ECOLE D’INGÉNIEURS

« L’ESTP veut construire de nouveaux campus en région »

Quand le bâtiment va, l’ESTP va. Pour répondre au boom du secteur de la construction l’école historique du secteur ouvre de nouveaux campus et de nouveaux programmes. Sa directrice, Florence Darmon, nous explique sa stratégie.

Olivier Rollot : Vous venez de lancer votre plan stratégique « ESTP 2030 » qui sera marque par de nombreux développements. Les besoins du secteur de la construction sont si importants aujourd’hui ?

Florence Darmon : Après dix années difficiles, le secteur de la construction a amorcé une reprise d’activité importante en 2017. Avec des projets comme le « Grand Paris Express », demain les jeux Olympiques, des projets dans les 17 grandes métropoles nationales, alors qu’il existe toujours une pénurie de logements, beaucoup d’entreprises sont aujourd’hui lancées en France dans un véritable contre la montre. Si on y ajoute la force de nos grandes entreprises qui sont amenées à travailler dans les pays en développement on ne s’étonne pas que nous vivions une pénurie de main d’œuvre qualifiée.

O. R : Les méthodes évoluent beaucoup dans ce contexte ?

F. D: Nous devons former une main d’œuvre capable de répondre à de nouvelles approches globales – comme la « constructibilité » – et à de nouveaux outils comme le BIM (Building Information Modeling). Les ouvrages deviennent de plus en plus complexes et les entreprises de la construction évoluent vers des projets à forte valeur ajoutée. Un projet aujourd’hui ce n’est pas seulement un chantier, mais 50 ans de vie d’un ouvrage qui passent par des phases d’études de plus en plus longues, notamment pour minimiser le coût de l’exploitation, jusqu’à la déconstruction. Autant de raisons de faire de plus en plus appel à des profils formés dans l’enseignement supérieur. Et donc aux ingénieurs et techniciens que nous formons.

O. R : Qu’attendent les entreprises et comment faites-vous évoluer votre pédagogie pour y répondre ?

F. D: Nous allons de plus en plus mettre l’accent sur les compétences au-delà des connaissances. Nous possédons un département « Innovation et recherche appliquée » au sein duquel nos étudiant résolvent des cas posés par les entreprises. Celles-ci sont très demandeuses de ces jeunes qui ne sont pas inhibés par un lien trop fort avec l’entreprise. Dans les années à venir, nous voulons que chaque étudiant traite au moins un projet pendant six mois – aujourd’hui ils sont une centaine à le faire dans des promotions de 750 – en démultipliant le nombre de projets et en mettant en concurrence plusieurs équipes sur la résolution d’une même problématique.

Nous voulons également favoriser le développement de partenariats avec des écoles de management (Essec, EDHEC, ESCP Europe, l’IAE Paris, l’ESC Troyes, etc. sont déjà nos partenaires), d’architecture ou encore des universités étrangères. Le développement de l’esprit inventif de nos étudiants est au centre de nos attentions.

Le campus de l’ESTP

O. R : L’ESTP est déjà l’une des écoles d’ingénieurs qui a le plus de diplômés. Vous pouvez en former encore plus ?

F. D: Avec 750 diplômés ingénieur chaque année nous sommes la deuxième école d’ingénieurs derrière Arts et Métiers. Mais, on l’oublie parfois, nous formons également des techniciens. Notre diplôme « historique » est d’ailleurs un bac+2 « Conducteur de travaux ». C’est même l’un des seuls diplômes d’Etat qui ne soit ni un BTS ni un DUT. Là aussi nous formons 100 jeunes par an. En tout nous atteignons les 1000 diplômés par an. Nous voulons maintenant créer de nouvelles filières de formation postbac pour répondre à la forte pénurie existante, notamment en cadres intermédiaires. Nous allons ainsi créer un diplôme dans l’immobilier mais toujours du côté de la construction. Nous réfléchissons également à la mise en œuvre d’un bachelor.

O. R : La formation continue représente-t-elle beaucoup ?

F. D: Environ 10% de notre activité aujourd’hui – 3 M€ sur 32 M€ de chiffre d’affaires. Un diplôme comme le mastère spécialisé « Building Information Modeling » – coconstruit avec Ponts ParisTech – fonctionne très bien avec cette année 70 apprenants. Si les grandes entreprises développent plutôt l’activité en interne il reste notamment beaucoup à faire pour les ETI.

O. R : Vous le disiez : les entreprises ont besoin de plus en plus de technicité. Vous parlez de rendre vos étudiants innovants. Cela passe-t-il par le développement de vos actions de recherche.

F. D: En 2014, notre Institut de recherche en constructibilité est devenu équipe d’accueil de l’Ecole doctorale « Sciences, Ingénierie et Environnement » de l’Université Paris-Est renforçant les liens avec ses 16 laboratoires. Cela nous a permis de nouer des alliances fortes et de travailler sur 17 thèses co-tutorées avec cette école doctorale. Dans notre nouvelle implantation à Troyes nous travaillons plus particulièrement sur le développement de nouveaux bétons. Par exemple fibrés avec du chanvre qui permet de réaliser des bétons plus solides et légers. Nous voulons également bâtir de nouvelles chaires d’entreprise (elles sont deux aujourd’hui).

O. R : Vous encouragez vos étudiants à réaliser un doctorat ?

F. D: A destination des étudiants nous allons construire un parcours « Recherche » sur 3 ans afin de les initier aux activités de R&D et leur permettre de s’inscrire dans une carrière «recherche» en tant qu’ingénieur-docteur. Aujourd’hui nous recevons 20 doctorants issus d’établissements partenaires alors que nos propres étudiants partent à Berkeley, au MIT ou ailleurs. En tout une vingtaine par an font ce choix pas toujours facile quand on sait avec quelle facilité ils trouvent aujourd’hui un emploi une fois diplômés.

Le campus de l’ESTP

O. R : Vos étudiants sont des créateurs d’entreprise ?

F. D: Nous avons lancé option entrepreneuriat en 2017 et nous allons ouvrir un pré-incubateur de 500 m2en plus du partenariat que nous avons avec les Arts et Métiers. Nous avons également créé un parcours «intrapreneur/entrepreneur» sur 3 ans pour tous nos élèves. Déjà aujourd’hui, nos étudiants créent beaucoup de startups. Notamment dans les services comme cette étudiante qui a imaginé de passer récupérer tout ce qui pouvait l’être sur les chantiers de démolition pour en partager ensuite les bénéfices avec le démolisseur. Une sorte de « Le bon coin » de la démolition…

O. R : Vous avez évoqué Troyes. D’autres campus de l’ESTP vont-ils ouvrir en régions ?

F. D: Nous voulons construire de nouveaux campus en région pour répondre aux besoins des métropoles. En 2020, nous aurons trois campus de formation initiale (Dijon, Paris et Troyes) et cinq en 2025. Chacun d’eux portera une thématique différente avec les partenaires locaux. Par exemple « Ingénieur Designer » avec l’Ecole Supérieure de Design à Troyes ou demain « Smart Cities » à Dijon, dont les acteurs métropolitains promeuvent le concept d’une « ville durable ».

Mais pour cela nous devons être aidés, comme nous le sommes à Troyes, par des métropoles qui comprennent que trois ans d’études c’est le meilleur moyen de garder des jeunes et nous mettent des bâtiments à disposition. A Dijon le dossier avance et nous devrions ouvrir le campus pour l’année 2019-2020.

O. R : Vous pourriez également vous implanter à l’étranger ?

F. D: A l’international nous nous intéressons avant tout aux pays d’Afrique francophone.

O. R : Vous avez créé une fondation. Que vous apporte-t-elle ?

F. D: Elle contribue aujourd’hui à accélérer la mise en œuvre de nos projets stratégiques à hauteur de 1 million d’euros par an. C’est grâce à elle que nous avons pu ouvrir notre salle « BIM ». Elle nous a aidés à moderniser notre installation de canal hydraulique. Et elle contribue aux bourses de mobilité internationale. Nous sommes dans un secteur où les équipement sont très coûteux. Comme par exemple quand il faut acheter des « théodolites » pour diplômer chaque année 80 ingénieurs topographes que les entreprises s’arrachent aujourd’hui, notamment dans les travaux souterrains du « Grand Paris ».

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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel). Il anime également le blog HEADway et du blog du Monde « Il y a une vie après le bac ».

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