POLITIQUE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

Parcoursup c’est parti !

Le 15 janvier à 11 h le site Parcoursup ouvrait comme prévu comme prévu. Pas de quoi suspendre les critiques / interrogations / craintes qui accompagnent le déploiement de la nouvelle plateforme. « Il ne fait pas de doute que l’application et le déploiement de la réforme ne pourront se faire que de manière progressive, sur plusieurs années », établit par exemple la Conférence des présidents d’université dans un communiqué où elle considère n’avoir « pas été suffisamment entendue au moment de l’élaboration de la loi de finances 2018 ».

Un temps trop long ? En l’absence de toute hiérarchisation des vœux le processus de validation risque de durer très longtemps. « Pour la plupart des lycéens et leurs familles, cela représentera plus de quatre mois d’attente et d’angoisse. Le ministère prévoit en effet que l’ensemble du processus se déroulera entre la fin mai et la fin septembre. Pendant cette période, les meilleurs lycéens verront d’emblée leurs choix satisfaits alors que la majorité des autres devront attendre que des places se libèrent éventuellement, en fonction du désistement des mieux classés », notent Thomas Brisson et Bertrand Guillarme, tous deux enseignants-chercheurs au département de science politique de l’Université Paris VIII dans une tribune que publie « Le Monde ».

Pas de sélection, vraiment ? Le gouvernement le répète sur tous les tons : non il n’y aura pas de sélection. Ce qui se traduit en fait par « le recteur devra trouver une place dans une formation à tout bachelier recalé de toutes parts ». Parce que les universités recevant trop d’inscriptions dans leur licences universitaires sélectionneront in fine bien leurs candidats en fonction de leur dossier et des appréciations de leurs professeurs réunies dans les « fiches avenir ». Mais au moins tout le monde est d’accord sur au moins un point : c’est mieux que le tirage au sort !

Les moyens nécessaires sont-ils là ? Ce sont entre 2 et 2,5 millions de vœux auxquels les universités devront apporter une réponse cette année. Pour cela le MESRI a dégagé 6 millions d’euros afin de « reconnaître l’implication » des enseignants et enseignants-chercheurs « dans le déploiement de la réforme ». Et force est de constater que, du côté des lycées comme des universités, une certaine impréparation semble de mise. « Cela va être un travail considérable pour les professeurs de lycée qui devront remplir dix vœux pour chaque élève et pour les universités qui vont avoir besoin de moyens humains pour sélectionner les dossiers des élèves », explique à « L’Express » Hervé Christofol, secrétaire général du SNESUP-FSU, syndical national de l’enseignement supérieur.

Dans une tribune le président de l’université Paris-Descartes, Frédéric Dardel note ainsi : « L’examen des dossiers des candidats par les équipes pédagogiques est un vrai enjeu, tant pour l’université que pour les étudiants. Dans mon université, ces dernières années plusieurs filières de licence attiraient entre 10 000 et 20 000 vœux chaque année sur APB. Si le nombre de candidatures reste comparable cette année, leur analyse va représenter une énorme charge de travail à réaliser dans un délai de seulement six semaines ». Ce qui ne l’empêche pas d’être très favorable à la réforme.

Quid des « attendus locaux » et des « remédiations » ? Plusieurs facultés ont refusé ces derniers jours de faire remonter les éléments permettant de classer les candidatures. C’est le cas de Paris 1 ou de la Faculté des sciences juridiques politiques et sociales de l’université de Lille alors qu’à Rennes 2 les étudiants ont envahi la salle où se tenait la réunion qui devait les préciser. « Le mot qui revient le plus pour décrire la situation est « bordélique » On va avoir une multitude d’APB locaux : par composante, par UFR… », commente Pierre Chantelot, secrétaire national du Snesup-FSU, sur EducPros. Mais en fait et dans la majorité des cas ce sont les attendus nationaux qui prévaleront.

Quant aux périodes de remédiation le plus grand flou règne à leur sujet. « Il ne faut pas tout réinventer, les universités possèdent pour la plupart déjà des programmes de ce type qu’il faut adapter », insiste Frédérique Vidal face à une CPU qui constate que « les contraintes de calendrier ne nous permettront pas de concevoir, ni installer, dès la rentrée prochaine, l’ensemble des nouveaux dispositifs que nous souhaitons mettre en œuvre pour mieux accueillir les étudiants ». 

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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