CLASSES PREPAS, ECOLES DE MANAGEMENT

Entretien : professeur en prépa, professeur à Skema, Frédéric Munier incarne le continuum CPGE / Grandes écoles

Professeur de géopolitique en classes prépas et à SKEMA BS, Frédéric Munier a récemment endossé la fonction de directeur de SKEMA School for Geopolitics. Dans cet entretien, il revient sur l’importance de l’interdisciplinarité et de former les étudiants à une meilleure contextualisation des problématiques.

Olivier Rollot : Comment en êtes-vous venu, vous qui êtes professeur en classe préparatoire, à créer une école de géopolitique au sein de Skema ?

Frédéric Munier : En 2017 Alice Guilhon, la directrice générale de SKEMA, et Alain Joyeux, président de l’APHEC, ont décidé de créer les réunions de « continuum classe préparatoire / grande école ». C’est dans ce cadre qu’a émergé l’idée de prolonger des cours de type « prépa » en grande école afin de donner corps au continuum. SKEMA m’a d’abord proposé de donner un cours à l’année intitulé « Grands enjeux géopolitiques » avec Rodolphe Desbordes, tandis qu’Emmanuel Combe commençait à enseigner les « Grands enjeux économiques ». Par la suite, avec Rodolphe Desbordes nous avons créé un cours de « Grands enjeux de Consilience ».

O. R : Comment définissez-vous la « consilience » ?

F. M : La consilience désigne la « convergence des savoirs », l’interdisciplinarité en d’autres termes. Notre cours se situe au croisement de plusieurs disciplines académiques : l’économie, l’histoire, la géopolitique, les sciences politiques, la sociologie. Nous traitons les grandes préoccupations de notre temps comme la démocratie, les réseaux, le numérique, la méritocratie, l’environnement ou le climat en croisant les disciplines afin poursuivre l’approche multidisciplinaire qui se pratique en classes préparatoires.

O. R : Au-delà du continuum avec les classes préparatoires, dans quelle logique développez-vous ces programmes?

F. M : La volonté de SKEMA, résumée dans son « ThinkForward », est de permettre à ses étudiants de maîtriser les disciplines de management tout en contextualisant les problèmes qu’il rencontreront dans un monde « VUCA » (marqué par la volatilité, l’incertitude, la complexité et l’ambiguïté). C’est dans le même esprit que Denis Boissin, le directeur du programme Grande école, délivre un cours de « Grands enjeux de transition » et que Philippe Riutort, également professeur en classe préparatoire, donne un cours de « Grands enjeux sociologiques ».

Au fond, nous faisons le pari qu’en infusant ces disciplines au spectre large, nous contribuons à une formation en « Liberal Arts » pour reprendre la terminologie anglo-saxonne qui va faire la différence sur le marché de l’emploi. En effet, ces disciplines éclairent le monde et approfondissent ainsi la conscience des managers. De la classe préparatoire à la grande école, les enseignements se fécondent.

O. R : Quelle volume horaire représente ces cours en première année du programme Grande école de Skema ?

F. M : 54 heures en L3 soit un quart de la maquette pédagogique. Ces cours de Grands enjeux constituent désormais la signature du programme Grande Ecole de SKEMA.

O. R : Parlez-nous plus précisément des écoles que développe SKEMA, dont bien sûr celle de géopolitique que vous dirigez.

F. M : Skema développe des « écoles dans la Grande école » : une en droit au Brésil, à Belo Horizonte, en AI for Business, en Design et bien sûr en géopolitique avec la « School of Geopolitics for Business ».Dans un monde complexe, marqué par le retour de la conflictualité, on assiste aujourd’hui à une géopolitisation de l’économie. Dans ces conditions, on attend des managers qu’ils sachent appréhender le contexte international dans lequel ils inscrivent leur action.

A la croisée de l’histoire, la géographie, l’économie, les relations internationales mais aussi la stratégie et la prospective, la géopolitique doit désormais faire partie des fondamentaux enseignés en Grande École de management. Ce track donne donc une solide culture aux 50 étudiants qui souhaitent chaque année maîtriser ces savoirs et mieux orienter leur action. Pour cela nous travaillons avec Asia Centre pour la géopolitique de l’Asie et l’Ifri (Institut français des relations internationales) où nos étudiants peuvent suivre des conférences.

O. R : Avec votre expérience précise des deux univers, quelles grandes différences établissez-vous entre les classes préparatoires et les écoles de management dans l’enseignement apporté aux étudiants ?

F. M : En prépa, on approche des savoirs fondamentaux mais on apprend aussi à gérer son temps, son stress. Contrairement à ce qui est dit parfois, on travaille en groupe et surtout, on apprend à se connaître.

En école, on insiste évidemment sur les connaissances mais aussi sur les soft skills. Les étudiants prennent des responsabilités dans des associations et apprennent à manager, à gérer des budgets importants. Ils sont confrontés à l’action. Et tout cela se féconde dans le cadre du continuum 2+3.

Enseigner en école a par ailleurs modifié mes pratiques pédagogiques en classe prépa ; tous mes cours sont désormais dispensés à l’aide de Power Point et je propose régulièrement à mes élèves de répondre à des quiz pour épauler leurs dissertations. A mon sens, c’est un moyen d’amenuiser la taille du mur qui existe entre les CPGE et les Grandes écoles. De façon générale, je pense que les écoles devraient davantage recourir à des professeurs de prépa, notamment en année de pré-master. Tout le monde aurait à y gagner.

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Olivier Rollot est directeur du pôle Information & Data de HEADway Advisory depuis 2012. Il est rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire), de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel) et de "Espace Prépas". Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant, Olivier Rollot est également l'un des experts français de la Génération Y à laquelle il a consacré un livre : "La Génération Y" (PUF, 2012).

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