UNIVERSITES

Comment la Toulouse School of Economics s’apprête à devenir un grand établissement

Après de très longs travaux – dus à de multiples malfaçons -, TSE a enfin ouvert en 2020 son nouveau campus.

C’est un coup de tonnerre à l’écho particulier dans un paysage universitaire toulousain qui les cultive pourtant. Après sa tentative avortée de monter son propre dossier de PIA4 (avec Toulouse 3 et l’Isae SupAero), la Toulouse School of Economics vient d’obtenir l’autorisation du MESRI de devenir un grand établissement. Un statut qui donnerait donc la totale autonomie à l’école que préside le récipiendaire du Prix de la Banque de Suède en sciences économiques, le Prix Nobel d’économie, Jean Tirole. Dans un communiqué TSE explique que si la « communauté TSE dispose encore d’un fort potentiel de développement en recherche et en enseignement supérieur », ce développement ne « sera cependant rendu possible que par sa transformation en grand établissement ».

Toulouse 1 sous le choc. Selon France 3 Occitanie, le président de l’université Toulouse 1, Hugues Kenfack, après s’être ému de la décision dans un courrier auprès de ses personnels, préfère maintenant faire contre mauvaise fortune bon cœur. Il affirme ainsi « ne pas penser que la création d’un Grand Établissement ait un impact négatif sur TIRIS (le projet de PIA4), au contraire. C’est un argument supplémentaire pour remporter l’appel à projet ».

Selon Le Monde le ton est légèrement différent du côté de Patrick Lévy, ancien président de l’université Grenoble-Alpes en charge de l’évolution de l’université fédérale Toulouse Midi-Pyrénées. «  La décision du ministère parait délirante. Comment l’Etat peut faire cela ? », s’interroge-t-il tout en concédant : « Ce sera peut-être un mal pour un bien. Un abcès devait être percé et cela va clarifier les choses, même si c’est le fait du prince ». Un abcès qui pourrait en cacher un autre. Dans un entretien à l’AEF, le directeur de TSE, Christian Gollier, explique en effet que le département de mathématiques de l’université Toulouse 1, historiquement très proche de TSE, a voté à une très large majorité pour un rattachement à TSE…

Des relations compliquées. Il n’en reste pas moins vrai que les relations entre TSE et son université de tutelle se sont considérablement détériorées depuis deux ans, d’abord avec l’élection à sa présidence de Hugues Kenfack contre Corinne Mascala, puis avec le projet de nouvelle Comue expérimentale. Comme l’expliquait début février Joël Echevarria, le directeur général des services de la Toulouse School of Economics dans La Dépêche « ce que l’on craint à TSE, c’est que tout cela se traduise, au final, par une structure qui absorbe l’autonomie de toutes les composantes de ce nouveau pôle universitaire ».

Un statut pas si simple à obtenir. Aucune date n’est encore affichée pour la. création du nouvel grand établissement. Mais comment TSE va-t-elle pouvoir se structurer pour accéder à un statut qui, depuis la loi Fioraso de 2013, le limite à « des établissements dont l’offre de formation ne comporte pas la délivrance de diplômes pour les trois cycles de l’enseignement supérieur » (article L717-1) ? Depuis la promulgation de la loi, aucun établissement n’a eu accès au statut. Or TSE délivre justement des licences, masters et doctorat. Mais, subtilité de la loi, le statut de grand établissement peut également être accordé à « des établissements de fondation ancienne et présentant des spécificités liées à leur histoire ». TSE en fait-elle partie ? Que va en dire le Conseil d’Etat ?

Le projet de TSE. Dans son communiqué l’école explique que son nouveau statut va « permettre de faire émerger à Toulouse un centre de recherche et d’enseignement de niveau mondial en sciences humaines et sociales quantitatives, mêlant économistes, sociologues, politistes, historiens, biologistes, etc., ce que les périmètres disciplinaires des universités classiques ne permettent pas ». Christian Gollier l’affirme : TSE « soutiendra le projet interdisciplinaire TIRIS (PIA4), établira des liens forts avec son Alma Mater UT1, et jouera un rôle constructif d’aiguillon de l’excellence académique à Toulouse ».

Quant à son financement le futur grand établissement compte s’appuyer sur la fondation Jean-Jacques Laffont, fondateur de TSE, à laquelle elle est rattachée, et son capital de 100 millions d’euros. Son budget annuel est de 15 millions d’euros. Elle prendrait ainsi un statut proche de celui de Sciences Po. L’objectif est clair pour un projet dont le nom de code était « LSE sur Garonne » : reproduire le modèle de la London School of Economics (LSE), dont il ne faut pas oublier qu’elle est également « and Political Science » ce que la nouvelle entité aura du mal à approcher. Sans parler de son budget annuel qui était de près de 470 millions d’euros en 2020.

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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