ORIENTATION / CONCOURS, POLITIQUE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

Mais comment sélectionner à l’heure d’un nouveau bac de plus en plus contesté ?

Alors que la phase principale de Parcoursup vient de s’achever et que le bac 2023 livre son verdict, les établissements d’enseignement supérieur sont confrontés au défi de la sélection à l’ère du nouveau bac. Et parce que les candidats ne comprennent justement pas vraiment les conditions de leur sélection les membres de sa commission de l’éducation du Sénat demandent notamment, dans un rapport publié le 28 juin, au MESR d’obliger les filières universitaires à adopter des critères communs de sélection. Le tout alors qu’une « réforme de la réforme » du bac se profile à l’horizon…

Ce que proposent les sénateurs. Maintenant que le public a compris que Parcoursup ne possédait pas d’algorithme mais que la sélection était du ressort de chaque établissement des sénateurs demandent, dans un grand regain de centralisation, que des critères communs soient adoptés par tous les établissements. Dans son rapport d’information la mission présidée par l’élu du Val-de-Marne Laurent Lafon (Union centriste) propose que, sur le modèle de la filière Staps, soit élaboré une « méthodologie commune de présentation et d’évaluation par type de formation ».

La mission propose également de ne plus donner la mention du lycée d’origine aux établissements recruteurs. Elle propose d’y substituer un « critère plus objectif, fondé sur l’écart de notation existant entre la moyenne du contrôle continu de terminale et les résultats au baccalauréat ». Comprenne qui pourra…

Ce que disent les établissements. Du côté des établissements recrutant des bacheliers c’est surtout la difficulté de trouver des critères objectifs qui prévaut. Certes cette année les spécialités ont enfin été évaluées mais avec souvent une telle mansuétude de la part des lycées qu’elles n’apportent pas grand-chose de plus qu’un contrôle continu très laxiste pendant les années Covid. Certains viennent même à se demander si certaines spécialités ne seraient pas particulièrement généreuses pour attirer le plus d’élèves…

Et comme du côté des établissements on ne sait pas quelle est la moyenne nationale de notation des spécialités on regarde avec circonspection ces dossiers tous exceptionnels. Mais comment dire aux candidats – excellents d’apparence – qu’ils sont tous excellents quand leur dossier est refusé ? Si les appréciations des professeurs sont souvent plus signifiantes que les notes les formations qui proposent en plus en concours se félicitent en tout cas de l’avoir conservé.

De nouveaux tests. Le recrutement est particulièrement délicat pour les professeurs de classes préparatoires qui n’ont à disposition que des notes, des appréciations et, pour le moment encore, le nom du lycée du candidat. La nature ayant horreur du vide des professeurs de classe préparatoires de Sainte-Geneviève ont créé un test national, le TeSciaA, qui a pour objectif de « mieux repérer les talents en mathématiques, mesurant à la fois les compétences acquises et la qualité de réaction à des situations nouvelles ». Test dont les résultats peuvent être mentionnés dans le dossier Parcoursup pour aider les professeurs de classes préparatoires scientifiques à recruter.

Bac : une « réforme de la réforme » qui pose bien des questions. Et comme si la situation n’était pas déjà assez compliquée, à peine le bac version Blanquer a-t-il vécu sa « vraie » première année avec une véritable évaluation des spécialités qu’il semble nécessaire de le réformer. En cause une démotivation bien compréhensible des élèves de terminale une fois les résultats des épreuves de spécialités connus en avril et 80% du bac ainsi assuré. « Il faut reconquérir le troisième trimestre. Pour l’année prochaine, nous avons absolument besoin de changer les choses, la situation actuelle ne convient pas», explique ainsi Pap Ndiaye, le ministre de l’Éducation nationale, interrogé sur France 2 avant que François Bayrou mette même en avant sur LCI cette absence de travail pour… expliquer les émeutes.

Il y a quelques semaines dans un entretien à l’Essentiel du Sup celui qui est à la base de la réforme et l’un des deux présidents du Comité de suivi de la réforme du lycée, Pierre Mathiot, rappelait qu’on n’avait « pas fait exprès de placer les épreuves des EDS en mars ! La raison principale est liée au calendrier de Parcoursup. Je pense que si les épreuves de spécialités voyaient leurs dates repoussées au mois de juin, alors le bac lui-même serait à terme menacé, car beaucoup diraient qu’il ne sert à rien d’évaluer tardivement des élèves qui ont déjà leur place dans l’enseignement supérieur à ce moment-là. L’importance d’un bac en juin serait insuffisante comparée à son coût et aux difficultés d’organisation ».

Le président de France Université, Guillaume Gellé, se dit quant à lui « inquiet d’une possible remise en cause de l’organisation des épreuves de spécialité du bac en mars, empêchant ainsi leur prise en compte dans Parcoursup ». Parmi les deux scénarios envisagés par le Comité de suivi de la réforme du lycée si le premier repousserait effectivement les dates des épreuve de spécialité, un second permettrait de conserver le calendrier en modifiant les coefficients des épreuves. Le grand oral et la philosophie prendrait alors plus d’importance alors qu’aujourd’hui ils ne contribuent qu’à hauteur de 18 points au résultat final contre 32 pour les deux spécialités et 40 pour le contrôle continu. A suivre…

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Olivier Rollot est directeur du pôle Information & Data de HEADway Advisory depuis 2012. Il est rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire), de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel) et de "Espace Prépas". Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant, Olivier Rollot est également l'un des experts français de la Génération Y à laquelle il a consacré un livre : "La Génération Y" (PUF, 2012).

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