Créé il y a tout juste deux ans, le groupe d’enseignement supérieur privé du family office FROJAL (actionnaire majoritaire de Lefebvre Dalloz), FROJAL Éducation accélère son développement avec l’intégration dans son réseau du groupe ESCG (École supérieure de comptabilité et de gestion). Après des débuts fondés sur la création d’écoles spécialisées, le directeur du groupe, Steve Danino, nous explique cette nouvelle étape en compagnie du fondateur du groupe ESCG, Gilles Samama.
Olivier Rollot : Pourquoi FROJAL, actionnaire majoritaire de Lefebvre Dalloz, a-t-il décidé d’investir dans l’enseignement supérieur sous la marque FROJAL Éducation depuis 2018 ?
Steve Danino : L’entrée dans l’enseignement supérieur s’inscrit dans une logique ancienne. FROJAL est historiquement engagée l’édition professionnelle et la formation continue ; sa filiale Lefebvre Dalloz Compétences fait partie des 5 premiers acteurs du marché. Nous avons progressivement identifié un continuum naturel entre formation initiale, formation continue et production de contenus. Cette articulation permet de mutualiser les expertises, les outils pédagogiques et les réseaux d’entreprises partenaires.
O. R : Comment ce projet s’est-il concrétisé concrètement ?
S. D : Nous avons choisi de commencer par créer nos propres structures afin de bâtir une équipe et des méthodes solides. L’école Cybersup a été la première à être lancée, en partenariat avec l’école La Plateforme. Cybersup allie forte expertise technique et compréhension des enjeux réglementaires en cybersécurité, IA & Data et droit numérique. Puis nous avons créé, en 2025 l’Institut d’économie durable sur des expertises RSE ancrées dans le droit et le chiffre. Nous sommes également actionnaires de notre partenaire La Plateforme à hauteur de 15%, Ces premières étapes ont permis d’installer notre identité pédagogique avant d’engager des acquisitions dans un marché sans doute plus raisonnable économiquement qu’il l’a été.
UNE ACCÉLÉRATION AVEC L’INTÉGRATION DE L’ESCG
O. R : L’intégration de l’ESCG marque une étape importante. Que représente-t-elle pour vous ?
S. D : Cette opération constitue une accélération majeure. Nous passons d’un peu moins de 100 étudiants à près de 1 600. L’ESCG est une école spécialisée solide, fondée en 1987 par Gilles Samama, également expert-comptable, avec des taux de réussite élevés et une présence dans plusieurs grandes villes françaises. Cette croissance s’appuie sur un modèle pédagogique exigeant et un déploiement régional maîtrisé.
O. R : M. Samama, pourquoi avoir choisi de confier à terme le groupe que vous avez créé et développé à FROJAL Éducation ?
Gilles Samama : J’ai choisi d’intégrer FROJAL Éducation comme actionnaire de référence au sein du groupe ESCG pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’il s’agit d’un groupe familial, ce qui garantira la pérennité du groupe ESCG, que j’ai fondé il y a près de 40 ans. Ensuite, je suis persuadé qu’il existe des synergies évidentes entre l’ESCG et FROJAL Éducation / Lefebvre Dalloz notamment en termes de formation continue. Enfin, cela permettra à FROJAL Éducation d’avoir une certaine taille et une implantation nationale qui facilitera son futur développement.
O. R : La comptabilité est un domaine logique de développement pour FROJAL ?
S. D : La comptabilité fait partie du cœur historique des métiers de Lefebvre Dalloz. Cette verticalité facilite les synergies naturelles entre formation, contenus documentaires et expertises professionnelles. Elle complète les domaines déjà couverts, notamment la cybersécurité et la RSE, et renforce notre position dans des métiers techniques fortement demandés.
O. R : Quelles sont les formations que délivre le groupe ESCG ?
G. S : Depuis l’origine de l’école et jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons toujours préparé qu’aux diplômes d’États composant le cursus d’expertise comptable à savoir : BTS CG, DCG, DSCG.
MISER SUR DES MÉTIERS TECHNIQUES ET EMPLOYABLES
O. R : La stratégie de FROJAL Éducation semble orientée vers des métiers très spécialisés. Est-ce un choix délibéré ?
S. D : Nous privilégions des formations directement connectées à des besoins professionnels identifiés : cybersécurité, data & IA, conformité réglementaire, RSE ou expertise comptable. Ces métiers reposent sur des compétences précises et offrent des débouchés concrets. Cette orientation correspond à une vision de l’enseignement comme levier d’ascension sociale.
O. R : Comment se traduisent concrètement ces synergies avec Lefebvre Dalloz ?
S. D : L’idée est d’enrichir la formation initiale en s’appuyant sur les actifs uniques du Groupe. Par exemple, nous mettons à disposition de nos étudiants GenIA-L, l’outil d’intelligence artificielle générative développé par Lefebvre Dalloz dédié aux professionnels du droit et du chiffre, qui se base exclusivement sur les fonds documentaires du groupe… Nous accueillons aussi sur notre campus des sessions de formation continue de Lefebvre Dalloz, nous permettant de nouer un lien direct avec les formateurs. Cette intégration renforce la pertinence des formations et prépare les étudiants à des environnements professionnels réels.
O. R : Comment se développent aujourd’hui les métiers de la comptabilité ? En particulier quelle influence ont sur eux les IA ?
G. S : L’IA, et de façon générale le développement de la digitalisation, a évidemment un impact sur les métiers de la comptabilité mais plutôt de façon positive. Cela va réduire sensiblement les tâches rébarbatives dites de tenue de comptabilité. De ce fait, cela permettra de développer d’autres missions à plus forte valeur ajoutée en conseil, en gestion de patrimoine ou toutes missions liées à l’externalisation de certaines fonctions.
Par ailleurs, la machine ne saurait remplacer l’homme puisqu’un expert-comptable et un commissaire aux comptes seront toujours légalement indispensables à la réalisation de bilans comptables. Je reste donc très confiant quant à l’attractivité et l’employabilité des métiers de la comptabilité.
UNE EXIGENCE PÉDAGOGIQUE COMME FIL DIRECTEUR
O. R : La loi sur la régulation de l’enseignement supérieur privé va entrer en discussion au Parlement. Qu’en attendez-vous ?
S. D : La qualité pédagogique constitue le fondement de notre projet depuis toujours dans un groupe qui a fondé son activité sur l’observation du droit et des règles comptables. Un renforcement des règles va dans le sens d’une meilleure lisibilité du marché et d’une protection accrue des étudiants. Nous considérons cette évolution comme positive, à condition qu’elle reste compatible avec l’innovation pédagogique et le développement d’établissements récents. Notre approche privilégie la conformité et la transparence depuis l’origine.
A l’ESCG Gilles Samama est toujours très impliqué. Il conserve un lien direct avec les enseignants qu’il recrute tous personnellement et veille à la cohérence des contenus. Cette proximité nourrit un bouche-à-oreille favorable, qui reste selon nous le moteur principal de la réputation et de la pérennité d’un établissement.
O. R : Placer ses étudiants en apprentissage n’est-il pas devenu plus difficile ?
S. D : Nous plaçons toujours très bien nos étudiants dans des métiers techniques mais moins dès mai-juin comme cela a pu être le cas. Il faut parfois attendre la fin de l’année. On voit que les entreprises sont plus prudentes dans leurs recrutements. De notre côté, j’insiste là-dessus, nous ne faisons jamais rien payer aux alternants. Nous respectons strictement la réglementation.
O. R : Comment envisagez-vous l’évolution du groupe dans les prochaines années ?
S. D : Nous poursuivons un développement progressif et sélectif. Les prochaines étapes pourraient concerner des domaines de Lefebvre Dalloz comme les ressources humaines, le droit ou certaines spécialités techniques telles que la qualité, hygiène, sécurité, environnement (QHSE). Cette progression s’inscrit dans une logique de long terme : le groupe est un family office attaché à construire des institutions durables plutôt qu’à rechercher des gains rapides.
Notre priorité reste de cultiver l’exigence, qui constitue désormais notre signature. Cette exigence concerne autant la qualité des enseignements que la solidité des projets d’investissement. Nous avançons avec prudence, en veillant à préserver l’équilibre entre croissance, qualité et utilité sociale des formations proposées.