CLASSES PREPAS

« Vous êtes tout ce que j’aime » : Jean-Michel Blanquer à la rencontre des professeurs de classes préparatoires

C’était une visite très attendue. Pour la première fois un ministre de l’Education s’est rendu au congrès de l’APHEC (Association des professeurs des classes préparatoires économiques et commerciales). C’était le samedi 8 juin sur le campus rouennais de Neoma BS où 300 professeurs ont écouté un ministre venu les conforter dès l’entame de son discours d’un « Vous êtes tout ce que j’aime »…

Un réconfort bienvenue

Le président de l’APHEC, Alain Joyeux, avait planté le décor : « Nous avons échangé avec beaucoup d’acteurs et je suis plus optimiste aujourd’hui sans pour autant avoir des réponses – depuis le 18 mars – à toutes nos questions. Vous savez également que nos effectifs ne sont pas dans une dynamique très positive ; est-ce dû à Parcoursup ? » Et d’insister : « Cela doit nous alerter sur notre attractivités dans un contexte où l’enseignement supérieur est de plus en plus concurrentiel. Le pire serait l’immobilisme qui assurerait un déclin long mais assuré de notre filière. Nous devons garder notre excellence académique tout en évoluant ».

Baisse des inscriptions post Parcoursup, incertitudes sur les « adaptations » – les ministères refusent de parler de réforme – de la filière EC après la réforme du bac, critiques acerbes du MESRI pour le manque d’ouverture sociale des Grandes écoles… les professeurs de classes préparatoires économiques et commerciales avaient bien besoin du soutien de leur ministre de tutelle pour retrouver le moral. Et Jean-Michel Blanquer a fait le job ! « Vous êtes tout ce que j’aime », « L’enseignement supérieur dans son ensemble doit évoluer vers des premières années qui donnent, comme en classe préparatoire, une ossature qui peut être inspirante. » « Le travail accompli dans les CPGE peut être inspirant pour les universités avec des convergences pédagogiques dans une logique propédeutique. » « J’ai besoin de vous comme points de repères. » Les compliments étaient là avant une longue explication d’une réforme du bac qui doit mieux préparer à l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Quelle « évolution » des classes préparatoires EC ?

Qui dit disparition des filières du bac dit aussi évolution pour les classes préparatoires économiques et commerciales et leurs 20 000 élèves. Ces classes préparatoires étaient en effet jusqu’ici fondées sur les filières du bac : « ECS » pour l’option scientifique destinée aux bachelier S et « ECE » pour l’option économique ouverte aux ES (les L voulant intégrer une école de commerce passant de leur côté par les classes préparatoires littéraires et les bacheliers technologiques par les EC technologiques qui subsistent). « Nous travaillons avec les Grandes écoles pour prendre acte qu’il n’y a plus de filières et donc une plus grande diversité de profils. Reste à trouver une formule d’enseignement adéquate pendant les prépas avec des épreuves finales possédant des coefficients différents – voire des quotas réservés – pour préserver cette diversité de profils. La réflexion et les concertations sont en cours, le ministère de l’Enseignement supérieur s’est emparé de la question : nous y travaillons ! », signifie le proviseur du lycée Louis-Le-Grand, Jean Bastianelli.

Les classes préparatoires économiques et commerciales seront donc amenées à se réinventer notamment en fonction du niveau de mathématiques de leurs élèves. Dans un document remis au MESRI, Alice Guilhon, présidente du Chapitre des Grande écoles de management au sein de la Conférence des grandes écoles et directrice de Skema, et Alain Joyeux insistent pour qu’on maintienne des exigences en mathématiques qui « expliquent largement la domination des Grandes Écoles françaises dans les classements internationaux, notamment dans le domaine financier ». Et d’insister : « Si d’aventure il y avait fusion pure et simple des actuelles voies ECE et ECS, nous courrions le risque d’une « moyennisation » de tous les champs disciplinaires qui se traduirait alors non seulement par une réduction du vivier de recrutement en CPGE, mais aussi par une forte baisse de l’attractivité de la filière CPGE-GE et du niveau de formation. Les mathématiques doivent être vues comme une matière fondamentale mais non exclusive ».

Dans ce schéma, souhaité aussi bien par les Grandes écoles que pas les professeurs de classes préparatoires – et auquel Jean-Michel Blanquer semble avoir donné son imprimatur lors de son discours, deux enseignements de mathématiques se côtoieraient : l’une en « mathématiques approfondies », correspondant à l’actuelle ECS, l’autre en « mathématiques appliquées » correspondant à l’actuelle ECE. Dans le document remis au MESRI précité, qui a été explicité la semaine dernière à HEC Paris, l’APHEC et la CGE proposent que chaque lycée soit libre de délivrer des options qui pourraient être :

– Mathématiques à niveau élevé — HGG (Histoire, géographie et géopolitique du monde contemporain) ;

– Mathématiques à niveau élevé — ESH (Économie, sociologie et histoire du monde contemporain) ;

– Mathématiques à niveau modéré — HGG (Histoire, géographie et géopolitique du monde contemporain) ;

– Mathématiques à niveau modéré — ESH (Économie, sociologie et histoire du monde contemporain).

N’en restent pas moins bien des questions. Et d’abord la capacité qu’auront ou pas certaines classes préparatoires « de proximité » à délivrer tous ces enseignements. Mais surtout la question d’une éventuelle création de quotas pour chacune de ces filières lors des concours. Il risque en effet tentant pour un élève de se présenter aux concours dans la filière où le niveau en mathématiques est le moins élevé. On a vu ces dernières années que cela pouvait être le cas pour des élèves d’ECS – préférant se présenter en ECE – avant qu’une réforme y mette fin. Seule la création de quotas réservés à chaque filière – comme c’est le cas aujourd’hui dans les écoles d’ingénieurs – pourrait alors garantir l’équité du système. Une idée dont ne veulent a priori pas les Grandes écoles de management attachées à l’« interclassement » de tous les candidats. A suivre…

 

Choix des spécialités menant aux classes préparatoires : ce qu’en dit le ministère de l’Education. Dans un document publié cette semaine et intitulé Nouveau lycée : une opportunité pour accéder aux classes préparatoires, le ministère de l’Education lâche toute une série d’informations aux élèves et étudiants sur les classes préparatoires et les meilleures manières d’y entrer dans le cadre du nouveau bac :

  • pour les classe préparatoires économiques et commerciales les « enseignements incontournables » à choisir en première et terminale sont un enseignement de mathématiques (spécialité ou option) et au moins un enseignement de spécialité parmi : histoire – géographie, géopolitique et sciences politiques ; humanités, littérature et philosophie ; langues, littératures et cultures étrangères ; littérature et langues et cultures de l’Antiquité ; sciences économiques et sociales.
  • pour les classes préparatoires littéraires ENS lettres, Chartes et Saint-Cyr lettres les « enseignements incontournables » à choisir en première et terminale sont : histoire – géographie, géopolitique et sciences politiques ; humanités, littérature et philosophie ; langues, littératures et cultures étrangères ; littérature et langues et cultures de l’Antiquité ; arts.
  • pour les classes préparatoires littéraires lettres et sciences sociales les « enseignements incontournables » à choisir en première et terminale sont : histoire – géographie, géopolitique et sciences politiques• humanités, littérature et philosophie ; langues, littératures et cultures étrangères ; littérature et langues et cultures de l’Antiquité ; sciences économiques et sociales.
  • pour les classes préparatoires scientifiques MPSI, PCSI, PTSI et MPI (« mathématiques, physique et informatique », la nouveauté 2021) les « enseignements incontournables » à choisir en première et terminale sont : en première, les enseignements de spécialité mathématiques et physique chimie ; en terminale, l’enseignement de spécialité mathématiques et au moins un enseignement de spécialité parmi physique chimie ; sciences de l’ingénieur ; numérique et sciences informatiques.
  • pour les classes préparatoires scientifiques BCPST les « enseignements incontournables » à choisir en première et terminale sont : mathématiques ; physique chimie ; sciences de la vie et de la Terre ; biologie écologie.
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Olivier Rollot est directeur du pôle Information & Data de HEADway Advisory depuis 2012. Il est rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire), de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel) et de "Espace Prépas". Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant, Olivier Rollot est également l'un des experts français de la Génération Y à laquelle il a consacré un livre : "La Génération Y" (PUF, 2012).

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