ORIENTATION / CONCOURS

Bac 2021 : le « choc » des spécialités

En 2021 seront diplômés les premiers bacheliers du nouveau bac général voulu par le ministre de l’Éducation et de la Jeunesse, Jean-Michel Blanquer. Pour la première fois en 2019, les élèves de seconde ont été amenés à choisir leurs spécialités de première. L’angoisse était palpable dans les familles : en quoi ces choix vont-ils influer les futurs choix de filières dans l’enseignement supérieur? Ces mêmes filières d’enseignement supérieur qui s’interrogent sur leur recrutement : comment ces bacheliers d’un nouveau type vont-ils choisir leur orientation en fonction du choix de leurs spécialités ?

Le choc des spécialités. En plus de leur tronc commun les élèves de première et terminale sont appelés à choisir un enseignement optionnel de trois heures et trois spécialités de quatre heures chacune (réduites à deux de six heures chacune en terminale) parmi les douze proposées. En terminale les choix s’affinent et les élèves abandonnent une des deux spécialités choisies en première. Mais on peut également changer d’avis et donc d’orientation entre les deux classes sur avis du conseil de classe. «Cela permet de passer de 4 heures à 6 heures par semaine pour les deux spécialités conservées. Ensuite, cela permet aux élèves de faire un choix progressif en fonction de leur projet pour l’enseignement supérieur. L’élève abandonne une spécialité en fonction de son projet et, dans le cas des mathématiques, peut arrêter tout en prenant une option mathématiques», explique Pierre Mathiot, auteur du rapport qui a conduit à ce nouveau bac et co-président de son comité de suivi.

Les spécialités les plus demandées. En 2019 ce sont 68,6% des élèves de seconde qui ont demandé à suivre la spécialité «mathématiques» de première. Les deux autres spécialités les plus demandées sont également très classiques puisqu’il s’agit de la physique-chimie (46,7 %) et des sciences de la vie et de la Terre (42,9%). En tout un peu plus d’une moitié des futurs élèves de première générale choisiraient donc les trois principales spécialités scientifiques. Ce qui correspond peu ou prou au même pourcentage que ceux qui optaient jusqu’ici pour un bac S. « 51% des élèves font des vœux qui, en gros, rappellent les précédentes séries du bac. Cela veut dire tout de même que près de 49 % demandant des “triplettes” qui ne correspondent pas aux ex-séries ce que je trouve être déjà une excellente nouvelle », se félicite Pierre Mathiot.

De nouvelles spécialités plébiscitées. On note aussi que 18,5% demandent l’une des nouvelles spécialités pluridisciplinaire « humanités-littérature-philosophie », qui permet un accès à la philosophie dès la classe de première, et 33,4% «histoire-géographie-géopolitique et sciences politiques». Dans l’absolu on peut également avoir le sentiment que la part de la philosophie est bien moins forte que dans l’ancien bac L. Mais si vous ajoutez l’épreuve terminale commune à tous (coefficient 8) et celle de spécialité «humanités-littérature-philosophie», qui en est largement composée, vous arrivez à un coefficient total de 24 sur les 60 qu’apportent les épreuves terminales. Bien plus que le coefficient de 7 sur un total de 25 qui est affecté à la philosophie au sein de l’actuel bac L.

Il y a également plus d’élèves de première qui suivent un enseignement de « sciences économiques et sociales » qu’aujourd’hui. Dans les deux cas cela signifie que beaucoup plus d’élèves qu’aujourd’hui les suivraient : il n’y a aujourd’hui qu’un peu plus de 100 000 élèves en série ES quand la spécialité est demandée par 151 000 élèves. Même chose pour les 69 900 qui demandent la spécialité « humanités-littérature-philosophie » pour 51 000 élèves aujourd’hui en L.

Selon la note du ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse « Choix de trois spécialités en première générale à la rentrée 2019 : 15 combinaisons pour 80 % des élèves » parmi les combinaisons possibles, 28 % des élèves de première générale ont choisi la combinaison « mathématiques, physique-chimie, SVT », 8 % « histoire-géographie, mathématiques, SES » et 7 % « histoire-géographie, langues-littérature, SES ».

Au total, les choix ont été assez ouverts puisqu’il faut 15 combinaisons d’enseignements pour retrouver 80 % des élèves (17 chez les filles et 13 chez les garçons). Le nombre de combinaisons varie de 91 en Corse à 243 à Versailles. En tout 426 combinaisons ont été choisies par au moins un élève au niveau national.

Les choix des filles et des garçons restent très différents :

  • 85 % des élèves ayant choisi « humanités, littérature et philosophie, langues, SES » et 79 % de ceux qui suivent « histoire-géographie, humanités, langues » sont des filles ;
  • inversement, les triplettes qui contiennent à la fois les deux spécialités mathématiques et physique-chimie, à part celle avec SVT en troisième choix, ont été plébiscitées par les garçons ;
  • les triplettes « mathématiques, PC, SI » et « maths PC, NSI » ne reçoivent que 15 % et 13 % de filles qui sont surreprésentées dans les triplettes avec la SVT ;
  • les filles ont plus élargi leurs choix que les garçons : il faut 17 triplettes pour retrouver environ 8 filles sur 10 alors qu’il suffit de 13 triplettes pour retrouver la même proportion de garçons.

L’origine sociale est également marquante :
• si un peu moins de 69 % des élèves de 1re générale ont choisi la spécialité mathématiques, c’est le cas de 76 % pour ceux d’origine sociale très favorisée pour 62 % des élèves d’origine sociale défavorisée ;

  • à l’inverse, les SES, l’histoire-géographie, les langues et les humanités sont plus choisies par les élèves d’origine sociale défavorisées qu’en moyenne.

Ce sont aujourd’hui toutes les informations dont nous disposons aucune autre note n’ayant été publiée par le ministère de l’Education nationale pour préciser les choix des élèves de terminale (spécialités et option). Les établissements d’enseignement supérieur doivent donc aujourd’hui préparer leurs futures promotions avec une dose d’incertitude quant aux choix finaux de leurs futurs étudiants…

 

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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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