POLITIQUE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

Plan de relance du gouvernement : quel impact pour l’enseignement supérieur ?

L’enseignement supérieur ne veut surtout pas être le grand oublié des plans de relance du gouvernement. « Aujourd’hui l’enseignement supérieur est le grand oublié des plans de relance. Peut-on vraiment relancer la France sans donner du poids aux technologies et à l’innovation ? », analyse Christian Lerminiaux, vice-président de la Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieur (Cdefi) et directeur général de Chimie Paris, qui présentait cette semaine des propositions établies avec l’ensemble de ses mandants pour que les écoles d’ingénieurs soient soutenues par le gouvernement. Le 3 juin la Conférence des présidents d’université produisait un premier document. Nous vous présentons ci-dessous une synthèse de leurs propositions.

Rénover les campus. « La nécessaire relance économique permet d’envisager un plan de grands travaux de rénovation et de transformation des établissements français d’enseignement supérieur et de recherche, qui contribuera à soutenir l’activité économique et l’emploi des territoires en nourrissant le carnet de commande des entreprises locales », soutient la Cdefi quand la CPU estime qu’il est possible en moins de trois mois de lancer un programme de rénovation globale à l’échelle de dix universités, représentant 500 000 m2 qui seront les « vecteurs d’un déploiement généralisé sur trois ans, mobilisant des financements innovants de type fonds d’amorçage associés à des fonds de garantie ». Selon la CPU la crise a également révélé qu’il était « indispensable de rénover les bâtiments, de créer des espaces numériques et de nouveaux lieux d’apprentissage pour répondre à de nouveaux enjeux de santé publique ».

Lancer un grand plan d’investissement pour la réhabilitation thermique des bâtiments universitaires serait également une nécessité. Enfin la relance passe pour la CPU par un « investissement dans l’attractivité des campus et dans le passage d’un cap dans l’amélioration des conditions de la vie étudiante ». Dans le même esprit la Cdefi demande que soient « libérées les contraintes sur l’organisation des campus universitaires et faciliter l’implantation de restaurants, magasins, services, etc. »

Un plan pour la formation et la transition des métiers. La CPU propose de construire un « plan pour la formation et la transition des métiers » qui « peut prendre la forme de co-constructions de formations au sein des campus des métiers et des qualifications, de projets sur les territoires via les campus connectés et d’hybridation des formations, mais aussi d’une politique d’engagement des salariés dans des formations via le plan de formation interne ou plus largement d’investissements immobiliers et/ou d’équipements », explique le président de la CPU, Gilles Roussel. Le dispositif pourrait concerner en priorité les secteurs dont l’activité a été fortement impactée et s’inspirer du dispositif du crédit d’impôt formation qui aujourd’hui n’existe que pour les dirigeants d’entreprises.

Soutenir la transformation numérique. Selon la CPU la « transformation numérique des établissements d’enseignement supérieur est un levier permettant de répondre aux différents enjeux de croissance et de diversité des effectifs étudiants, de concurrence nationale et internationale, d’accès à l’enseignement supérieur dans les territoires ». Elle demande donc à que soit créée une Aide pour le numérique (APN) pour réduire la fracture numérique, sur le modèle des aides régionales, qui accompagnerait les étudiants pour l’équipement (ordinateur portable) et la connexion. Un grand plan d’investissement d’appui aux infrastructures numériques (réseau / datacenters) permettrait de mieux servir les enjeux de transformation numérique des Universités pour leurs activités pédagogiques et scientifiques.

Des tiers lieux d’accès aux outils numériques en lien pourraient développé avec les collectivités afin de regrouper des étudiants (y compris en formation continue) pour permettre l’accès distant à tous les étudiants qui se « trouveraient en zone blanche ou sous-connectée pour le développement équitable de l’enseignement numérique pour ainsi aider l’accès aux premiers équipements pour les publics sans ressources ».

Investir dans la recherche. « La concentration d’établissements d’enseignement supérieur constitue un facteur d’attractivité pour les entreprises et plus particulièrement pour l’implantation de sièges sociaux et de services de recherche et développement qui requièrent une main d’œuvre spécifique », soutient la CPU pour laquelle « l’investissement dans les infrastructures de recherche publique est un levier à la fois pour la relance de l’activité économique et pour assurer la pérennité des dépenses de R&D ». La CPU demande donc la création de fonds d’investissement, l’un dédié aux infrastructures de recherche pour le développement d’infrastructures nouvelles ou existantes dans des « secteurs scientifiques à fort enjeu incluant les Sciences Humaines et Sociales », l’autre dédié aux équipements lourds de taille intermédiaire.

La Cdefi demande de son côté que le temps effectif consacré à la recherche et à la valorisation augmente en « doublant l’activité de R&D des établissements d’enseignement supérieur et en encourageant la recherche contractuelle avec les entreprises par des mesures incitatives ciblées (hausse du plafond du crédit d’impôt recherche notamment) ».

Enfin la CPU suggère de « financer la constitution, discipline par discipline de grandes masses de données structurées », et de « renforcer le financement de recherches aux fins de développer des outils publics, partageables et ouverts de fouille et d’analyse des données ». Un projet qui « gagnerait à être coordonné au niveau européen ».

Plus de liberté ! Plus de moyens ! La Cdefi demande que soit libérées les « contraintes à l’embauche dans le public » et la « liberté de fixer les niveaux de rémunération ». Elle demande également la possibilité de « s’affranchir de la propriété intellectuelle pour les projets industriels sans brevetabilité ou se doter des outils pour mieux l’exploiter dans le cas contraire en favorisant les gestions mutualisées entre établissements supérieurs ».

Pour développer ses moyens la Cdefi demande à que soient « encouragés les dons à destination des établissements d’enseignement supérieur et de recherche par une défiscalisation accrue et la mise en place d’outils adéquats de gestion de ces dons ». Elle entend également développer la taxe d’apprentissage et augmenter les possibilités de finance-ment du monde économique à destination des établissements d’enseignement supérieur. Surtout elle demande à que soient défiscalisés les droits de scolarité.

  • La CPU comme la Cdefi font également des propositions pour soutenir l’emploi des jeunes et l’apprentissage.
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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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