EMPLOI / SOCIETE, PERSONNALITES, POLITIQUE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

Education, enseignement supérieur : qui sont les nouveaux ministres ?

La nomination de Vincent Peillon comme ministre de l’Education nationale est tout sauf une surprise. Chargé des questions d’éducation au sein de l’équipe de campagne de François Hollande, il est lui-même professeur et agrégé de philosophie. La surprise fut plutôt de ne pas le voir cumuler éducation et enseignement supérieur, comme le programme du PS le prévoyait et comme il l’annonçait lui-même en cette matinée de janvier quand nous le recevions au sein de l’Association des journalistes éducation et recherche.

A l’époque, « rapprocher les deux univers » était même au cœur de son projet car « beaucoup de problèmes venaient de cette séparation ». Comme au temps de Claude Allègre nous serions donc revenus à un super ministère de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur. Mais finalement Laurent Wauquiez a un successeur : Geneviève Fioraso. A l’éducation, Vincent Peillon sera épaulé par un ministère inédit, celui de la Réussite éducative, confié à George Paul-Langevin.

Vincent Peillon : un sacré tempérament

Très détendu donc en cette matinée de janvier, Vincent Peillon venait d’assister au premier grand débat de la campagne qui opposait François Hollande et Alain Juppé sur le plateau des « Paroles et des actes ». Le candidat socialistes en était de toute évidence sorti victorieux. « Sans s’énerver » se félicitait alors un Vincent Peillon conscient que lui-même pouvait être parfois plus sanguin. On se souvient en particulier de sa guerre de mots avec Ségolène Royal – dont il était le porte-parole pendant la campagne de 2007 – lorsqu’elle s’était invitée en 2009 à une réunion qu’il organisait sur l’éducation.

Frontal, trop frontal ? On se souvient aussi qu’en 2010 il n’était finalement pas venu à l’émission « A vous de juger » consacrée à l’identité nationale – thème qu’il jugeait « indigne et inacceptable ». Une absence dont il n’avait pas prévenu la chaîne et à la suite de laquelle il avait, maladroitement, demandé ensuite la démission d’Arlette Chabot, à l’époque animatrice de l’émission et directrice adjointe de France 2. Deux clash qui avaient sérieusement écorné son image et l’avait sûrement empêché de se lancer dans la course aux primaires socialistes, alors même qu’il bénéficiait pourtant du soutien appuyé de Pierre Bergé.

Remisé ses plus grandes ambitions, Vincent Peillon s’est donc consacré aux dossiers liés aux jeunes et à l’éducation depuis plus d’un an. Si tout le système le préoccupe, la revalorisation de l’enseignement primaire sera sans doute sa priorité absolue. Et il devra surtout prendre bien soin de ces 800 000 profs qui sont au cœur des préoccupations du PS. 800 000 profs qu’il faudra savoir traiter avec délicatesse pour éviter de devenir un « Allègre bis ». « Sans s’énerver ! ». Sans être ce « Docteur Vincent et Mr Peillon » que brocarda en son temps Pierre Moscovici.

Ce Peillon frontal qui se déclarait en 2010 « favorable à la suppression des grandes écoles » dans une émission de France Inter en rappelant à l’époque que la France est « le seul pays parmi les grandes démocraties occidentales, où se sont les enfants des classes défavorisées qui financent les études des enfants des classes favorisées ». Selon lui, il fallait donc« intégrer l’excellence des grandes écoles aux universités ». Prudemment il n’est pas revenu sur le sujet pendant la campagne. Mais cette prise de position abrupte pourrait bien lui avoir coûté son grand ministère…

Qu’importe, le Peillon frontal s’est éveillé dès le jour de son intronisation au ministère de l’Education en promettant le « retour de la semaine de cinq jours dans le primaire dès la rentrée 2013 », avec soit le samedi matin soit le mercredi matin travaillé. Devant le tollé provoqué par cette annonce, qui risque de prendre à rebrousse poil des millions de familles, notamment divorcées, ravies de l’abandon de la journée scolaire de samedi, Jean-Marc Ayrault a dû pour la première fois recadrer un ministre et garantissant une large concertation. Mr Peillon est-il déjà de retour ?

Marqué à gauche. Mais venons en au parcours initiatique d’un Vincent Peillon né en 1960 dans les Hauts-de-Seine, fils d’un banquier communiste (si, si ça existe, il présidait la première banque soviétique en dehors de l’URSS) et d’une mère scientifique liée à la famille De Brunhoff (celle du créateur de « Babar ») sœur du chercheur Etienne-Emille Beaulieu.

Même s’il s’en défend, il vit donc une enfance bourgeoise avec pour principale passion la lecture. « J’étais non pas un bon élève mais un grand lecteur. Je lisais jusqu’à trois livres par jour. Dos Passos, Pavese, Schwob, Chardonne. J’ai été un garçon timide, écoulant mes vacances ensoleillées, seul dans ma chambre, à lire l’œuvre de Zola. Je me suis toujours considéré comme un marginal », révèle-t-il dans un entretien au « Journal du dimanche » en 2009. Un lecteur qui est aussi un bon élève puisqu’il obtient son bac à 16 ans. Sa passion pour la lecture l’amène logiquement à se diriger ensuite vers la philosophie. Agrégé et docteur en philosophie, discipline qu’il enseigne de 1984 à 1997, il est aujourd’hui considéré comme un expert reconnu des questions de laïcité et du philosophe et prix Nobel de Ferdinand Buisson.

Le jeune enseignant se passionne rapidement pour la politique. En 1993, il entre  au cabinet d’Henri Emmanuelli, alors président de l’Assemblée nationale. Ses capacités à formaliser, à débattre, à rédiger lui permettent d’accéder deux ans plus tard au bureau national du PS. De 1995 à 1997 il est l’une des plumes de Lionel Jospin, alors premier secrétaire. Et en 1997, suite à la dissolution de l’assemblée, il devient député de la Somme.

Une pioche qui se révèle difficile quand la région se révolte contre une loi limitant l’ouverture de la chasse et que, également porte-parole du PS, Vincent Peillon est violemment pris à partie par des chasseurs dans sa circonscription. Résultat, il perd son siège de député en 2002 et est encore battu en 2007. Entre les deux il a été élu député européen en 2004 et l’est toujours aujourd’hui. Prudemment, même si ce n’est pas le style de ce militant engagé, il ne se représentera pas en juin 2012 aux élections législatives. Une prudence dont ce père de quatre enfants – nés de deux mariages – devra maintenant faire preuve au sein du ministère le plus exposé qui soit pour un socialiste.

Geneviève Fioraso : passionnée par l’innovation

Si elle est beaucoup moins connue que son collègue de l’Education, la nouvelle ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche est elle aussi une enseignante du secondaire. Et elle aussi une politique. Née en 1954, elle a enseigné l’anglais pendant 3 ans avant de rejoindre Grenoble. Elle y devient en 1983 attachée parlementaire du député-maire de la ville, Hubert Dubedout, puis directrice de cabinet du maire de Grenoble, Michel Destot, en 1995. Elle est élue députée en 2007.

Elle s’est aussi passionnée pour l’innovation scientifique en devenant en 2003 PDG de la Sem Minatec Entreprises, une plateforme de valorisation industrielle du campus d’innovation Minatec, dédié aux micro et nanotechnologies. Auparavant elle fut directrice fondatrice de l’Agence Régionale du Numérique mise en place par le réseau des villes Rhône-Alpes, pour assurer la diffusion du numérique dans les PME. Une vrai intérêt pour les questions d’innovation donc pour celle qui fut enfin cadre de direction d’une start-up du CEA, Corys, en charge des projets européens et de recherche et développement pour améliorer la sûreté des centrales nucléaires et thermiques, et cadre marketing à France Télécom Grenoble, en charge des marchés émergents dans le secteur social-santé.

En résumé un parcours à la fois dans le public et le privé mais avec toujours un vif regard porté sur les questions d’innovation.

Olivier Rollot (@O_Rollot)

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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