ECOLE D’INGÉNIEURS, ECOLES DE MANAGEMENT

Centrale Paris et Supélec ne vont bientôt faire qu’une: petit état des lieux d’un monde en fusion

A la fin août, Hervé Biausser, directeur général de l’École centrale de Paris, devrait cumuler ses fonctions avec celles de direction générale de Supélec dans le cadre de la fusion en cours entre les deux écoles. A cette date, Alain Bravo, l’actuel directeur général de Supélec, quittera en effet ses fonctions pour devenir délégué général de l’Académie des Technologies et les instances de gouvernance de Supélec ont proposé à Hervé Biausser de lui succéder. On imagine que la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche suivra son avis.

Proposé également par son conseil d’administration pour un troisième mandat à la tête de l’Ecole Centrale Paris, Hervé Biausser ménera ainsi la stratégie de rapprochement des deux écoles sous la marque CentraleSupélec. Vers 2016-2017, dans le cadre du prochain projet quinquennal signé avec le ministère de l’Enseignement supérieur, les deux écoles se retrouveront en effet à Gif-sur-Yvette, sur le plateau de Saclay, sur des campus proches. « Nous organisons déjà un forum en commun, des majeures communes, 25% de notre formation continue et un institut de recherche. Un cursus commun calé sur les enjeux du 21ème siècle se profile donc à l’horizon », explique Alain Bravo, l’actuel directeur général de Supélec.

Universités et grandes écoles à l’heure des fusions

Le projet Kedge, réunion d’Euromed et Bordeaux École de management, avance, France Business School est maintenant lancée et il y longtemps que Skema ou l’EM Normandie ont finalisé leur fusion. Dans les universités Aix-Marseille a rejoint Strasbourg dans le modèle fusionnel. Chez les écoles d’ingénieurs l’institut Mines-Télécom a vu le jour en 2012 jour en 2012 et trois écoles lilloises, HEI, l’Isa et l’Isen Lille, ont créé un groupe commun. Et aujourd’hui tous s’interrogent sur ce que vont maintenant être les «communautés d’universités et établissements» prévues par la loi à venir sur l’enseignement supérieur et la recherche.

«Notre fusion est tout sauf une course à la taille mais une réponse à la dimension mondialisation nécessaire à notre développement», explique Bernard Belletante, le directeur général de Kedge. «Notre alliance nous permet d’être très visibles à l’international. Ils vont pouvoir bénéficier de l’ensemble des formations d’écoles complémentaires avec leurs spécialités» assure de son côté Pascale Ribon, directrice de l’Estaca qui a rejoint le groupe Isae. Et Bernard Belletante d’insister: «Ce que nous voulons créer c’est une nouvelle forme d’école, pas seulement l’addition de BEM et Euromed» tout en rappelant qu’une équipe «travaille toujours sur l’éventualité d’une union à trois avec l’ESC Pau».

Des fusions qui se font sur des modèles relativement décentralisés propres à convaincre ceux qui craignent plus que tout de se sentir dépossédés de leur identité. «Nos principes fondateurs sont clairs et s’apparentent à ceux des groupements de magasins indépendants de type Leclerc: nos écoles resteront autonomes sur leur campus tout en travaillant dans le cadre d’un projet commun», confie ainsi Patrick Molle, le directeur de France Business School, qui regroupe les ex ESC d’Amiens, Brest, Poitiers-Tours et Clermont-Ferrand. Même volonté de maintenir les structures existantes du côté d’HEI-ISA-ISEN. «Nous nous regroupons sous la forme d’une association unique tout en conservant les trois structures et les trois marques», explique Jean-Marc Idoux, le directeur du nouveau groupe.

Fusionner moi, non merci

Forcément très nombreux, ceux qui s’opposent aux fusions veulent avant tout garder leur indépendance. «Nous nous portons bien financièrement et n’avons pas besoin de fusionner alors que nous bénéficions d’une belle autonomie avec notre chambre de commerce et d’industrie. Big n’est pas pas toujours beautiful et les deux tiers des fusions détruisent de la valeur», assure ainsi Daniel Peyron, directeur général du groupe Sup de Co La Rochelle. Même opinion dans beaucoup d’universités, comme par exemple Toulouse 1 Capitole: « Je ne crois pas à l’efficacité de « super tankers » de l’enseignement supérieur qui tuent l’initiative locale. Le bon système c’est le réseau et il ne faut pas tuer de bonnes marques comme la nôtre», remarque ainsi Bruno Sire, son président.

Les fusions coûtent aussi cher – 4 millions d’euros pour Kedge ou Skema – sans pour autant générer beaucoup d’économies d’échelles. Quand elles ne génèrent pas d’importants frais de déplacements. «Nous ne croyons pas à des fusions entre des écoles, parfois éloignées de 600 km, qui font le même métier et s’amènent finalement peu les unes aux autres. La fusion entre identiques ne nous intéresse pas», assène ainsi Frank Vidal, le directeur général d’Audencia Group, qui a préféré travailler sur les relations entre management et ingénierie en se rapprochant de sa voisine Centrale Nantes: «Nous tissons maintenant des axes de coopération étroits qui doivent prendre la forme d’un rattachement d’Audencia à Centrale. Quand nous nous présentons à l’international nous nous présentons d’ailleurs déjà comme une seule institution formant à l’ingénierie et au management».

La question de la gouvernance

La réticence majeure des acteurs de l’enseignement supérieur devant les fusions tient souvent à leur difficulté de gestion. Les différents mouvements sociaux que connaissent universités et grandes écoles sont généralement justifiés par la crainte de perdre son statut ou de se voir dilués. «Nous nous méfions de grands ensembles ingouvernables», explique ainsi Christian Lerminiaux, président de la Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs (Cdefi), en commentant la loi à venir sur l’enseignement supérieur et la recherche et en demandant qu’on développe des «modèles de gouvernance qui n’existent pas aujourd’hui en créant des ensembles très forts stratégiquement et sachant déléguer comme par exemple Oxford ou Cambridge».

Même point de vue du côté de Jean Chambaz président de l’université Pierre-et-Marie Curie: «Si la loi permet d’adopter un modèle de regroupement fédéral nous serons satisfaits. Je demande à ce que les regroupements se fassent à l’initiative des établissements sur la base d’un projet partagé». A n’en pas douter les rapprochements, fusions, communautés seront au centre des débats des années à venir…

Olivier Rollot (@O_Rollot)

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Olivier Rollot est directeur du pôle Information & Data de HEADway Advisory depuis 2012. Il est rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire), de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel) et de "Espace Prépas". Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant, Olivier Rollot est également l'un des experts français de la Génération Y à laquelle il a consacré un livre : "La Génération Y" (PUF, 2012).

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