Emmanuel Macron recevait à Paris le 15 avril les représentants d’U7.
Réunis dans le cadre du réseau international des universités U7 associées au G7 – organisé cette année en France à Évian -, dirigeants académiques et chercheurs ont dressé la semaine dernière à Paris un constat lucide : dans un monde marqué par les tensions géopolitiques, la défiance envers la science et la révolution technologique, les universités apparaissent plus que jamais comme des piliers des démocraties. Entre défense de la liberté académique, lutte contre la désinformation et enjeux climatiques ou technologiques, leurs travaux entendent peser sur les décisions politiques internationales.
Une alliance universitaire née d’une initiative française. L’organisation, aujourd’hui composée de plusieurs dizaines d’établissements issus de pays du G7 et d’autres régions du monde (Sciences Po, l’université Paris Cité ou encore l’École polytechnique) s’inscrit dans une dynamique de coopération internationale lancée en 2019. Comme le rappellent ses membres, cette initiative a été « une surprise française en 2019 » qui avait l’ambition de faire travailler ensemble des universités issues de démocraties pour soutenir le dialogue scientifique mondial dans le cadre du G7. « Nous sommes aujourd’hui composés de 66 institutions issues de 19 pays démocratiques… Chaque rencontre est l’occasion de comparer nos expériences et de partager nos réussites », établit Kohei Itoh, président de la Keio University de Tokyo et président du bureau d’U7.
Depuis sa création, le réseau a acquis une reconnaissance institutionnelle croissante, certaines initiatives ayant été intégrées officiellement parmi les groupes d’engagement associés au G7. Une évolution qui « renforce notre capacité à transmettre des recommandations directes aux dirigeants politiques ».
Les universités, infrastructures essentielles des démocraties. Au cœur des discussions, un message s’impose : aucune société stable ne peut fonctionner sans un système universitaire solide. « La liberté académique constitue une infrastructure démocratique essentielle au même titre que la liberté de la presse ou la liberté artistique. C’est une condition fondamentale pour produire des connaissances fiables et favoriser l’innovation », relève Luis Vassy, directeur de Sciences Po.
Cette liberté permet en effet de mener des recherches indépendantes, sans pression politique ou idéologique, condition indispensable à la production de savoirs fiables. Elle garantit aussi la capacité des sociétés à prendre des décisions éclairées sur le long terme.
Dans un contexte marqué par des tensions internationales et une fragmentation croissante du monde, les universités apparaissent également comme des espaces de dialogue. « Elles maintiennent des liens scientifiques et éducatifs, même lorsque les relations diplomatiques se dégradent », insiste Luis Vassy.
La défiance envers la science et la montée des désinformations. Un autre enjeu majeur abordé lors des échanges concerne la défiance croissante envers l’expertise scientifique. « Alors que l’accès à l’enseignement supérieur s’est fortement démocratisé et que l’innovation technologique s’accélère, la confiance dans la science est parfois fragilisée », regrette Laura Chaubard, directrice générale de l’École polytechnique, qui ne peut que constater une remise en cause générale de l’expertise scientifique et une diffusion massive de fausses informations et de manipulations médiatiques
Face à ces risques « notre mission consiste à transmettre non seulement des connaissances, mais aussi une méthode scientifique reposant sur l’observation, la vérification et la remise en question permanente » définit Édouard Kaminski, président de l’université Paris Cité
Intelligence artificielle et climat : des défis qui exigent du temps scientifique. Les travaux des universités U7 ont également porté sur les grands défis contemporains, notamment l’intelligence artificielle et le changement climatique.
Concernant l’intelligence artificielle, les universitaires insistent sur la nécessité de disposer de temps pour analyser ses effets à long terme. L’ampleur des transformations à venir, notamment pour les jeunes générations, nécessite une réflexion interdisciplinaire approfondie.
Sur le climat, le consensus est clair comme le rappelle Jeanick Brisswalter, président de l’université Côte d’Azur : « L’urgence climatique demeure une priorité absolue, malgré l’instabilité géopolitique actuelle. Les universités se considèrent comme responsables de former une nouvelle génération capable d’agir face aux enjeux environnementaux ».
Diplomatie scientifique et multilatéralisme : maintenir le dialogue. Au-delà des thèmes scientifiques, le rôle diplomatique des universités a été largement discuté. « Dans un monde marqué par des tensions politiques et une remise en cause du multilatéralisme, la diplomatie scientifique apparaît comme un levier essentiel pour maintenir des espaces d’échange », stipule Luis Vassy.
La question des investissements publics dans la recherche a suscité des discussions particulièrement nourries, les intervenants insistant sur la nécessité d’un consensus social durable autour du financement de la science.
- Le prochain sommet du G7 aura lieu aux Etats-Unis mais le sommet d’U7 sera délocalisé au Japon. « N’y voyez pas un geste politique insiste Kohei Itoh. Il se trouve juste que trois des quatre universités membres n’ont que des présidents par intérim et la quatrième n’était pas en mesure de nous recevoir. »