ALTERNANCE / FORMATION CONTINUE

Comment relancer l’apprentissage ?

Même si c’est un trimestre relativement peu important en termes de contrats d’apprentissage, la baisse de 13% des signatures au premier trimestre 2015 a encore accru la pression d’un gouvernement accusé d’avoir porté atteinte à son développement par des mesures brouillonnes. Pour relancer l’apprentissage, Manuel Valls a donc organisé mardi une rencontre entre les partenaires sociaux et les régions. Aucune mesure forte en vue mais la volonté de promouvoir un dispositif qui continue à progresser dans l’enseignement supérieur mais chute dans le secondaire. C’est dans ce cadre que l’Institut Montaigne sort un nouveau rapport.

D’où vient le malaise ?

Si les difficultés économiques des entreprises – et notamment des plus petites – sont la première cause du recul des signatures de contrat la forte réduction des aides à l’embauche d’apprentis (-500 millions d’euros) a été l’autre vecteur qui a précipité la chute des contrats. Comme l’analysent Les Échos, « alors que Nicolas Sarkozy avait fait de l’apprentissage la clef de voûte de sa politique de lutte contre le chômage des jeunes, son successeur a commencé par le négliger, tout à la réalisation de ses engagements électoraux : les contrats de génération liant l’embauche de jeunes et le maintien de seniors dans l’emploi, et les emplois d’avenir, des emplois aidés ciblés sur les jeunes en difficultés ». Si des mesures de relance ont depuis été prises et les règles de sécurité applicables aux mineurs allégées, rien ne semble pouvoir relancer la machine.
Autres accusées, les régions répondent vertement au Medef. Celui-ci parlait par exemple d’une baisse du budget consacré à l’apprentissage par les régions de 48,1% en Limousin et 45% dans le Nord-Pas-de-Calais quand les régions estiment au contraire avoir maintenu ou augmenté leurs contributions, rapporte EducPros. « Nous avons également conservé un appareil de formation malgré des effectifs d’apprentis parfois très bas et ce pour qu’il puisse redémarrer demain dès que les contrats d’apprentissage repartiront à la hausse », précise Pascale Gérard, présidente de la commission formation professionnelle de l’Association des régions de France.

Peut-on se rapprocher du « modèle » allemand ?

5% de jeunes en apprentissage contre 16% et un taux de chômage des jeunes de 24,8% contre 7,8%, dans une étude intitulée L’apprentissage, un vaccin contre le chômage des jeunes réalisée avec le syndicat professionnel Asmep-ETI, l’Institut Montaigne compare les systèmes français et allemand d’apprentissage. Premier diagnostic : « Dans notre pays, l’obsession du diplôme, l’hétérogénéité des parcours et la complexité des circuits relèguent, de fait, l’apprentissage au fond de la classe des filières de formation. Tout le contraire du système dual allemand qui a su en faire une voie d’excellence à laquelle enseignants, familles et entreprises sont très fiers de contribuer ».

Pour y remédier les auteurs du rapport proposent notamment de transférer vers les conseils régionaux la compétence sur l’ensemble des établissements d’enseignement professionnel, de placer l’animation nationale de l’apprentissage sous la responsabilité unique du ministère de l’Éducation nationale, de créer une «Agence nationale pour l’apprentissage et la formation professionnelle» sur le modèle du BiBB allemand  ou encore de «basculer» la majeure partie de l’enseignement professionnel vers l’apprentissage.

Diminuer les ressources de l’enseignement supérieur?

La plupart des régions s’engagent dans cette voie et l’Institut Montaigne les y encourage : « Le développement de l’apprentissage dans le supérieur est certainement une évolution souhaitable. Pour autant, dans un contexte budgétaire très contraint, il ne semble pas nécessaire que les pouvoirs publics subventionnent ce mouvement ». Oui mais est-ce vraiment un bon investissement que de reflécher massivement vers le secondaire des ressources qui permettent aujourd’hui à de nombreux jeunes de se lancer dans l’enseignement supérieur ? Comme le fait remarquer le Snetaa-FO, plutôt adepte d’un enseignement professionnel « classique »,  plus d’un quart des contrats d’apprentissage du secondaire sont déjà rompus dans les trois premiers mois. On imagine pourtant que ceux qui s’y sont lancés étaient les plus qualifiés. A combien ce pourcentage passera-t-il si on augmente drastiquement les promotions ? Ne risque-t-on pas alors d’avoir déshabillé le supérieur pour mal habiller le secondaire ?

Olivier Rollot (@O_Rollot)

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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel). Il anime également le blog HEADway et du blog du Monde « Il y a une vie après le bac ».

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