Paris-Nanterre : une université au «positionnement local clair» mais dont la «stratégie globale souffre d’un manque de lisibilité»

L’évaluation 2024-2025 du Hcéres de l’université Paris-Nanterre

by Olivier Rollot

L’évaluation 2024-2025 du Hcéres de l’université Paris-Nanterre dresse le portrait d’une université solidement ancrée dans son territoire et reconnue pour ses activités en sciences humaines et sociales. Mais derrière cette dynamique collective, le rapport souligne des fragilités structurelles persistantes : stratégie encore floue, gouvernance complexe et situation financière particulièrement préoccupante. (Photo © Université Paris Ouest Nanterre – Service communication)

Une université solidement positionnée autour de l’innovation sociale. Le rapport souligne d’abord la cohérence croissante du positionnement institutionnel de l’Université Paris-Nanterre. L’établissement revendique désormais une identité claire, fondée sur une signature distinctive : l’innovation sociale. Cette orientation constitue, selon les experts, une évolution notable dans la trajectoire récente de l’université, qui vise à « conforter la place de l’université Paris Nanterre comme acteur majeur de l’innovation sociale et solidaire ».

Cette stratégie s’incarne notamment dans le projet Unisson, financé à hauteur de 14 millions d’euros dans le cadre de France 2030. Ce programme vise à « améliorer la vie étudiante et de campus pour créer les conditions matérielles et sociales de l’innovation sociale et solidaire chez nos étudiants ». Il a permis de renforcer les liens avec les collectivités territoriales et d’accroître la visibilité de l’université comme acteur territorial engagé.

Le comité d’évaluation souligne également l’excellence scientifique dans plusieurs domaines. Les activités de recherche sont jugées « de bon, voire d’excellent niveau », avec douze secteurs reconnus à l’échelle internationale et une dynamique soutenue par les grands organismes nationaux de recherche.

Un ancrage territorial reconnu et une offre de formation structurée. L’un des principaux atouts de l’établissement réside dans son fort ancrage territorial. L’université apparaît comme un acteur central du développement socioculturel local, soutenu par de nombreux partenaires publics et institutionnels. Elle bénéficie notamment d’une reconnaissance solide de la part des collectivités territoriales et des institutions culturelles.

Sur le plan académique, l’offre de formation est décrite comme « pluridisciplinaire et bien structurée » et alignée avec la signature institutionnelle. L’université compte plus de 33 000 étudiants en 2024-2025 et propose une large gamme de formations réparties dans huit UFR, un IUT et un IPAG.

La politique de science participative et les actions « science avec et pour la société » constituent également un point fort, contribuant à fédérer les initiatives internes et à renforcer l’ouverture sociétale de l’établissement.

Une stratégie globale encore insuffisamment formalisée. Malgré ces réussites, le rapport met en évidence une faiblesse structurelle majeure : l’absence d’une stratégie pleinement formalisée et opérationnelle. Si les ambitions sont clairement affichées, leur déclinaison concrète demeure limitée. Les experts notent ainsi que « la traduction sous la forme d’une stratégie explicite et articulée n’a pas été véritablement opérée durant la période de référence ». Autrement dit, les objectifs stratégiques existent mais restent dispersés, insuffisamment hiérarchisés et difficilement mesurables.

Le manque d’outils de pilotage et d’indicateurs constitue un frein majeur à la mise en œuvre d’une vision stratégique cohérente. Plusieurs schémas directeurs, notamment dans les domaines des systèmes d’information, de l’immobilier ou de la vie étudiante, restent à formaliser.

Une gouvernance dense mais parfois complexe. La gouvernance de l’université repose sur un modèle participatif caractérisé par une multiplication des vice-présidences et des missions politiques. Cette organisation favorise l’implication collective mais peut également ralentir la prise de décision. Le rapport souligne ainsi que la coordination entre les différentes instances reste insuffisamment structurée. Les responsabilités sont parfois dispersées entre directions administratives et vice-présidences, ce qui nuit à la lisibilité du processus décisionnel. Les experts recommandent ainsi de clarifier les circuits de décision et d’éviter le morcellement des responsabilités afin d’assurer un pilotage plus fluide et plus efficace.

Une politique partenariale riche mais encore dispersée. Les partenariats constituent un autre point fort de l’établissement, en particulier dans les domaines socioculturels et territoriaux. L’université participe notamment à l’alliance européenne EDUC et au Campus Condorcet, deux dispositifs jugés structurants. Toutefois, ces initiatives demeurent encore insuffisamment intégrées dans une stratégie globale. Le rapport estime que l’université doit mieux articuler ses collaborations nationales et internationales autour de sa signature institutionnelle.

Les partenariats socio-économiques apparaissent quant à eux encore sous-développés. Les experts invitent donc l’établissement à structurer davantage ses dispositifs de valorisation et de transfert, notamment en s’appuyant sur sa fondation et ses chaires.

Une université engagée sur les enjeux sociétaux. Le rapport souligne également l’engagement marqué de l’établissement en matière de responsabilité sociétale et environnementale. L’université mène des actions nombreuses en faveur de la transition écologique, de l’inclusion et de l’égalité. Un service dédié au développement durable a été créé dès 2017, et un plan de sobriété énergétique a été mis en œuvre pour rénover les bâtiments anciens et réduire l’empreinte environnementale. Cependant, ces initiatives souffrent d’un déficit de pilotage et d’indicateurs d’impact. Les experts constatent qu’il n’existe pas encore d’outils permettant d’évaluer précisément les retombées socio-économiques des actions engagées.

Une situation financière très dégradée, principal motif d’inquiétude. La fragilité financière constitue sans doute le point d’alerte le plus important du rapport. La situation, déjà jugée « très fragile » lors de l’évaluation précédente, s’est nettement dégradée ces dernières années. L’université affiche désormais une capacité d’autofinancement négative et un fonds de roulement quasi inexistant. Le poids croissant des dépenses de personnel et les coûts liés à l’entretien du patrimoine immobilier expliquent en grande partie cette évolution.

Face à cette situation, l’établissement a engagé un plan de rétablissement financier sur cinq ans, en lien avec les autorités académiques. Les experts soulignent la nécessité d’améliorer les outils de pilotage budgétaire et d’évaluer plus finement le coût complet des formations.

Des recommandations structurantes pour les années à venir. Au terme de son analyse, le comité formule plusieurs recommandations majeures destinées à renforcer la cohérence institutionnelle. La priorité consiste à élaborer un véritable projet d’établissement à moyen et long terme, articulé autour de la signature d’innovation sociale. Ce projet devra être décliné en objectifs précis et mesurables, assortis d’indicateurs de suivi.

Les experts recommandent également de repenser la relation entre le niveau central et les composantes, de formaliser les schémas directeurs nécessaires au fonctionnement de l’université et de renforcer la participation étudiante à la gouvernance.

Plus largement, le rapport insiste sur la nécessité d’intégrer les nombreuses initiatives existantes dans une stratégie globale cohérente, capable de soutenir durablement le développement de l’établissement.

 

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