« Avec le projet Expandia nous menons un projet pour accompagner les enseignants du supérieur dans l’intégration des enjeux de durabilité »

Jean-Christophe Carteron, cocréateur de Sulitest et du test TASK©

by Olivier Rollot

Former les enseignants du supérieur à intégrer la durabilité dans leurs cours : l’ambition est aussi simple à formuler que complexe à mettre en œuvre. Porté dans le cadre de France 2030, le projet Expandia entend transformer en profondeur les pratiques pédagogiques en mobilisant des ressources existantes, encore largement sous-utilisées, et en créant de nouveaux outils d’analyse et d’action à l’échelle nationale… et déjà internationale. Une initiative portée par Jean-Christophe Carteron, cocréateur de Sulitest et du test TASK© consacré au développement durable.

Olivier Rollot : Quel est le point de départ du projet Expandia ?
Jean-Christophe Carteron : Nous menons un projet sur trois à quatre ans dans le cadre de France 2030 pour accompagner les enseignants du supérieur dans l’intégration des enjeux de durabilité dans leurs cours. Nous partons d’un constat simple : il existe déjà une quantité considérable de ressources de qualité, mais elles restent très peu utilisées, en dehors d’une minorité très engagée.

O. R : À qui s’adresse prioritairement cette démarche ?

J-C. C : Nous ne cherchons pas à convaincre les profils les plus sceptiques. Nous nous adressons plutôt à une large majorité d’enseignants qui ont conscience des enjeux, mais qui ne voient pas comment les relier à leur discipline ni par où commencer. C’est là que se situe le principal besoin d’accompagnement.

O. R : Comment le projet se déploie-t-il concrètement ?

J-C. C : Nous avons lancé des pilotes avec deux universités publiques, Paris-Saclay et Nantes. Plusieurs centaines d’enseignants sont déjà concernés. L’objectif est ensuite de diffuser le dispositif dans d’autres universités, écoles de commerce et écoles d’ingénieurs. À terme, une vingtaine d’établissements devraient tester le programme dès l’année prochaine.

Nous avons fait le choix de concevoir un dispositif directement pensé pour une diffusion internationale. Aucun pays n’a aujourd’hui structuré une telle approche à grande échelle, ce qui suscite un fort intérêt au-delà de la France.

UNE DIMENSION INTERNATIONALE ASSUMÉE

O. R : Comment cette ouverture internationale se traduit-elle déjà concrètement ?

J-C. C : Nous organisons notamment une conférence internationale avec des institutions comme l’UNESCO dans le cadre de l’initiative Higher Education Sustainability Initiative (HESI), portée notamment par les Nations Unies. Le format repose sur une logique participative, avec des experts qui initient les échanges avant d’ouvrir la discussion à l’ensemble des participants. Nous privilégions des formats interactifs plutôt que des approches descendantes.

Nous participons également à des événements en Asie, notamment à Jakarta, autour de l’usage de la donnée et des pratiques pédagogiques liées à la durabilité. Ces temps d’échange permettent de croiser les approches et d’enrichir les méthodes.

DES OUTILS POUR TRANSFORMER LES PRATIQUES

O R : Quels outils développez-vous pour accompagner les enseignants ?

J-C. C : Nous travaillons notamment sur des outils de “scanner” de cours et de programmes. Ils permettent aux enseignants de se situer, d’identifier ce qu’ils couvrent déjà et ce qu’ils pourraient renforcer. Cela aide aussi les établissements à analyser la cohérence globale de leurs programmes, à repérer les redondances ou les angles morts.

O. R : En quoi ces outils changent-ils la donne ?

J-C. C : Ils apportent une lecture structurée et objectivée. Par exemple, certains programmes traitent plusieurs fois les mêmes sujets, tandis que d’autres dimensions sont totalement absentes. Ces outils permettent de prendre des décisions éclairées : combler les lacunes, mutualiser ou orienter vers des sources externes.

O. R : Vous insistez sur l’importance des expériences hors cours. Pourquoi ?

J-C. C : Nous considérons que l’apprentissage ne se limite pas à la salle de classe. Les stages, les engagements associatifs ou même la vie sur le campus sont des opportunités majeures d’apprentissage. Pourtant, ces dimensions sont encore très peu exploitées pédagogiquement.

Nous cherchons donc à encourager une approche globale du parcours étudiant. Cela suppose d’aider les enseignants à structurer ces expériences, à donner des grilles de lecture et à transformer chaque situation en moment d’apprentissage, notamment sur les enjeux environnementaux et sociaux.

O. R : Quel changement de fond espérez-vous provoquer ?

J-C. C : Nous cherchons à faire évoluer la manière dont les programmes sont conçus. Aucun cursus ne peut couvrir l’ensemble des enjeux de durabilité, mais il est essentiel d’assumer ces choix, de les expliciter et d’orienter les étudiants vers des sources complémentaires.

UNE ADOPTION PROGRESSIVE DANS LES ÉCOSYSTÈMES ÉDUCATIFS

O; R : Où en êtes-vous aujourd’hui en termes de déploiement du test TASK ?

J-C. C : Nous travaillons avec près de 90 établissements – la moitié en France – et plusieurs dizaines de milliers d’étudiants. La dynamique est bien enclenchée, même si nous restons dans une phase de structuration et d’apprentissage.

L’ensemble des 𝗰𝗹𝗮𝘀𝘀𝗲𝘀 𝗽𝗿é𝗽𝗮𝗿𝗮𝘁𝗼𝗶𝗿𝗲𝘀 é𝗰𝗼𝗻𝗼𝗺𝗶𝗾𝘂𝗲𝘀 𝗲𝘁 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲𝗿𝗰𝗶𝗮𝗹𝗲𝘀 𝗘𝗖𝗚 𝗲𝘁 𝗘𝗖𝗧 peuvent désormais faire passer le test TASK à leurs étudiants. Cette initiative vise à assurer un continuum pédagogique avec les écoles de management qui recrutent les élèves à l’issue de leur classe préparatoire ECG ou ECT. Une initiative rendue possible grâce au soutien de KEDGE Business School et l’action de l’Association des professeurs de classes préparatoires économiques et commerciales (APHEC).

O. R : Quel rôle joue la donnée dans votre approche ?

J-C. C : La donnée permet de mieux comprendre les profils des étudiants et l’impact des dispositifs pédagogiques. Aujourd’hui, nous pouvons déjà comparer des cohortes, mais l’objectif est d’aller plus loin, en affinant les analyses par type de programme ou de spécialisation.

O. R : Quelles perspectives cela ouvre-t-il pour les établissements ?

J-C. C : À terme, les établissements pourraient adapter leurs programmes en amont, en fonction des profils des étudiants avant même leur arrivée. Cela permettrait d’optimiser les contenus et de mieux répondre aux besoins réels.

 

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