UNIVERSITES

Masters, bachelors, contrôle continu, moyens des universités : Jean-Loup Salzmann fait le point

Masters sélectifs ou pas, développement des bachelors, contrôle continu intégral ou moyens des universités, les sujets ne manquent pour le président de la Conférence des présidents d’université Jean-Loup Salzmann.

 Olivier Rollot : Etes-vous satisfait du décret listant les masters qui pourront sélectionner leurs étudiants qui va être publié par le ministère de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur et de la Recherche ?

Jean-Loup Salzmann : On ne peut pas être satisfaits d’une liste limitative quand, en réalité, tous les masters sont sélectifs. Mais c’est une première étape et le gouvernement reconnaît au moins que les masters sont sélectifs. Nous allons maintenant entrer dans une deuxième étape avec une concertation sur la sélection entre le premier et le second cycle et, plus généralement, les poursuites d’études.

O. R : La sélection après la licence, c’est un chiffon rouge pour les organisations syndicales étudiantes !

J-L. S : Il n’y a pas de raison alors qu’il y a sensiblement autant de places en licence qu’en première et deuxième années de master. La question ce n’est pas de mettre des barrières malthusiennes ou de faire une sélection brutale mais de faire une bonne gestion des flux avec comme grands principes l’acquisition des compétences, le projet personnel professionnel et l’insertion professionnelle.

Nous sommes d’ailleurs en train de mettre en place un portail national des masters. Dans un premier temps, nous informerons le public, puis nous l’orienterons et, un jour, y ferons les inscriptions. Sur ce portail les étudiants se verront informés de tous les masters qui leur sont potentiellement ouverts dans toute la France et se verront proposé ceux qui leur correspondent le mieux.

O. R : Vous n’avez pas le sentiment qu’en créant deux catégories de master, les « sélectifs » et les autres, on distingue de facto les « masters d’excellence » et les autres ?

J-L. S : Non la seule différence c’est qu’une catégorie de masters a besoin d’une sélection sécurisée par un décret et pas les autres.

O. R : L’année prochaine les filières de licence les plus demandées vont pouvoir réserver 15% de leurs places à des bacheliers méritants. Pensez-vous que cela va vraiment attirer plus de bons étudiants dans les universités ?

J-L. S : L’objectif c’est de montrer que les universités sont des lieux d’excellence. Un étudiant qui pouvait s’autocensurer en se disant, par exemple, qu’il n’avait aucune chance d’intégrer une université ou une filière très demandée aura maintenant la garantie d’avoir une place. Dans les filières « en tension », les plus demandées, on remplace pour une part le tirage au sort par de bons étudiants. Toutes les universités s’en réjouissent.

O. R : Mais c’est bien une sélection même si c’est seulement pour 15% des effectifs !

J-L. S : Cela signifie surtout qu’au lieu d’avoir 100% d’étudiants issus des grands lycées parisiens dans les facultés de médecine parisiennes il y aura aussi de bons élèves boursiers venus de partout en France. C’est surtout une question de promotion sociale.

O. R : La CPU a pris récemment position contre le développement « anarchique » des bachelors en arguant qu’ « en France, le bachelor s’appelle la licence et à l’international la licence est un bachelor ». Que demandez-vous exactement au gouvernement ?

J-L. S : Nous voulons mettre les choses au clair alors que certains bachelors demandent la reconnaissance de l’Etat et que l’Etat en finance quelques-uns. Si certains veulent que leur diplôme obtienne le grade licence il faut aussi qu’ils aient les mêmes contraintes et garanties qu’une licence. Nous voulons voir clair dans ce dossier et déterminer ceux qui ont ou non le droit de s’appeler bachelor.

O. R : Vous vous êtes exprimés également sur la question des partiels. Vous préféreriez qu’on recoure plus largement au contrôle continu ?

J-L. S : Cinq universités expérimentent aujourd’hui le contrôle continu intégral et ce que nous souhaiterions c’est qu’elles puissent aller au bout de cette expérimentation. Une évaluation externe permettra ensuite de décider si c’est mieux ou pas que les partiels. Si c’est le cas il faudra étendre le système ailleurs. Tout ce qui favorise la réussite des étudiants et l’acquisition des compétences doit être tenté ; mémoriser un peu chaque jour c’est mieux que le bachotage. Nous ne comprenons absolument pas la position du ministère sur ce sujet qui ne semble pas voir l’intérêt des étudiants à être mieux formés. En effet notre objectif est que cette modalité pédagogique d’évaluation des compétences s’étende à plus d’universités. Dans l’ensemble des pays développés ce type de sujet est du ressort des universités et non de l’Etat, nous vivons l’atermoiement du ministère sur ce sujet comme un manque total de confiance de sa part.

O. R : Puisque vous parlez de favoriser la réussite des étudiants, l’université Paris 5 teste cette année une année de préparation à l’université ouverte aux bacheliers comme à ceux qui « décrochent » en cours de première année de licence. Est-ce une initiative à développer ailleurs ?

J-L. S : Ce que nous soutenons c’est la liberté académique. Ce qui manque c’est un ministère qui généralise ce qui fonctionne bien car les universités savent innover. Sur le cas précis que vous évoquez nous trouvons qu’il s’agit d’une bonne idée mais nous n’avons pas encore assez de recul, il faut encore attendre de voir quels seront les résultats.

O. R : Les recteurs vont imposer cette année des quotas de bacheliers professionnels dans les BTS et de bacheliers technologiques en IUT. Etes-vous favorables à ces quotas ?

J-L. S : C’est la loi et nous l’appliquons. Maintenant il faut que les moyens suivent car c’est plus simple de faire réussir un bachelier général qu’un bachelier technologique et un bachelier technologique qu’un bachelier professionnel. Paradoxalement la dépense par étudiant est plus forte pour les étudiants qui ont en ont le moins besoin. Il est temps de donner la priorité à la réussite étudiante.

Le bac professionnel a été conçu comme un diplôme d’insertion professionnelle, pas pour la poursuite d’études. Si ses titulaires veulent poursuivre il faut alors qu’ils aillent en BTS et non par défaut à l’université où ils vont échouer.

O. R : Mais créer plus de places en BTS coute très cher !

J-L. S : Pas si les bacheliers professionnels y remplacent des bacheliers généraux.

O. R : Cette année on n’a pas encore trop parlé des finances des universités. Où en sont-elles aujourd’hui ?

J-L. S : Les différentes annonces ministérielles récentes sur l’augmentation du point d’indice, les titularisations ou les progressions de carrière induisent des coûts supplémentaires de 450 M€ en 2017. Or toutes les marges de manœuvre que s’était déjà donné le ministère ont atteint leurs limites. De plus il nous faudra recevoir 30  à 40 000 étudiants de plus à la prochaine rentrée et  plus de 100 000 pour les trois ans qui viennent. Nous avons calculé qu’il nous faudrait 1 milliard d’euros de plus pour être en 2017 dans la même situation budgétaire qu’en 2012. Nous sommes très inquiets parce que la situation sera à la rentrée prochaine intenable. . C’est un vrai paradoxe français : les français trouvent les universités de plus en plus attractives et nous ne faisons pas les choix de société qui s’imposent pour les accueillir !

O. R : Certaines universités ont critiqué les choix du jury des Idex. Pensez-vous que ce type de sélection soit la plus indiquée ?

J-L. S : Nous avons un principe dans l’enseignement supérieur qui est de ne pas critiquer les jurys. Si le ministère de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur et de la Recherche avait voulu choisir lui même les candidats il n’aurait pas choisi de confier la sélection à un jury international ! S’il voulait faire de l’aménagement du territoire il fallait procéder autrement.

O. R : Le Cneser a voté en faveur de l’arrêté réformant le doctorat. Pourtant la CPU avait quelques réserves. Lesquelles ?

J-L. S : Pour être précis, le Cneser a voté favorablement pour un arrêté amendé. Notre critique de fond est que le texte est trop normatif. Ce que nous demandons c’est que les universités soient accréditées et qu’ensuite chacune fasse à sa manière. Cela fait 1000 ans que les universités délivrent des doctorats et elles savent le faire !

O. R : Le colloque annuel de la CPU, du 25 au 27 mai à Orléans, s’appelle Campus en mouvement. Qu’en attendez-vous ?

J-L. S : Nous allons réfléchir à ce que seront les campus de demain, comment transformer nos universités et quels doivent être nos rapports avec les territoires et les autres acteurs. Il s’agit aussi bien de la vie étudiante que celle des personnels et des citoyens tout autour de l’université. Comment un campus s’inscrit dans son territoire et en est un instrument de modernisation économique. La Ligue des universités européennes de recherche a ainsi calculé que chaque euro investi dans une université en générait quatre en retombées économiques sur les territoires !

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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