les IEP (29 %) et dans les grandes écoles spécialisées2(29 %) que dans les écoles d’ingénieurs (21 %), les écoles de commerce (16 %) et les ENS (16 %).

Le niveau des bourses est également intéressant à comparer. Bien que la proportion d’étudiants boursiers ait tendance à croître avec le niveau de sélectivité des écoles, en passant de 9 % dans les écoles du 1er décile de sélectivité (les plus sélectives) à 24 % dans les écoles du 9ème décile de sélectivité ce phénomène provient intégralement de la part plus élevée de boursiers d’échelons 0 ou 1 dans les écoles plus sélectives, qui correspondent aux boursiers les moins socialement défavorisés4.

Comparaison avec l’université. Les étudiants issus de PCS très favorisées sont également surreprésentés à l’université (42 % des étudiants de niveau bac+3 à bac+5) par rapport à leur part dans la population des jeunes de 20à 24 ans (23 %). De plus la composition sociale des formations universitaires varie sensiblement en fonction de la discipline considérée : alors que les étudiants issus de PCS très favorisées représentent plus de la moitié (51%) des effectifs en médecine et 47% des effectifs en droit de niveau bac+3 à bac+5, ils sont moins de 40 % en lettres et sciences humaines ou en économie-gestion.

Qu’en est-il des classes préparatoires ? La surreprésentation des catégories sociales favorisées dans les grandes écoles se retrouve dès les classes préparatoires. En 2016-2017, les étudiants issus de PCS très favorisées représentaient en effet 58 % de leurs effectifs quand 12% étaient issus de PCS défavorisées.

Les chercheurs observent également que les étudiants de PCS défavorisées constituaient 22 % des effectifs dans les 10 % des CPGE les moins sélectives mais seulement 6% des effectifs dans les 10 % des CPGE les plus sélectives. À l’inverse, les étudiants de PCS très favorisées représentaient 41 %des effectifs des CPGE les moins sélectives et 72 % des effectifs des CPGE les plus sélectives.

 

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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