ORIENTATION / CONCOURS

Comment va fonctionner Parcoursup ?

Alors que beaucoup s’interrogent sur la faisabilité technique d’une réforme qui semble un peu précipitée de nombreuses autres questions restent sans réponse tout à fait satisfaisante. Etat des lieux à quelques semaines de l’ouverture du tout nouveau portail Parcoursup.

L’absence de classement des vœux dans Parcoursup cristallise aujourd’hui beaucoup de craintes. Un point crucial sur lequel a réagi le créateur d’admission-postbac, Bernard Koehret, dans un entretien au Monde : « Je n’avais pas imaginé qu’on puisse se passer d’un algorithme qui a fait ses preuves. La suppression de la hiérarchisation des vœux sur laquelle il repose signifie bien la fin de l’algorithme. Cette décision est dangereuse et incompréhensible. Personne ne l’avait demandée. » Les acteurs du système craignent en effet à la fois que répondre trop souvent « oui » aux candidats leur fasse courir un risque de sur-remplissage mais qu’un « non » les prive tout simplement d’élèves.

Dites « oui » ! « Notre seule obligation c’est de dire oui ou oui si », constate le président de l’université de Strasbourg, Michel Deneken, interrogé lors de la soirée annuelle de la Conférence des présidents d’université. Autrement dit : les formations non sélectives de l’université n’auront pas la possibilité de refuser un candidat si des places restent vacantes mais, précise le texte, elles pourront dorénavant conditionner son inscription au suivi de « parcours d’accompagnement pédagogique et de parcours de formation personnalisés » (stage de remise à niveau, cursus adapté, etc.). Sur la plate-forme permettant aux lycéens de faire leurs vœux d’orientation, les formations pourront donc répondre « oui, si » (accepté, mais sous conditions) ou bien « oui » (accepté) ou « en attente ».

Comment s’organiser ? Mobiliser deux professeurs par classe et leur demander de se prononcer sur la capacité de chaque élève à intégrer telle ou telle filière… pourquoi pas mais les professeurs de terminale sont-ils vraiment aptes à définir quels attendus sont indispensables à la réussite dans toutes les filières ? On peut légitimement en douter alors que la terminale va de plus en plus être consacrée à l’orientation des futurs étudiants.

Une question qui se pose avec encore plus d’acuité pour les universités alors que c’est aujourd’hui un travail colossal pour les CPGE. « La plupart des dossiers seront relativement faciles à traiter. Là où nous allons passer du temps c’est par exemple pour juger les dossiers de candidats qui veulent intégrer des filières dans lesquelles ils sont faibles », juge la présidente de l’université Lille 3 et vice-présidente de la Conférence des présidents d’université, Fabienne Blaise. Ce qui ne convainc pas Michel Deneken : « On nous demande de mobiliser des personnels qui n’en ont pas l’habitude sans nous donner quasiment aucun moyen (25 M€ pour l’ensemble des universités). Certes nous sommes de « bons élèves » à Strasbourg et nous allons tout faire pour y parvenir mais cela n’en relève pas moins d’un certain optimisme ».

Que faut-il attendre des « attendus » ? Les éléments de cadrage national pour chaque mention de licence ont été communiqués aux établissements le 12 décembre. Les attendus de licence prennent d’abord en compte à la fois les bulletins trimestriels de la 1ère et de la terminale (1er et 2ème trimestres) et les résultats aux épreuves anticipées du bac. Ce sont aussi bien des compétences scientifiques, d’expression écrite, sportives que des aptitudes à l’expression orale et écrite, à l’analyse de texte, à la logique mais aussi un bon niveau d’expression en langue française, dans une langue étrangère, dans une discipline scientifique, etc. Reste à savoir comment chaque université va les adapter. « On ne sait pas si on doit mettre en avant les spécificités de notre université ou, au contraire, rester dans un moule national pour préserver la fiction du diplôme national », relève encore Michel Deneken.

Quelles modalités de remédiation ?  L’inscription en première année de licence peut, « compte tenu d’une part des caractéristiques de la formation et d’autre part, de l’appréciation portée sur l’acquis de la formation antérieure du candidat, ainsi que ses compétences, être subordonnée à l’acceptation, par ce dernier, du bénéfice des dispositifs d’accompagnement pédagogique ou du parcours de formation personnalisé proposés par l’établissement pour favoriser sa réussite », prévoit le texte.

Les modalités permettant aux candidats dont les attendus sont insuffisants pourront prendre plusieurs formes : enseignements complémentaires, horaires aménagés, aménagements de rythme, semestre ou année de consolidation intégrée… On comprend qu’il n’y a pas de « vraie » sélection mais seulement la nécessité de suivre un parcours. « Il ne faut pas tout réinventer, les universités possèdent pour la plupart déjà des programmes de ce type qu’il faut adapter », insiste Frédérique Vidal en prélude de la soirée annuelle de la CPU.

Tous les programmes postbac vont-ils devoir aller sur Parcoursup ? « L’ensemble des établissements d’enseignement supérieur doivent participer à la plateforme d’ici un délai de trois ans au maximum » selon un amendement adopté le 5 décembre par la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale. Même si la « date butoir » de 2020 est proposée pour permettre aux établissements d’adapter leur calendrier des examens et des candidatures cela va être un sacré casse-tête pour certains établissements. Les écoles de management postbac proposent ainsi aujourd’hui environ 9000 places hors d’un APB jugé trop contraignant. Sont également toujours en dehors d’APB, malgré de nombreuses promesses d’y entrer, les instituts d’études politiques (IEP) – dont bien sûr Sciences Po – ou des écoles sociales et paramédicales dont la rentrée est souvent décalée à janvier. Sans parler d’écoles d’art ou de communication plus ou moins liées à l’Etat.

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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel). Il anime également le blog HEADway et du blog du Monde « Il y a une vie après le bac ».

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