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L’université porte le deuil et s’interroge

Les jeunes Parisiens, les universitaires, ont payé un terrible tribut à la barbarie islamiste. « Nous sommes sur la ligne de front parce que ce qui est attaqué c’est la jeunesse, la liberté, l’intelligence, toutes les causes pour lesquelles nous nous mobilisons », commente Philippe Jamet, directeur général de l’Institut Mines Télécom, pour lequel aujourd’hui « tout le monde se sent une cible ». Et c’est bien à La Sorbonne, dont trois étudiants ont été tués, que François Hollande, accompagné de Manuel Valls, Najat Vallaud-Belkacem et Thierry Mandon (photo), est venu assister lundi à la minute de silence nationale en mémoire des victimes du 13 novembre. L’enseignement supérieur français prendra longtemps à soigner ses plaies. Mais il ne peut surtout pas faire l’économie de s’interroger sur la sa vulnérabilité face aux attaques possibles.

La France, sa culture, attaquée

Najat Vallaud-Belkacem a écrit lundi à la communauté universitaire pour expliquer pourquoi les étudiants, les enseignants ont été si nombreux à être touchés : « Nombreux parce que la culture, l’art et l’échange sont au cœur de leur existence quotidienne. Parce que les terrasses de ces cafés, de ces bars, de ces restaurants, sont depuis longtemps des lieux de débats et de discussion, des lieux où il fait bon vivre, où il est bon de réfléchir ensemble, et où il est inhumain d’avoir à mourir sous les balles de la terreur ».

Une vision qui fait écho à un commentaire très largement partagé d’un article du New York Times paru après les attentats. Blackpoodles y rappelle que « La France incarne tout ce que les fanatiques religieux haïssent: la jouissance de la vie ici, sur terre, d’une multitude de manières, le droit de ne pas croire en Dieu, (…) d’aller à l’école gratuitement, de jouer, de rire, de débattre, de se moquer des prélats comme des hommes et des femmes politiques, de remettre les angoisses à plus tard: après la mort. Aucun pays ne profite aussi bien de la vie sur terre que la France ». Et aucun pays n’est aujourd’hui autant menacé. Et tout particulièrement sa jeunesse. Ceux qui ont vu le film « Timbuktu » se souviennent comment c’est tout ce qui donnait du bonheur – la musique, le football – qui était la cible principale des djihadistes au Mali.

Le message des universitaires

Présidents d’université, directeurs de grandes écoles, d’IUT, ils se sont pratiquement tous exprimé devant des étudiants très choqués par des événements qui ont souvent touché leurs proches. « La connaissance comme la culture sont notre réponse quotidienne à la barbarie et au terrorisme. Plus encore qu’hier, continuons à remplir nos missions : chercher, comprendre, apprendre, transmettre », concluait ainsi Jean Chambaz, président de l’UPMC, dans son discours devant ses étudiants. « Vous n’avez qu’une chose à faire : travailler, progresser dans la connaissance et c’est comme cela que vous lutterez contre l’obscurantisme », disait de son côté Olivier Laboux devant les étudiants de l’université de Nantes qu’il préside (voir son interview sur Télé Nantes). « Nous sommes à l’avant garde et nous ne baisserons pas les bras »,

Comment sécuriser les campus ?

En avril dernier l’attaque d’un campus kenyan par les militants islamistes chabab faisait près de 150 morts (relire dans Le Monde). Dans son modus operandi, le massacre de l’université de Garissa rappelle beaucoup ce que nous venons de vivre : des hommes en arme tuent systématiquement tous ceux qu’ils rencontrent, se retranchent sur le campus puis sont abattus par les forces de l’ordre. Les campus américains sont quasiment touchés chaque semaine par des agressions qui démontrent toute la difficulté qu’il y a à sécuriser des lieux par nature, par mission, ouverts. Si aucune nouvelle mesure n’était pris cette semaine à l’université Toulouse 1 (lire sur France 3 Midi Pyrénées), l’université de Cergy Pontoise déployait elle trente agents de sécurité supplémentaires (TV News 95). « Des mesures étaient déjà prises depuis janvier, elles vont être renforcées. Les événements vont être plus encadrés. Mais nous devons également être plus vigilants individuellement et collectivement. Ce n’est pas forcément dans la culture française mais c’est nécessaire », reprend Philippe Jamet quand Olivier Laboux explique qu’« à l’université de Nantes des unités mobiles de sureté vont être déployées de manière aléatoire sur les 110 sites pour fouiller les sacs ou demander ce que fait telle ou telle personne ».

Mais que valent ces mesures face à des hommes armés, décidés à mourir, et qui haïssent particulièrement tout ce qui rappelle le savoir et la raison ? Les événements du vendredi 13 étaient largement attendus par les spécialistes du renseignement comme le juge antiterroriste Marc Trévidic (relire son entretien du 30 septembre à Paris Match). On sait aujourd’hui que les jeunes, l’université et les grandes écoles, sont en première ligne. Mais comment les protéger efficacement ?

Comment éviter que des jeunes tombent dans l’extrémisme ?

C’est la dernière question mais la plus cruciale. Comment cinq jeunes Français éduqués en France, issus de famille de la classe moyenne, dont aucun n’avait été incarcéré (même si l’un d’entre eux avait été condamné), comment ces cinq jeunes Français ont-ils pu aller assassiner d’autres jeunes Français ? Otage pendant deux heures au Bataclan, Sébastien (interrogé par RTL, il n’a pas souhaité donner son nom) a révélé un témoignage hallucinant sur sa tentative de discussion avec les terroristes : « Ils avaient besoin certainement d’un idéal que le monde occidental dans lequel ils vivaient, puisque c’était des Français, ne leur offrait pas. Ils ont trouvé un idéal mortuaire, de vengeance, de haine, de terreur ». Il rapporte aussi qu’ils lui ont demandé de brûler des billets de banque et ont même demandé aux otages s’ils… « étaient d’accord avec ce qu’ils faisaient ! ».

La recherche d’un idéal, une totale indifférence pour la vie, une jeunesse sans doute pas si facile, des jeux vidéo comme seuls repères, des prêches hallucinés comme seul horizon, un cocktail détonnant qui n’a sans doute pas fini de nous hanter. 60% d’une classe d’âge diplômée de l’enseignement supérieur, bel objectif mais qui doit s’accompagner d’un autre : 100% d’une classe d’âge qui résiste à l’appel de la violence aveugle.

Olivier Rollot (@ORollot)

HOMMAGES

Les jeunes, les universitaires, ont payé un terrible tribut à la barbarie islamiste le 13 novembre. Voici les noms de ceux qui y ont laissé la vie à ce jour :

Les enseignants : Nicolas Classeau, 43 ans, directeur de l’IUT de l’université Paris-Est–Marne-la-Vallée a été tué (photo) tout comme son collègue de la même université Matthieu Giroud, 39 ans, maître de conférence en géographie (lire comment leur universités leur a rendu hommage dans Le Parisien) ; Elsa Delplace, formateur au CFA Léonard de Vinci ; Alban Denuit, 32 ans, enseignant à Bordeaux-Montaigne (lire sur le site de son université) ; Mohamed Amine Ibnoumoubarak, Marocain, architecte encadrant à l’École nationale supérieure d’architecture Paris-Malaquais. Une salariée de l’Etudiant, Lucie Dietrich, 37 ans, est également décédée.

 

Les étudiants français : Elodie Breuil, en design à l’Ecole de Condé ; Marie Lausch, diplômée du Cesem Reims et étudiante dans le mastère communication d’entreprise de NEOMA, et son compagnon, Mathias Dymarski, tout juste diplômé de l’Ecole supérieure d’ingénieurs des travaux de la construction de Metz (lire leur portrait croisé dans Le Républicain Lorrain) ; Suzon Garrigues, en troisième année de licence de lettres modernes appliquées à Paris 4; Guillaume Le Dramp, 33 ans, en master à La Sorbonne nouvelle ; Marion Lieffrig-Petard, en première année du master franco-italien de musicologie à Paris 1 La Sorbonne ; Justine Moulin, 23 ans, diplômés dui bachelor de l’Inseec et cette année en master à Skema (lire dans La Voix du Nord) ; Hugo Sarrade,  23 ans, en master en intelligence artificielle à la faculté des sciences de Montpellier (Le Midi Libre) ; Ariane Theiller, étudiante de l’université de Strasbourg en stage à Paris.

 

Les étudiants étrangers : Juan Alberrto Gonzalez Garrido, étudiant espagnol en MBA d’HEC (El Mundo) ; Nohemi Gonzalez, 23 ans, étudiante de  la California State University de Long Beach venue passer un semestre France à l’école de design Strate (The Daily Beast) ; Kheireddine Sahbi, Algérien, en master d’ethnomusicologie à Paris 1 La Sorbonne ; Valeria Solesin, 28 ans, Italienne en doctorat à Paris 1

 

Les alumni: Maxime Bouffard, BTS audiovisuel à Biarritz ; Quentin Boulanger, Audencia ; Guillaume Barreau Decherf, ESJ Lille (lire son portrait dans Libération); Michelli Gil Jaimez, EMLYON ; Nathalie Jardin, Skema ; Cédric Mauduit, Sciences Po Rennes ; Quentin Mourier, 29 ans, Ecole nationale supérieure d’architecture de Versailles ; Victor Munoz, 25 ans, Paris School of Business ; David Perchirin, Sciences Po Rennes ; Sébastien Proisy, 38 ans, Sciences Po ; Caroline Prénat, 24 ans, Ecole de Condé de Nancy ; Valentin Ribet, 26 ans, Université Panthéon Sorbonne et London School of Economics, etc.

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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