La future loi sur la Régulation de l’enseignement supérieur privé le confirme : plus que jamais Parcoursup devrait être la boussole de l’orientation dans l’enseignement supérieur. Mais où en est Parcoursup ? Toujours vilipendée par beaucoup de politiques, la plateforme est globalement jugée nécessaire et efficace par les professionnels de l’enseignement supérieur comme en atteste le Rapport annuel du Comité éthique et scientifique de Parcoursup et Mon Master publié en avril 2026.
23 000 formations et de moins en moins de lycéens. En 2026, Parcoursup propose environ 23 000 formations reconnues par l’État, accessibles après le baccalauréat . Depuis le 28 avril dernier, Parcoursup affiche le nombre de vœux confirmés et le nombre de places offertes pour chaque formation, permettant aux candidats de mieux évaluer leurs chances d’admission.
En 2025, on comptait plus d’un million de candidats sur Parcoursup mais de de moins en moins de lycéens dont le nouveau est passé de 75% à 66% depuis 2018. Depuis 2018, le nombre de candidats en « réorientation » a en effet quasiment doublé (ils étaient 121 000 en 2018) et représente 20 % des candidats. Le nombre de candidats en « reprises d’études » progresse également de 85 000 en 2018 à 116 000 en 2024. Il a augmenté fortement en 2025 (133 000) et représente 13 % des candidats. Mais quelles informations recueillir au moment de leur candidature ? Comment les comparer entre eux et avec les lycéens, et sur quels critères Le problème commence juste à être posé.
Comment réduire le temps d’attente des candidats : surbookez ! Toutes les enquêtes montrent que Parcoursup est perçu comme un stress par les élèves et par leurs parents. Pourtant le temps d’attente d’un candidat pour recevoir la proposition qu’il acceptera finalement baisse chaque année :
- en 2021, les deux tiers des candidats admis attendaient moins de 14 jours pour recevoir la proposition qu’ils accepteront finalement. En 2025, c’est le cas des trois quarts des candidats.
- en 2021, 12 % des candidats admis attendaient plus de 45 jours pour recevoir la proposition qu’ils accepteront finalement. En 2025, c’est le cas de 8 % des candidats.
Pour parvenir à ce résultat le MESRE développé des outils permettant aux formations de calibrer leur appel de façon plus optimale : le « surbooking » et « l’appel par bloc ».
Toutes les formations ont en effet le droit de faire du « surbooking » avec un plafond de 20%. Une formation qui a en 100 places peut donc en appeler 120 candidats plutôt que 100 et continuera au fur et à mesure à appeler 20 % de candidats en plus des places disponibles. Si la formation le souhaite, elle peut même demander l’autorisation de pratiquer un surbooking à 50 % ; dans ce cas, elle appellera 150 candidats dès le premier jour.
Pour les formations qui ne sont pas attractives et qui ne remplissent pas depuis plusieurs années, un « appel par bloc » est recommandé. Dans ce cas, il ne s’agit pas d’un pourcentage mais d’un nombre de candidats. La formation appellera par exemple 500 ou 600 candidats dès le premier jour. Dans des cas limités, elle peut même être autorisée à appeler tous les candidats dès le premier jour, même si le nombre de candidats est supérieur à la capacité. En 2025, pour accélérer l’appel et améliorer la qualité du recrutement en licences, un appel par bloc a été mis en place par défaut dans l’appel de certaines licences non sélectives.
Afin d’accélérer encore la procédure, les candidats hiérarchisent depuis 2024 leurs vœux en attente quelques jours après les premières réponses des formations. Avec ce système les candidats qui reçoivent par exemple une proposition pour leur choix no 2, voient leurs vœux en attente classés à partir du n° 3 disparaître immédiatement.
Selon le rapport du comité la « prise de conscience par les responsables de formation de l’importance d’un appel bien calibré sur les résultats de la procédure (temps d’attente et nombre de propositions final) progresse mais il faut absolument que toutes les formations s’en emparent ». En 2025: une part certaine des responsables de formation ne se sont en effet plus préoccupés du « surbooking » après le 10 juin. Il existe même des formations attractives qui ne remplissent pas parce qu’elles ne pratiquent aucun surbooking.
Mais attention : le calibrage de l’appel est d’autant plus délicat que la capacité d’accueil est petite. En effet, pour certaines formations techniques et professionnelles, les locaux sont contraints (ateliers par exemple) et cette capacité ne peut pas être dépassée même d’un admis.
Quoi qu’il en soit les taux d’admission varient fortement selon les formations de 85% en licence (40% en PASS) à 30% en IFSI en passant par 45% en CPGE, 65% en BUT, 60% en école d’ingénieurs postbac ou encore 70% en BTS. Avec plus de 130 000 demandes la licence de droit est la filière la plus demandée devant PASS (plus 120 000) et STAPS (plus de 100 000). Pour autant les formations sélectives ne donnent aucune indication sur les critères simples utilisés pour ces refus. Or la note de cadrage de la Direction générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle (DGESIP) le demande pourtant expressément.
MALHEUREUX COMME UN CANDIDAT SUR PARCOURSUP EN ILE DE FRANCE
En 2025, un néo-bachelier francilien risque deux fois plus de n’avoir aucune proposition sur Parcoursup qu’un néo-bachelier hors Île-de-France. En 2025, cette différence s’est encore accentuée, comme le montre le graphique suivant.
Cette inégalité, qui concerne la plus grande région de France (20 % des néo-bacheliers), a des causes bien identifiées, qui tiennent en premier lieu au déséquilibre de l’offre de formation :
– insuffisance de formations professionnalisantes, et notamment déficit en BUT ;
– prédominance de formations très attractives, ouvertes à toute la France, parmi les formations sélectives.
Bacs pro : échec à la fac, réussite en BTS. Le « taux de candidatures » des bacheliers professionnels en phase principale sur Parcoursup est passé de 55 % en 2024 à 60 % en 2025 (le taux de candidature des bacheliers généraux est de 99 %, celui des bacheliers technologiques de 96 %). En 2023, 6 700 bacheliers professionnels étaient inscrits en première année de licence mais 950 seulement sont passés en deuxième année, soit 14 % (la même année, le taux de passage en deuxième année de licence de l’ensemble des inscrits en première année s’élevait à 49 %). En revanche le taux de passage de première en seconde année de BTS sous statut étudiant s’élevait en 2024-2025 à 72 %.
L’essor longtemps irrépressible de l’apprentissage. L’augmentation du nombre des formations en apprentissage constitue la principale évolution de l’offre sur Parcoursup depuis 2018. Cette offre a été multipliée par cinq en huit ans :
– en 2018, parmi les 13 469 formations offertes, 2 624 formations sont en apprentissage ; elles représentent environ 7 % de la totalité des places (52 300) ;
– en 2025, parmi les 25 618 formations offertes, 11 380 formations sont en apprentissage (5 fois plus qu’en 2018) et elles représentent 26 % de la totalité des places (264 800).
La plateforme recense en effet quasiment toute l’offre de formation post-bac en apprentissage pourvu que la formation conduise à un diplôme national de l’enseignement supérieur ou un titre ou diplôme de l’enseignement supérieur mentionné au I de l’article L. 6113-5 du code du travail (inscrit au RNCP). Le BTS, qui représente 82 % des formations, est essentiellement proposé par des structures privées (48 % privé hors contrat, 24 % privé sous contrat) non sans abus. L’habilitation à former étant le seul moyen de s’assurer de la capacité d’un CFA à accompagner ses apprentis vers la réussite, « l’absence d’obligation spécifique pour ce diplôme national conduit à des dysfonctionnements et des fraudes que le Comité a déjà signalées, comme le non-respect du référentiel de formation par exemple » stigmatise le rapport.
Par ailleurs la spécificité du calendrier de l’apprentissage peut être mise à profit par des CFA pour capter des candidats ou recruter de manière plus rapide que les formations hors apprentissage, ce qui est « jugé par certains comme de la concurrence déloyale ». La réglementation a toutefois évolué : à partir de la campagne 2025, les coordonnées des candidats ne sont communiquées aux CFA que lorsque leur vœu est confirmé, soit un mois et demi plus tard que les années précédentes. Cela permet d’éviter les comportements « prédateurs » de CFA qui démarchaient les futurs candidats dès le mois de février. Toutefois, dans la mesure où beaucoup de CFA disposent de leur propre parcours de recrutement en parallèle à celui de Parcoursup, rien ne les empêche de « jouer sur les deux tableaux ». Un arrêté du 19 février 2025 devrait permettre de lutter plus efficacement contre les dérives en matière de circuits parallèles de recrutement. Il stipule que : « Jusqu’au terme de la procédure nationale de préinscription, les places proposées dans une formation par l’intermédiaire de la plateforme Parcoursup ne peuvent être pourvues en dehors de cette plateforme ».
Quel rôle pourrait jouer Parcoursup avec la nouvelle loi ? Parcoursup est au cœur du Projet de loi relatif à la régulation de l’enseignement supérieur privé. C’est l’aspect central de la loi : son article 2 crée deux nouveaux dispositifs : l’« agrément » et le « partenariat ». L’obtention d’une de ces deux reconnaissances sera obligatoire pour figurer sur Parcoursup. Lors du référencement sur Parcoursup à l’automne 2026 des formations en préparation de la rentrée 2027, les nouveaux établissements devront répondre à cette obligation de reconnaissance par l’État. Pour la préparation de la rentrée 2029, les établissements initialement présents sur Parcoursup devront répondre également à cette obligation. Par ailleurs le MESRE peut définir comme sanction le retrait de la plateforme Parcoursup à toute formation référencée dans la plateforme même si celle-ci est proposée par un établissement ayant obligation de référencer ses formations dans Parcoursup.
De plus les établissements privés agréés, ou ayant conclu un partenariat avec l’État, auraient selon le projet de loi l’obligation de référencer leurs formations du 1er cycle de l’enseignement supérieur sur Parcoursup, comme c’est actuellement le cas des établissements privés sous contrat d’association et des EESPIG. Ce que conteste par exemple Antoine Prodo, président de l’association 3E (les Entreprises éducatives pour l’emploi) qui préférerait un « modèle combinant des places sur Parcoursup et des places hors Parcoursup, avec des règles claires et transparentes. Cela permettrait de mieux accompagner les profils divers, sans priver l’État d’information ni affaiblir la sécurité du système ». Le sénateur Stéphane Piednoir, rapporteur du projet au Sénat, souhaiterait même aller encore plus loin en créant une plateforme qui « référencerait l’ensemble des offres de formation supérieur public privé ». Plus que jamais Parcoursup est la colonne vertébrale de l’enseignement supérieur !