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Qui sont les professionnels de l’enseignement supérieur privé ?

Longtemps le recrutement de personnels dans l’enseignement supérieur fut un non-sujet. On y entrait parce qu’on était enseignant ou parce qu’on avait la vocation. Tout a changé ces dernières années et on n’hésite plus à parler de « marque employeur » tant les enjeux sont devenus importants dans un secteur en plein essor. Participant à un débat sur le sujet dans les locaux du Figaro en mars 2023 la DRH de l’école d’ingénieurs Efrei, Delphine Girolami, expliquait ainsi sa problématique : « Nous sommes dans un contexte de croissance rapide : le nombre d’étudiants et le chiffres d’affaires ayant été multipliés par 2,5 en 5 ans. Notre service RH est par exemple passé de 4 personnes il y a trois ans et demi, à 10 aujourd’hui Et nous devons continuer à recruter pour accompagner la croissance de l’école Dans ce contexte, la question de la marque est centrale » . C’est dire si l’étude que vient de mener l’Union professionnelle de l’enseignement supérieur privé (Upes), la nouvelle organisation patronale de l’enseignement supérieur privé, est utile pour comprendre qui sont ces personnels. « Il y a une urgence à attirer de nouveaux salariés et à préciser nos ressources humaines tout en faisant évoluer notre convention collective qui n’est pas toujours assez précise pour nos personnels », explique ainsi la présidente de l’Upes, Florence Dufour.

50% des salariés exercent leurs métiers de manière ponctuelle. L’ensemble des établissements de l’Upes compte 14 400 salariés permanents, dont une majorité de CDI (13 300 salariés), 1 100 CDD et 700 alternants et stagiaires mais bien plus d’emplois ponctuels. Les écoles membres de l’Upes proposent en effet des cursus fondés sur la complémentarité entre les enseignements dispensés par des enseignants de formation et ceux réalisés par des intervenants ponctuels issus du monde professionnel. Résultat : une bonne moitié des 39 400 salariés exercent leurs métiers de manière ponctuelle (1 100 sont salariés en CDI intermittent et 19 800 en CDD d’usage). Une minorité d’entre eux exerce des missions de surveillance, correction et gestion d’épreuves (2 600 salariés), tandis que la majorité exerce comme enseignants ponctuels (17 700). Le tout avec un temps d’intervention annuel moyen restreint à 78h. « Autant de personnels qu’il n’est pas toujours facile d’impliquer dans la vie des établissements », remarque Florence Dufour. Par ailleurs 5 650 salariés sont de nationalité étrangère, soit un salarié sur six et même un sur quatre chez les enseignants-chercheurs.

Près de 50 000 € de rémunération brute annuelle moyenne. Avec 49 530 € de rémunération brute annuelle moyenne, primes comprises, les salariés en CDI ou CDD de l’Upes perçoivent une rémunération largement supérieure à la moyenne nationale. Ce montant est composé à 9,4% de compléments de rémunérations (intéressement, participation, primes…) pour un montant brut moyen annuel de 4 647 €:

  • les rémunérations varient nettement avec les métiers, ceux de la scolarité permanente étant plus rémunérateurs que ceux de l’administration. Les salariés de la scolarité permanente perçoivent même une rémunération médiane plus élevée que les cadres du secteur privé;
  • en moyenne, la rémunération des CDI ou CDD double au cours de la carrière passant de 28 300 € pour les moins de 26 ans à 57 300 € pour les seniors;
  • la rémunération moyenne horaire brute, primes comprises, des CDI intermittents et CDD d’usage s’établit quant à elle à 41,60 €.

Égalité hommes/femmes : on est loin du compte. Alors que plus de la moitié des salariés du secteur sont des femmes elles sont en moyenne payées 19,1% de moins que les hommes. Les établissements membres de l’Upes n’en affichent pas moins un Index de l’égalité professionnelle moyen de 88/100, soit une note qui se situe dans la moyenne de l’ensemble des entreprises.

Cette féminisation varie selon les métiers, les femmes étant particulièrement représentées dans la scolarité permanente et l’administration, notamment dans la communication et le marketing (74%) tandis qu’elles sont légèrement minoritaires dans les métiers de la scolarité ponctuelle, particulièrement parmi les enseignants. « Nous allons cibler la question de la précarité, que les syndicats ont particulièrement notée, mais il faut aussi nous emparer rapidement de la question de l’écart hommes/femmes », établit Florence Dufour.

Ces résultats sont valables aussi bien en « écart brut » qu’en « écart ajusté » L’écart ajusté permet de neutraliser les effets dus à la composition de l’emploi et aux caractéristiques des salariés (âge, ancienneté, métier…).

L’enseignement supérieur conserve… La pyramide des âges des salariés de l’Upes est très différente de celle de l’ensemble des salariés. D’un côté les écoles emploient un nombre important de jeunes salariés, notamment d’étudiants salariés (9% des effectifs totaux) afin de proposer un cumul entre emploi et formation initiale. De l’autres les salariés sont plus âgés que l’ensemble de la population active. Leur âge moyen s’établit à 42,2 ans en 2022, soit 1,8 ans de plus que la moyenne nationale. Les salariés de plus de 60 ans sont en effet surreprésentés (12% des salariés contre 6% dans la population active française). « Beaucoup travaillent jusqu’à la limite des 70 ans avec une sur représentation des seniors chez les enseignants-chercheurs », note encore Florence Dufour.

L’ancienneté moyenne est de 3,3 ans. Une valeur influencée par la présence de plus de la moitié des salariés présents depuis moins d’un an, principalement des enseignants ponctuels, emplois par nature temporaires. Dans les métiers à vocation permanente tels que l’administration et la scolarité permanente, l’ancienneté moyenne atteint 5,8 ans. Plus d’un quart des enseignants permanents a plus de 10 ans d’ancienneté. Le turnover s’élève quant à lui à 12% pour les salariés en CDI, soit plus de deux fois inférieur à celui de l’ensemble des services (27%).

Les relations sociales. Rien de spécifique ici avec un taux d’absentéisme dans les écoles de 5% contre 5,8% en moyenne dans les secteurs de services. Si 70% des établissements ont conclu des accords de télétravail les politiques sociales centrées sur la qualité de vie au travail (QVCT) restent encore peu répandues, avec seulement 11% des établissements ayant signé un accord sur ce thème.

Par ailleurs avec seulement 2,2% d’emplois handicapé, le secteur est très loin de la moyenne nationale qui est de 4,7% (et encore plus de l’obligation d’emplois de 6%). « Nous devons absolument faire un effort sur ce point mais aussi inciter les salariés handicapés à se déclarer », spécifie la présidente maintenant à la manœuvre pour faire de son syndicat professionnel le représentant des établissements d’enseignement supérieur privé.

L’Union professionnelle de l’enseignement supérieur privé (Upes) a été fondée par quatre fédérations reconnues d’établissements d’enseignement supérieur (Fesic, Udesca, Ugei et Unfl) il y a maintenant dix-huit mois. Elle entend devenir la représentante patronale de l’enseignement supérieur privé à l’horizon 2025 quasiment tous les établissements membres relevant de la convention collective 2691 de l’enseignement privé indépendant. La plupart ont quitté une autre fédération patronale, la Fédération nationale de l’enseignement privé (FNEP), pour rejoindre l’Upes, s’y sentant mas représentés, 80% des membres de la FNEP étant des collèges ou des lycées. Tout un dossier de représentativité doit maintenant être déposé au ministère du Travail pour que l’Upes soit reconnue comme interlocutrice patronale.

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Olivier Rollot est directeur du pôle Information & Data de HEADway Advisory depuis 2012. Il est rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire), de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel) et de "Espace Prépas". Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant, Olivier Rollot est également l'un des experts français de la Génération Y à laquelle il a consacré un livre : "La Génération Y" (PUF, 2012).

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