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A quoi a servi le plan Réussite en licence ? : l’exemple de l’université de Bourgogne

C’était l’un des grands projets du précédent quinquennat : abaisser les taux d’échec dans les premières années de l’université alors qu’un étudiant sur trois quitte aujourd’hui la filière dans laquelle il s’est inscrit à l’issue de la première ou de la deuxième année. Dans le cadre de l’évaluation du plan « Réussite en licence » (PRL) de l’université de Bourgogne, son institut de recherche sur l’éducation, le célèbre Iredu, a étudié ses effets.

La conclusion sans appel de l’étude « Essai de mesure des effets du plan réussite en licence » des chercheuses Sophie Morlaix et Cathy Perret publiée en avril : les effets sont « limités ». Des conclusions qui viennent compléter celles d’une autre étude parue en janvier et intitulée elle « Analyse de de la réussite en première année universitaire : effets des facteurs sociaux, scolaires et cognitifs » (Sophie Morlaix et Bruno Suchaut).

Des résultats négatifs mais… sur une population étudiante différente

À prendre au pied de la lettre les premiers résultats du PRL à l’université de Bourgogne sont même consternants : les taux d’échec ont augmenté depuis 2007 ! Par rapport à l’année de référence (2007-2008), seuls les titulaires d’un bac professionnel ou technologique paraissent « moins ajournés ou défaillants » en 2010-2011.

Mais voilà, la structure même de l’université a elle-même beaucoup évolué : la part des bacheliers S et L a diminué (de – 4,1 % et – 2,3 %) au profit des baccalauréats non généraux (+ 6,4 %). De même la proportion des bacheliers avec mention chute : plus de 20 % en Lettres Modernes et LCE. Enfin, la proportion de bacheliers en retard a augmenté de 3,1 % (17 % en AES !). La mise en œuvre du PRL a-t-elle alors permis d’éviter des échecs encore plus graves pour une population manifestement moins préparée à réussir à l’université ?

Des fonds mal employés ?

Malheureusement, le remède se révèle parfois pire que le mal. Les chercheuses de l’Iredu vont ainsi jusqu’à pointer que « la multiplication des actions au sein d’une même formation ne se révèle pas être une stratégie payante (…) pour les étudiants titulaires d’un baccalauréat scientifique ou littéraire ; ces derniers ayant des probabilités d’être ajournés plus importantes avec l’augmentation du nombre d’actions PRL introduites dans leur formation ».

En février, la Cour des Comptes présentait elle un rapport très négatif sur l’utilisation des fonds par les universités en estimant que le plan ministériel n’avait pas fait l’objet, de la part du ministère, « d’un pilotage et d’un suivi garantissant l’efficacité de cette dépense publique supplémentaire ». Dans les faits les crédits alloués ont été selon elle « le plus souvent sous consommés, les reliquats correspondants étant venus abonder le fonds de roulement général des universités. Il est avéré que certaines universités en ont profité pour réaliser des opérations d’investissement n’entrant pas strictement dans le cahier des charges du plan et n’ayant pas de rapport direct avec la réussite des étudiants. »

Difficile de réussir à l’université si on a échoué auparavant

La conclusion des chercheurs de l’Iredu est claire : « Toutes ces actions ne peuvent gommer les effets du passé scolaire des étudiants qui demeure le facteur le plus important d’explication de la réussite lors de l’entrée à l’université ». Et de constater que :
– les filles réussissent mieux que les garçons, à l’exception des titulaires d’un baccalauréat littéraire ;
– les boursiers sont moins défaillants, et surtout moins ajournés que les non-boursiers ;
– l’origine sociale joue peu sur la réussite universitaire, si ce n’est pour les enfants d’artisans/commerçants et chefs d’entreprise qui semblent plus souvent ajournés et défaillants que les enfants de cadres et pour les enfants d’ouvriers non titulaires d’un baccalauréat général ayant une probabilité plus forte d’être défaillants aux premiers examens de l’année ;
– avoir obtenu une mention au baccalauréat, quelle que soit la série, ajoute significativement des chances de réussite ;
– le fait d’être en retard scolairement joue façon négative, sur la probabilité de réussite en première année.

Et à tout cela le plan Réussite en licence ne semble guère avoir changé grand chose…

Olivier Rollot (O_Rollot)

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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