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« Nous avons beaucoup travaillé sur la diversification, maintenant sur l’excellence ! » : Jean-Philippe Ammeux (IÉSEG)

Après un processus de « Vision » de 18 mois impliquant toutes les parties prenantes de son école, l’IÉSEG a livré son plan stratégique qui définit ce que sera l’IÉSEG en 2021. En substance en 2021, l’IÉSEG entend recevoir 6 000 étudiants (3 000 à Lille et 3 000 à Paris La Défense), 50 nouveaux professeurs et porter son budget annuel à 74 millions d’euros (contre 45 millions aujourd’hui). Les explications de son directeur, Jean-Philippe Ammeux.

Jean-Philippe Ammeux (photos ©B.Grossmann)
Jean-Philippe Ammeux (photos ©B.Grossmann)

Olivier Rollot : L’année commence plutôt bien pour l’IÉSEG : vous venez d’obtenir l’accréditation AMBA pour vos deux MBA et une excellente 17ème place dans le dernier classement des masters in management du Financial Times. Ces accréditations / classements sont très importants pour vous ?

Jean-Philippe Ammeux : En obtenant AMBA, nous sommes une des 70 business schools dans le monde triple accréditées (AACSB, Equis, AMBA). C’est une reconnaissance importante pour les étudiants même si Equis n’est pas encore très reconnue aux Etats-Unis et si les Chinois sont en train de créer leur propre système d’accréditation. Quant au classement du Financial Times, il nous satisfait bien sûr mais nous restons prudents quant à ces classements qui varient tant d’une année à l’autre.

O. R : Vous venez de présenter le plan stratégique de l’IÉSEG pour les cinq ans à venir. Alors que votre budget doit passer dans les cinq ans de 45 à 74 M€, la progression de votre nombre d’étudiants va ralentir un peu puisque vous passeriez d’une augmentation moyenne de 13% par an ces dernières années à 7%. Pourquoi ce ralentissement ?

J-P. A : Même si nous entendons passer de 4800 à 6000 étudiants ces cinq prochaines années, nous n’avons pas besoin de progresser fortement en volume. Nous avons déjà huit fois plus d’étudiants qu’en 2000 et notre budget a été multiplié par 16 dans le même temps. Il fallait monter en puissance pour être reconnu mais nous voulons avant tout renforcer notre niveau et l’employabilité de nos diplômés. Notre master of science in Fashion Management pourrait avoir 500 étudiants si nous le voulions mais comment pourrions-nous leur garantir des débouchés de qualité ?

Conformément à notre plan précèdent, nous sommes devenus une « full service business school » reconnue internationalement en passant d’un modèle mono programme sans accréditation à une école multi programmes (9 masters of science, deux MBA, un bachelor et bien sur le programme grande école) triplement accréditée. Nous accueillons également 20 étudiants en doctorat même si nous ne le délivrons pas. Nous réfléchissons d’ailleurs à la création d’un PhD.

O. R : De de plus en plus d’écoles proposent des bachelors, notamment à Paris. Entrent-ils en concurrence avec une école postbac comme l’IÉSEG ?

J-P. A : Nous ne sentons pas d’impact sur notre programme Grande École. Nous avons également lancé en 2015 un bachelor en International business, mais il est essentiellement destiné aux étudiants étrangers. Nous ne souhaitons pas aller sur le marché des bachelors français.

O. R : Qu’est ce qui amène plus particulièrement les bacheliers à choisir l’IÉSEG ?

J-P. A : C’est d’abord l’opinion positive de nos étudiants qui compte. L’enquête que mène chaque année l’Etudiant montre qu’ils sont très satisfaits de leur  « learning experience » chez nous. Les rencontres que nous faisons avec les étudiants et leurs parents nous montrent aussi qu’aujourd’hui c’est bien notre école qu’ils veulent intégrer. Ils ne veulent pas faire une prépa, même si c’est une voie d’excellence. Dans cette logique de satisfaction, il faut que les étudiants se sentent bien dans tous les domaines ; les cours, les stages, la vie associative et l’international. Cette expérience internationale concerne à la fois les stages et séjours académiques à l’étranger, mais se vit également sur nos campus où nous avons plus de 2 000 étudiants étrangers.  Pour aider nos étudiants et notre personnel académique (plus de 40 nationalités) et administratif à bien travailler et vivre ensemble, une formation à la diversité interculturelle a été mise en place pour tous.

O. R : Quel niveau faut-il pour intégrer l’IÉSEG ?

J-P. A : En moyenne nos étudiants français ont 15/20 au bac mais nous sommes également fiers de recruter des jeunes qui n’ont eu que 10/20. On pourrait ne recruter que des étudiants ayant affiché des très belles mentions au bac mais qu’est-ce que cela signifie de ne recruter que des tops des tops pour une école ? Plutôt que de surévaluer le performance passé des élèves dans le cadre très scolaire du lycée, nous attachons de l’importance à leur potentiel.  Nous sommes certains que chacun des étudiants que nous accueillons peut se réaliser à l’IÉSEG en développant des compétences comme le travail en équipe, la créativité, l’ouverture d’esprit, la capacité d’adaptation….si importantes aux yeux des employeurs.

O. R : Vous investissez largement dans vos infrastructures avec notamment la construction en cours d’un nouveau bâtiment de 8 000 m² en plein cœur de La Défense. Pourquoi investir dans l’immobilier quand beaucoup d’écoles se contentent d’être locataires ?

J-P. A : Une fois finalisé à la rentrée 2017, notre campus de la Défense aura en effet quasiment doublé sa capacité d’accueil et s’étendra sur 14 000 m². Mais ce n’est pas tout car nous allons également augmenter la taille de nos locaux à Lille. A Paris, nous sommes déjà propriétaires de nos locaux de la Grande Arche mais nous en louons d‘autres qui nous coûtent  3  millions d’euros par an et que nous abandonnerons l’été prochain. Nous préférons investir dans des locaux dont nous serons propriétaires, cela contribue à consolider notre école à long-terme. A Lille, le bâtiment que nous construisons sera un « village IÉSEG », où se développera une vraie communauté pour faciliter le travail en commun.

O. R : Vous n’allez pas vous implanter ailleurs ?

J-P. A : Non nous restons en France car nous sommes convaincus que la France reste un pays attractif et d’ailleurs notre recrutement international reste toujours bon. Il nous semble risqué de disperser nos ressources académiques sur de nombreux campus. Nous consoliderons nos deux sites de Lille et Paris tout en conservant sensiblement le même nombre de programmes qu’aujourd’hui.

O. R : Pour les grandes business schools l’un des défis principaux est d’attirer des enseignants de haut niveau. On imagine que c’est particulièrement important pour vous qui avez fait de la recherche l’un de vos axes forts.

J-P. A : Le cœur du réacteur d’une business school,  c’est son corps professoral permanent. Quand nous envisageons de créer un Phd c’est aussi parce que c’est un moyen d’attirer des professeurs de haut niveau. Nous comptons aujourd’hui 117 professeurs permanents de 41 nationalités différentes ce qui nous positionne à la première place parmi les grandes écoles en France pour le pourcentage de professeurs permanents étrangers (selon le dernier classement du Financial Times publié en septembre). Cette dimension internationale nous l’avons chosie dès 2000 quand nous avons décidé que nos professeurs devaient enseigner en anglais.

Cette année, nous allons recevoir 24 nouveaux professeurs permanents soit une augmentation de nos effectifs de 17 puisque 7 nous quittent. Chaque année nous comptons encore en recevoir dix supplémentaires et pour cela il nous faut examiner 650 à 700 candidatures et en recevoir 80 pour les interviewer sur nos campus. Pour convaincre les meilleurs,  le plus important n’est pas l’argent mais le projet et la perspective de travailler avec les meilleurs dans une business school accréditée, sans négliger l’implication dans l’enseignement. Chez nous ce n’est pas « publish or perish », on ne sépare pas les deux dimensions : enseignement et recherche. Nous sommes en train de mettre en place un « certificat de qualification pédagogique » pour définir les normes que nous avons mises en place, notamment en faisant appel au « blended learning ». Bien sûr les professeurs sont autonomes mais cela fait partie de notre « assurance qualité ».

O. R : Revenons-en à votre nouveau plan stratégique. Comment l’avez-vous conçu ? Et où voulez-vous aller ?

J-P. A : Le nouveau plan, qui s’appuie notamment sur les résultats d’un processus de Vision impliquant l’ensemble de la communauté IÉSEG, a pour ambition de faire figurer l’IÉSEG parmi les meilleures écoles de commerce à l’international. Nous avons mené cette démarche de Vision  avec une experte, Meryem Le Saget, et toutes nos équipes. Il s’agissait de définir qui nous étions et qu’est-ce que nous voulions devenir en 2025. C’est un travail qui permet à tous de s’impliquer, professeurs, personnels administratifs, anciens et étudiants qui ont participé ensemble à des « learning expeditions » pour découvrir les tendances du futur en ‘business education’ et en matière de modèles de management   (en Europe, aux Etats-Unis, en Asie et en Afrique). Le design final de la vision a été élaboré dans le cadre d’un travail en commun de 300 personnes que nous avons réunies toutes ensembles, avec l’appui d’une équipe américaine spécialisée dans le travail collaboratif, lors d‘un séminaire qui a duré deux jours.

L’expression de cette vision est la suivante : en 2025 l’IÉSEG sera un hub unique et international qui formera et fera grandir les acteurs du changement pour une société meilleure. Cette vision se décline en objectifs ambitieux en termes de recherche, de formation continue, d’internationalisation, et de partenariats avec les entreprises. Il s’agit également de former les acteurs du changement qui sont capables de comprendre l’environnement complexe et mouvant au niveau national et international ; de décider d’une stratégie pertinente avec ses différentes politiques (marketing, finance, RH..) ; et de mettre en œuvre ses politiques et de susciter l’engagement des équipes pour cette mise en œuvre.

Le plan stratégique pour 2016-2021 est conçu pour implémenter cette Vision. Il va nous permettre de consolider les évolutions de ces dernières années et de renforcer le positionnement unique de l’École.

O. R : Plus précisément, comment allez-vous vous différencier des autres business schools ?

J-P. A : D’abord par l’expérience étudiante extraordinaire que nous faisons vivre à nos élèves en investissant notamment dans la pédagogie. La RSE, la responsabilité sociale de l’entreprise doit, dans ce cadre, imprégner 80% de nos programmes. En accentuant l’effort d’investissement dans la recherche de haut niveau, par exemple en recrutant des professeurs venant des meilleures institutions mondiales. Notre objectif est la publication annuelle de 100 articles dans les meilleures revues scientifiques contre 60 actuellement. Et nous allons également créer 3 nouveaux centres d’expertises.

La mise en œuvre d’un nouveau règlement pédagogique du programme grande école, validé par notre ministère,  va augmenter la durée des stages de 40% et augmenter la durée des séjours à l’étranger. Nous aurons 300 universités partenaires de haut niveau en 2021. Enfin la dimension multiculturelle va être encore renforcée grâce à un environnement de cours qui mêle 100 nationalités. Un « passeport multiculturel » validera cette dimension et son obtention sera obligatoire pour être diplômé au même titre qu’un excellent niveau en langues. Ces dernières années nous avons beaucoup travaillé sur la diversification de nos programmes, maintenant nous allons travailler sur l’excellence !

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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