ECOLE D’INGÉNIEURS

Où en est ParisTech ?: entretien avec Yves Poilane, président de ParisTech et directeur de Télécom ParisTech

ParisTech c’est l’alliance de douze  grandes écoles qui vont de Polytechnique à HEC en  passant par Télécom  ParisTech ou les Arts et Métiers. ParisTech ce fut une grande ambition de MIT à la française quelque peu contrariée. Le point avec celui qui en assure la direction par intérim depuis un an et va bientôt passer la main à un nouveau président.

Yves Poilane

Olivier Rollot : Qu’est-ce qu’il reste aujourd’hui de l’ambition originale de ParisTech ?
Y.P : D’abord une excellente marque, qui porte le nom de Paris, et réunit de très grandes écoles de la région parisienne. J’ai toujours été d’autant plus sensible à cette union que, moi-même ingénieur des télécoms, je sais que nous vivons dans un monde qui change très vite, que les rentes ne sont jamais acquises. Les grandes écoles doivent se poser des questions sur leur avenir : exister depuis 200 ans ne suffit pas. D’où l’enthousiasme que nous avons toujours mis, à Télécom ParisTech, à soutenir ce qui devait être le futur Massachusetts Institute of Technology.

Seulement, l’ambition de transfert de compétences des écoles à la structure centrale n’était pas partagée par tous. Ce n’est pas facile d’abandonner des compétences lorsqu’on est une institution séculaire, regardez l’Europe… En résumé, les directeurs des écoles membres étaient sincèrement pénétrés de l’intérêt de ParisTech mais pas tous prêts à intégrer les transferts forts de compétences que j’évoquais.

O.R : Donc vous vous positionnez aujourd’hui comme une structure de partage et de réflexion plutôt que comme une grande université intégrée ?

Y.P : Le socle de ParisTech c’est de proposer une formation grande  école à la française de plus en plus attractive à l’étranger et notamment en Chine. Dans ce cadre, nous voulons recruter de plus en plus de jeunes à l’étranger tout en permettant à plus de jeunes Français issus de toutes les catégories sociales de nous rejoindre. Nous travaillons aussi ensemble sur les questions de pédagogie, par exemple pour développer ce qu’on appelle la « pédagogie par projet ».

Enfin, la pluridisciplinarité scientifique que porte ParisTech permet de mieux répondre aux demandes des entreprises. Pour travailler avec Renault sur le développement des véhicules électriques, il faut des experts en chimie, en ergonomie, en management mais aussi en sociologie, toutes compétences que nous avons dans nos écoles et auxquelles nous pouvons agréger celles d’universités ou d’écoles plus spécialisées. Dans le design, nous travaillons par exemple avec Strate Collège et l’Ensci, dans la bio ingénierie avec Paris-Descartes, etc.

O.R : Le travail en commun avec les entreprises dans vos laboratoires est de plus en plus essentiel pour vous ?

Y.P : Nous voulons effectivement produire de plus en plus de programmes pluridisciplinaires avec les entreprises françaises. Quand une entreprise veut aborder un grand projet, nous lui proposons de réfléchir à toutes ses problématiques pour définir quelles écoles, quels laboratoires sont les mieux à même de l’aider. Nous avons par exemple orienté récemment Thalès vers l’équipe de modélisation 3D de l’Ecole des Ponts ParisTech, une spécialité qu’on ne s’attend pas forcément à trouver là.

O.R : La création d’un campus sur celui de l’université Jiao Tong de Shangaï est particulièrement emblématique de vos ambitions. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Y.P : Après l’École Centrale à Pékin, après une école d’aéronautique à Tianjin avec l’ISAE et l’Enac et l’IFCEN dans le nucléaire, nous sommes les quatrièmes à nous implanter en Chine. Notre implantation cette année est l’accomplissement de douze années de collaboration avec des universités de Shanghai et une réponse à un appel d’offre du gouvernement chinois. Surtout, nous avons monté le projet dans des conditions qui assurent sa pérennité : les entreprises et le gouvernement chinois le financent et les quatre écoles de ParisTech (Ecole Polytechnique ParisTech, Mines ParisTech, Ensta ParisTech et Télécom ParisTech) impliquées ne partagent la charge que du directeur et d’un enseignant. Le modèle est donc durable au-delà fonds d’amorçage.

O.R : Les écoles de ParisTech sont pour la plupart membres d’autres communautés, Paris Sciences et Lettres (PSL) et Paris Saclay. Quelles sont les relations entre ParisTech et ces deux grands ensembles ?

Y.P : Je voudrais que ParisTech s’articule avec les collèges d’ingénierie de Saclay et PSL. Pour reprendre l’exemple du véhicule électrique, Renault a autant besoin d’écoles de Palaiseau que de Paris pour le développer. Il y aura comme celui-là bien des cas où les entreprises nous demanderont de mobiliser des écoles qui se trouvent sur un tout petit périmètre, vingt kilomètres, bien moins que la plupart des pôles de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) de province. Opposer Paris à Saclay est contre-productif et ParisTech peut faire le lien entre les 2, ainsi qu’avec Marne la Vallée.

O.R : Une dernière question, plus personnelle, tout le monde se félicitait de votre action à la tête de ParisTech. Pourquoi partir aujourd’hui ?

Y.P : En juillet 2012 je n’ai pris la présidence que par intérim pour finaliser le mandat de Cyrille  van Effenterre, qui nous avait bien prévenu qu’il ne souhaitait pas aller au bout et resterait seulement en poste jusqu’à la finalisation des Initiatives d’excellence. Moi-même je ne pouvais pas rester plus d’un an à un poste qui prend aujourd’hui 20% de mon temps et pour lequel nous avons recruté un jeune retraité d’Orange, Philippe Vanot, qui sera en poste à mi-temps. Avec pragmatisme, nous avons lancé beaucoup de projets qu’il va falloir maintenant faire avancer.

 

  • Un nouveau président pour ParisTech à la rentrée
  • Jean-Philippe Vanot (lire un portrait paru en 2009 sur le site des Échos) a été élu président de ParisTech. Il succèdera le 1er septembre à Yves Poilane. A 60 ans, cet X-Télécom a effectué sa carrière au sein du groupe France Télécom-Orange dont il préside le Comité de déontologie et du comité qualité. Il est par ailleurs administrateur du Celsa, vice-président de la Fondation Télécom et membre du Comité stratégique de la Filière numérique.

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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