ECOLES DE MANAGEMENT, UNIVERSITES

« Nous nous situons juste en-dessous des toutes meilleures écoles comme HEC » : Virginie de Barnier, directrice de l’IAE Aix-Marseille

L’Institut d’administration des entreprises (IAE) Aix-Marseille vient de fêter ses 60 ans. L’occasion de faire le point avec sa directrice, Virginie de Barnier, sur l’actualité du plus reconnu des IAE.

Olivier Rollot : On peut le dire alors qu’il fête ses 60 ans, votre IAE est le plus reconnu des instituts d’administration des entreprises.

Virginie de Barnier : L’IAE Aix-Marseille est le plus prestigieux et le prouve par des critères tangibles que sont ses accréditations internationales Equis et Amba. Nous sommes également l’IAE qui possède le plus important laboratoire en gestion de France : il est même plus important que celui des grandes universités parisiennes. Nous fonctionnons vraiment selon les standards d’une business school qui, en plus, forme des doctorants qui seront demain nos professeurs.

Pour un étudiant nous nous situons juste en-dessous des toutes meilleures écoles comme HEC. Mais pourquoi aller dépenser 12 à 15 000€ par année de formation dans une école de management privée alors que l’IAE Aix-Marseille mène aux mêmes résultats pour trois fois moins cher : 4000€ que ne payent que 40% de chaque promotion puisque les autres 60% se répartissent à parité entre les boursiers et les étudiants en apprentissage.

O. R : Comment intègre-t-on l’IAE Aix-Marseille ?

V. de B : On entre uniquement en master et avec un excellent niveau en anglais (850 au TOEIC à l’entrée !). Contrairement à d’autres IAE nous ne proposons pas de licence. Parmi nos étudiants nous en comptons aujourd’hui 15% qui viennent d’écoles de management où ils ont par exemple suivi un bachelor et viennent chercher une spécialisation pour nous. Bien sûr nous avons également toujours 15% d’ingénieurs : c’est dans l’ADN des IAE de former des ingénieurs à la double compétence en management.

Les autres étudiants viennent de tous horizons universitaires. Nous tenons à avoir des promotions variées même si ce n’est pas toujours simple à gérer pour nos enseignants. Nous délivrons d’ailleurs beaucoup de cours sur la gestion des groupes et les problèmes culturels pour faire comprendre à nos étudiants comment travailler dans des équipes multiculturelles. Ainsi nous formons des personnes aux profils différents. Comme par exemple cette étudiante roumaine qui est venue nous rejoindre après un master de sociologie et qui n’avait pas trouvé de travail. Elle s’est spécialisée en marketing à l’IAE et, trois ans après, est directrice des études chez TNS Sofres.

O. R : Comment vos diplômés d’intègrent-ils sur le marché du travail ?

V. de B : 96% de nos diplômés trouvent un emploi dans les six mois qui suivent et ceux qui n’en ont pas c’est vraiment parce qu’ils sont partis faire le tour du monde ou ont démarré un doctorat. Mais je dois aussi dire que nous avons de petites promotions : 500 dans nos deux principaux masters et 800 étudiants en tout en comptant nos MSc et nos MBA (master of business administration).

O. R : Et comment les entreprises les considèrent-ils par rapport à ceux des écoles de management ?

V. de B : Ils les trouvent plus adaptables. Ils n’ont pas passé cinq ans dans la même école. Ils se sont adaptés à des environnements de travail différents et ont su les maîtriser. Ils sont aussi moins encadrés par l’administration de l’IAE : si nous avons le même nombre de professeurs permanents qu’une grande école comparable, notre structure administrative est beaucoup moins développée.

O. R : Quelle soutien avez-vous de la grande Université Aix-Marseille dont vous faites partie ? On sait que certains IAE ont parfois du mal à trouver leur place dans les universités depuis que celles-ci sont autonomes.

V. de B : Même si nous sommes relativement autonomes financièrement, c’est vital pour un IAE de bien s’entendre avec son université. Nous avons justement la chance d’avoir un président, Yvon Berland, à l’écoute. Bien sûr travailler dans une grande université conduit parfois à des procédures administratives un peu plus lourdes – il faut anticiper davantage et ce n’est pas si difficile dans l’enseignement supérieur – mais cela nous apporte surtout un nombre formidable d’opportunités de travailler avec les autres composantes. Nous avons pu créer des accords avec la faculté de pharmacie, Polytech Marseille ou encore l’IUT afin de créer des filières passerelles pour les étudiants dans Aix-Marseille Université.

O. R : Justement sur ce dernier accord comment peut-on passer d’un diplôme d’IUT bac+2 à un IAE ouvert uniquement aux bac+3 et plus ?

V. de B : Nous avons créé une passerelle avec l’IUT pour éviter que leurs diplômés aillent dans des écoles de commerce de moyenne gamme quand ils tout à fait leur place chez nous. Nous en sélectionnons trente chaque année qui vont passer une année dans une de nos universités partenaires à l’étranger. Ils en reviennent avec des crédits européens ECTS.

O. R : Quels sont vos liens avec la faculté de gestion ? On sait que certaines sont parfois en compétition avec leur IAE.

V. de B : La faculté de gestion d’Aix-Marseille Université propose surtout des licences et nous travaillons avec son doyen pour coordonner nos offres et éviter toute concurrence. La grande différence entre nos masters c’est que les nôtres sont beaucoup plus professionnalisés avec des périodes de stage plus longues, un esprit plus pratique qui rend nos diplômés directement opérationnels.

O. R : Vous le disiez, vous avez tous les fondamentaux d’une business school et êtes d’ailleurs classés avec elles par The Financial Times (54ème sur 70 masters in management). Pourquoi ne l’êtes-vous pas dans les classements français des écoles de management ?

V. de B : Ce n’est pas faute de l’avoir demandé mais on nous répète qu’il faut être une grande école pour entrer dans ces classements. Je suis pourtant persuadée que nous y aurions un excellente place : au moins dans les 15 premières. Mais je ne tiens pas à me battre contre les écoles de management : il faut que les deux systèmes cohabitent avec leurs qualités et leurs différences.

O. R : Comment gérez-vous votre dimension internationale ? Les séjours à l’étranger ? Vous recevez beaucoup d’étudiants étrangers ?

V. de B : Tous nos étudiants doivent effectuer au moins six mois de séjours à l’étranger. Quant aux étudiants internationaux, ils représentent 30% de nos effectifs tous diplômes confondus. 30% issus de 49 nationalités : nous ne nous contentons pas comme d’autres de prendre 100% d’étudiants issus d’un seul pays et qui viennent en groupe. Les principales nationalités que nous recevons sont les Américains et les Canadiens devant les Allemands, les Indiens, etc. et beaucoup de Finlandais grâce à un double diplôme que nous avons là-bas. Pour les recruter nous sommes présents sur un certain nombre de salons dans le monde et avons des accords privilégiés avec certaines universités avec lesquelles nous nous sentons très proches comme HEC Montréal ou Strathclyde en Ecosse. Notre ancrage est local (le Grand Sud) et international.

O. R : Au-delà de l’excellence, comment vous définissez-vous par rapport aux autres IAE ?

V. de B : Je pense que chaque IAE doit avoir son identité propre : l’international pour nous, le patrimoine à Clermont-Ferrand, l’e-learning à Caen, la formation continue à Paris sont autant de points forts qu’il faut pouvoir développer et mettre en avant.

O. R : Vous développez beaucoup la formation continue ?

V. de B : Elle représente 20% de notre activité et tous nos masters sont accessibles en formation continue. Mais à partir de 36/37 ans nous conseillons plutôt aux professionnels de choisir un de nos Executive MBA dans lesquels ils se sentiront plus à l’aise qu’avec des étudiants de 20/25 ans et prendront davantage de hauteur par rapport à leur métier de manager.

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Olivier Rollot

Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives.
Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l’un des experts français de la Génération Y.
Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de « l’Essentiel du Sup » (newsletter hebdomadaire) et de « l’Essentiel Prépas » (webzine mensuel).
Il anime également le blog HEADway et du blog du Monde « Il y a une vie après le bac ».

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