ORIENTATION / CONCOURS

« Parcoursup » : un nouveau nom pour APB et… beaucoup de questions

Après trois mois de concertation, après un vote qui a couronné Parcoursup comme nouveau nom d’APB on en arrive cette semaine au dépôt du projet de loi réformant les conditions d’inscription et d’entrée des bacheliers à l’université en rectifiant l’article L.612-3 du Code de l’éducation. « Il va falloir un peu de temps, pas seulement six mois mais quelques années, pour tout mettre en œuvre. Mais il fallait le courage d’avancer vite sinon repartait pour cinquante ans de dysfonctionnements au détriment de nos étudiants », commente la présidente de l’université Lille 3 et vice-présidente de la Conférence des présidents d’université, Fabienne Blaise.

Que va-t-on faire des exclus ?

C’est clair : tout étudiant aura sa place à l’université pour autant qu’il suive un processus de remédiation lui permettant d’acquérir les « attendus » nécessaires. Mais si pour des raisons de capacités d’accueil, l’université ne peut admettre tous les candidats, la « priorité sera donnée à ceux dont le parcours, la motivation et le projet sont les plus cohérents avec la formation choisie ». Une vraie sélection pratiquée là où elle est utile. Le projet de loi ne touche pas à l’alinéa de l’article L 612-3 du code de l’éducation qui prévoit que « le premier cycle est ouvert à tous les titulaires du baccalauréat ». Autrement dit : les formations non sélectives de l’université n’auront pas la possibilité de refuser un candidat si des places restent vacantes mais, précise le texte, elles pourront dorénavant conditionner son inscription au suivi de « parcours d’accompagnement pédagogique et de parcours de formation personnalisés » (stage de remise à niveau, cursus adapté, etc.). Sur la plate-forme permettant aux lycéens de faire leurs vœux d’orientation, les formations pourront donc répondre « oui, si » (accepté, mais sous conditions) ou bien « oui » (accepté) ou « en attente ».

Une nouvelle « commission d’accès au supérieur » sera chargée, dans chaque académie, de proposer des formations (proches de leurs vœux initiaux) aux candidats n’ayant pas reçu de proposition à l’issue de la procédure d’admission. Si la filière proposée est éloignée du domicile du candidat, des chambres en résidence universitaire pourront être réservées.

Il y aura donc des déçus et beaucoup de candidats seront placés sur des listes d’attente. Que deviendront-ils in fine ? Ce à quoi Frédérique Vidal répond en promettant « d’augmenter le nombre de places dans ces licences dites en tension dès la prochaine rentrée ». En tout ce seront ainsi au moins 32 000 places nouvelles qui seraient ainsi ouvertes à l’horizon 2022 (dont 7000 en BTS). Mais rien qu’en STAPS ce seraient 10 000 places qui auraient manqué cette année ! Peut-être faudrait-il un jour mettre aussi en corrélation le nombre de places offertes et les emplois disponibles plutôt qu’augmenter aveuglement les capacités… En attendant, et comme c’est déjà le cas aujourd’hui, ce sont les recteurs qui organiseront des commissions pour résoudre les problèmes d’affectation au cas par cas.

Comment les lycées vont-ils pouvoir s’organiser ?

Mobiliser deux professeurs par classe et leur demander de se prononcer sur la capacité de chaque élève à intégrer telle ou telle filière… pourquoi pas mais y sont-ils prêts ? Autant les universités se disent motivées par l’organisation de l’entrée de leurs étudiants, autant la concertation avec les professeurs de lycée semblent avoir été un peu oubliés dans la mise au point du dispositif. Et pourtant la terminale va de plus en plus être consacrée à l’orientation des futurs étudiants. « Il convient de renforcer de manière significative les articulations existantes entre l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur. Cela suppose notamment de rénover profondément l’orientation des lycéens, en lui consacrant plus de temps et en développant les outils qui y sont consacrés » précise le projet de loi.

Deux semaines entières seront ainsi consacrées à les aider à préciser leur projet au cours du premier trimestre. Lors du conseil de classe de ce même premier trimestre, l’équipe éducative examinera les intentions des élèves puis, au deuxième trimestre, donnera un avis via une « fiche Avenir » qui sera envoyée aux établissements d’enseignement supérieur que le lycéen souhaite rejoindre. Pour aider les jeunes à s’orienter 3 000 « étudiants ambassadeurs » en service civique iront dans les lycées expliquer les attendus de chaque filière. Mais en bout de course combien de temps faudra-t-il pour délivrer jusqu’à 10 avis par élève (350 pour une classe de 35) en seulement une heure. Vers des conseils de classe d’une journée ?

Les professeurs du secondaire ont-ils les compétences ?

Les professeurs de terminale, même aidés par les CIO, sont-ils vraiment aptes à définir quels attendus sont indispensables à la réussite dans toutes les filières ? On peut légitimement en douter comme s’interroger sur l’acceptation par les syndicats d’enseignant du passage rapide à ces nouveaux dispositifs. « Tous les élèves ne sont pas égaux devant l’orientation parce que, justement, les professeurs du secondaire ne connaissent pas toutes les filières. Il y a longtemps qu’on parle de continuum bac-3 / bac+3 et il serait temps qu’on s’y intéresse vraiment », demande Fabienne Blaise, qui pense qu’il « faudrait que l’université soit plus présente dans le secondaire et qu’un vrai travail en commun entre les équipes pédagogiques du secondaire et du supérieur puisse s’organiser ».

Ce que font très peu d’universités. « Il y a des années que nous travaillons avec les lycées du département pour déminer les problèmes avant l’entrée à l’université », souligne le président de l’université d’Angers, Christian Roblédo, qui a justement les meilleurs résultats de réussite en licence de toutes les universités françaises.

 Comment les universités vont-elles examiner tous les dossiers ?

« L’inscription dans la formation pourra, compte tenu d’une part des caractéristiques de la formation et d’autre part, de l’appréciation portée sur l’acquis de la formation antérieure du candidat, ainsi que de ses compétences, être subordonnée à l’acceptation par ce dernier des modalités proposées par l’établissement », établit le projet de loi. Certes les universités proclament haut et fort leur motivation mais leurs personnels sont-ils vraiment prêts à prendre le temps nécessaire pour examiner des milliers de dossiers plus ou moins « déminés » par leurs collègues du secondaire ? « La plupart des dossiers seront relativement faciles à traiter. Là où nous allons passer du temps c’est par exemple pour juger les dossiers de candidats qui veulent intégrer des filières dans lesquelles ils sont faibles », juge Fabienne Blaise

Un travail similaire est d’ailleurs effectué aujourd’hui dans le cadre d’admission-postbac quand les universités regardent les lettres de motivation des élèves pour leur donner des conseils. « Personne ne sait aujourd’hui quelle sera la proportion de ces dossiers complexes. Il faut être bien conscient que la plus grande partie de nos étudiants ont un bon niveau et qu’au moins les deux tiers des dossiers que nous examinerons ne poseront pas de problème », analyse Fabienne Blaise, néanmoins bien consciente que « cette démarche demandera beaucoup de temps et de personnel ».

Comment va-t-on définir les fameux « attendus » ?

Les attendus sont « les connaissances et les aptitudes qui sont nécessaires à un lycéen lorsqu’il entre dans l’enseignement supérieur ». Ils prennent d’abord en compte à la fois les bulletins trimestriels de la 1ère et de la terminale (1er et 2ème trimestres) et les résultats aux épreuves anticipées du bac. Mais ils reposent aussi largement sur la motivation : certaines formations pourront par exemple demander une lettre de motivation, la présentation d’un projet personnel ou associatif, la mise en valeur d’un projet professionnel ou encore de suivre certains MOOC (ce sera le cas pour entrer en PACES). Ces attendus seront de plus adaptables dans chaque université. « J’entends qu’on souhaite des attendus nationaux par crainte de voir des licences à deux vitesses ou complètement dérégulées. Mais dans la réalité pas une licence ne ressemble déjà complètement à une autre dans son parcours. Elles sont très diverses et il ne peut pas y avoir des attendus exclusivement nationaux. Il faudra un organe de régulation national mais nécessairement aussi des attendus locaux », insiste Fabienne Blaise.

Quelles modalités de remédiation ?

L’inscription en première année de licence peut, « compte tenu d’une part des caractéristiques de la formation et d’autre part, de l’appréciation portée sur l’acquis de la formation antérieure du candidat, ainsi que ses compétences, être subordonnée à l’acceptation, par ce dernier, du bénéfice des dispositifs d’accompagnement pédagogique ou du parcours de formation personnalisé proposés par l’établissement pour favoriser sa réussite » prévoit le texte. Les modalités permettant aux candidats dont les attendus sont insuffisants pourront prendre plusieurs formes : enseignements complémentaires, horaires aménagés, aménagements de rythme, semestre ou année de consolidation intégrée…

Ce que la Conférence des présidents d’université analysait ainsi : « A partir des attendus, chaque établissement d’enseignement supérieur doit être libre soit de proposer un parcours alternatif mieux adapté au projet et aux chances de réussite du jeune, soit de subordonner son inscription à des modalités d’études palliant les carences de ses acquis scolaires antérieurs et à l’évaluation des progrès accomplis ». On comprend qu’il n’y a pas de « vraie » sélection mais seulement la nécessité de suivre un parcours. Mais quel parcours peut bien convenir à un bachelier technologique qui souhaite à tout prix s’inscrire en philosophie ou en physique ? Deux ans de formation supplémentaires ? Et dans quelles conditions un étudiant pourra être exclu de son parcours et donc de son université ?

  • Du 17 au 19 novembre, une consultation en ligne portant sur le nouveau nom du site admission-postbac a eu lieu sur le site quandjepasselebac.education.fr/votez. Lycéens, étudiants, parents, étaient invités à voter pour l’une des cinq propositions de nom faites par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. « PARCOURSUP » l’a emporté avec 42,8% des votes devant, « MES ÉTUDES POST-BAC » (23%), « DEVENIR ÉTUDIANT », « PARCOURS ÉTUDIANT » et « RÉUSSIR SUP ».
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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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