POLITIQUE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

Nouvelle ère pour les grandes écoles ?

En estimant lors du Congrès annuel de la Conférence des grandes écoles que « la place faite aux grandes écoles des les comue « était insuffisante » et qu’il allait « regarder le dossier comue par comue », le secrétaire d’Etat à l’enseignement supérieur, Thierry Mandon (photo), a lancé un signal particulièrement apprécié par des grandes écoles pas forcément habituées à autant de sollicitude de leur tutelle pendant l’ère Fioraso. D’autant qu’il considère que les grandes écoles peuvent « apporter leur expérience aux universités » – et « vice versa » – dans ces comue. Mais est-ce seulement un discours alors que les points de friction entre le secrétaire d’Etat et les grandes écoles restent nombreux ?

Les comue

Si la situation des grandes écoles dans les comue s’est globalement bien améliorée, il n’en reste pas moins que beaucoup ont dû se contenter de strapontins et aspirent à une meilleure représentation. D’autant que certaines ont pu, par exemple, apprendre que ne pas être membre d’une comue les empêchait de recevoir toute aide de leur Crous… Mais que peut vraiment obtenir Thierry Mandon lors du « tour de France des comue » qu’il se propose de réaliser ? Les années électorales, comme vont en vivre plus de 60% des universités en 2016, sont rarement propices aux débats apaisés et on sait comment le « grande école bashing » reste souvent porteur…

Les moyens

Une nouvelle ponction sur les fonds de roulement des écoles d’ingénieurs semblant exclue en 2016, là aussi le secrétaire d’Etat a semblé à l’écoute d’écoles en mal de moyens. D’abord mi septembre, lors de l’assemblée de rentrée de la Cdefi, où il a admis que la réforme de la taxe d’apprentissage avait été un « choc terrible » dont il mesurait les effets et dont bien d’autres étaient les « victimes ». Mais, il l’a répété devant les membres de la CGE, il ne veut pas pour autant entendre parler de hausse des droits d’inscription qui « ne doivent pas être des variables d’ajustement des moyens des écoles » et dont l’augmentation lui « paraîtrait contraires à la politique d’ouverture prônée ».

Seule ouverture : en ne se prononçant pas contre une différenciation des droits d’inscription pour les étudiants non communautaires – « Je ne sais pas quoi en penser pour l’instant, mais c’est un sujet qui se regarde » -, Thierry Mandon a envoyé un signal fort à des écoles en mal de financement et qui ne comprennent pas pourquoi elles devraient financer la scolarité de ces étudiants.

Les masters

Le recours de la CGE devant le Conseil d’Etat quant à la possibilité pour toutes les grandes écoles – et pas seulement les établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel (EPSCP), c’est-à-dire les universités mais aussi de « très grande écoles » comme Ponts ParisTech, ou à caractère administratif (EPA) – de délivrer des masters n’a pas encore été examiné. Prudemment le ministère de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur et de la Recherche attend la décision des « sages » pour se prononcer. Sur la question plus précise des masters internationaux, Thierry Mandon ne semblait en tout cas pas avoir pris la mesure du dossier lors de la dernière assemblée de la Cdefi.

Et maintenant ?

Un secrétaire d’Etat visiblement à l’écoute des grandes écoles peut-il suffire à leur rendre durablement le sourire ? Financièrement mieux vaut en tout cas pour elles compter d’abord sur leurs propres forces. Dans une étude qu’elle vient de mener (lire ci-dessous), la CGE constate ainsi l’émergence du fundraising dans ses établissements. Même si la collecte ne concerne encore que 3,2% du budget total des 36 établissements ayant répondu à l’enquête, elle rencontre un véritable succès pour peu que cette collecte soit professionnalisée avec des compétences dédiées. Raison de plus pour encourager l’entrepreneuriat chez des étudiants qui, plus tard, sauront renvoyer l’ascenseur ? La CGE y consacrait en tout cas ses travaux cette année.

Olivier Rollot (@ORollot)

Previous ArticleNext Article
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Send this to a friend