POLITIQUE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

La rentrée sur les campus en janvier. Vraiment ?

Il « touche du bois ». Emmanuel Macron a assuré le 4 décembre lors de son entretien à Brut que le gouvernement allait « tout faire pour pouvoir commencer un peu plus tôt, en janvier à rouvrir au moins partiellement les universités françaises ». Il s’agirait de reprendre davantage de TD et de cours en demi-amphi dans l’esprit du modèle qui avait prévalu en septembre dernier, alors que jusqu’ici c’était le début du mois de février qui était envisagé. Mais cette rentrée aura-telle vraiment lieu alors même que la perspective d’un déconfinement le 15 décembre est elle-même remise en cause la pandémie ne donnant pas les signes de repli espérés ?

Les conditions d’une reprise progressive des enseignements en présentiel. Le Premier ministre a réuni le 4 décembre, en présence de la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, la CPU, la CGE, la CDEFI, l’UDICE, l’AUREF et le CNOUS afin de faire un point d’étape sur la situation sanitaire et ses conséquences pour l’enseignement supérieur. Lors de cette rencontre, le Premier ministre a confié à Frédérique Vidal la mission d’engager les concertations pour une reprise progressive des enseignements en présentiel à partir du quatre janvier 2021, « si la situation sanitaire le permet ».

Dans ce cadre la ministre de l’Enseignement supérieur a sollicité l’ensemble des acteurs de la communauté universitaire afin d’organiser collectivement les modalités de cette reprise. À l’issue, les chefs d’établissements mettront en œuvre les orientations arrêtées dans le cadre de la concertation par le ministère afin de permettre une reprise graduée en lien avec les représentants des personnels et des étudiants. En responsabilité, « ils s’attacheront à garantir des conditions sanitaires satisfaisantes et les modalités d’action anticipant toute évolution défavorable de la situation épidémique ».

Cette reprise devrait être partielle. « Ce sont d’abord les publics prioritaires, les étudiants les plus fragiles en risque de décrochage massif, les néo-bacheliers, les étudiants étrangers et les étudiants en situation de handicap qui devraient faire leur retour les campus », précisait ainsi Gilles Roussel, le président de la CPU, à la sortie de la réunion à Matignon. « Nous avons besoin d’une réponse rapide alors que nos étudiants s’apprêtent à partir en vacances de Noël et veulent savoir dans quelles conditions revenir », commente Thomas Froehlicher, le directeur général de Rennes SB.

La sonnette d’alarme. Depuis plusieurs semaines de nombreux présidents d’université tiraient la sonnette d’alarme : les étudiants souffrent d’être exclus de la vie universitaire. « Tous les indicateurs au niveau national et international sont au rouge pour la santé mentale. Je crois qu’à terme, ça tuera plus que le virus », s’inquiétait ainsi le président de l’université de Strasbourg Michel Deneken, dans une entretien à France Info. Avec neuf autres présidents d’universités de recherche du réseau Udice il avait d’ailleurs rédigé une tribune pour réclamer un déconfinement plus rapide dans leurs établissements.

Une position que soutient Mathias Bernard, le président de l’université Clermont Auvergne, dans Le Montagne : « On ne comprend pas cette décision de faire rentrer les étudiants quinze jours après le retour à 100 % des lycéens, après la réouverture des lieux de culte et des lieux de spectacle… » Et d’insister : « Je maintiens qu’ils sont plus en sécurité à l’intérieur de l’université qu’à l’extérieur ». Oui mais le problème c’est justement que les étudiants ne se voient pas qu’à l’intérieur de l’université… « Sur nos campus, le respect des consignes sanitaires est total… et ce, d’autant plus que nous y recevons beaucoup d’étudiants internationaux pour lesquels c’est une évidence. Cela dit, il est certain que les règles sont plus difficiles à faire respecter en dehors des campus. Des étudiants contaminés, il y en a forcément. Mais nous nous devons de constater que la majorité d’entre eux est très responsable », commente Patrice Houdayer, vice dean de Skema dans L’Essentiel Prépas.

Depuis le Premier ministre a annoncé le renforcement des ressources dans les services de santé universitaires par le recrutement de 80 psychologues et dans les services sociaux par le recrutement de 60 assistantes sociales pour les six prochains mois. Mais il n’y a pas que la santé psychologique des étudiants qui soit en danger. Privés des petits boulots qui complétaient leurs revenus, de plus en plus sont touchés par la précarité constate FranceInfo dans un reportage. A Orléans, une nouvelle distribution d’aide alimentaire en faveur des étudiants a par exemple eu lieu ce vendredi 4 décembre raconte France Bleu Orléans. Pour faire face à la demande accrue, elle pourrait devenir hebdomadaire à partir du mois de janvier. Et à Paris, la Cité internationale universitaire lance un appel à l’aide pour ses étudiants précaires (Le Parisien).

Comment organiser les partiels ? « Chaque fois que c’est possible, il faut essayer de maintenir les examens traditionnels », estime la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal dans Les Echos. Les cours oui, les partiels non. Beaucoup d’établissements tiennent bon sur l’organisation des examens en présentiel. « La logique est d’essayer d’organiser des examens en présentiel coûte que coûte avant Noël », assure ainsi Laurent Champaney, vice-président de la Conférence des Grandes écoles (CGE). Didier Dumur, le directeur des programmes de CentraleSupélec, explique ainsi au Figaro Etudiant que « tout se fera en présentiel, en respectant le protocole sanitaire. Ils seront répartis dans deux fois plus de salles que d’habitude. Cela nous a demandé de doubler le nombre de surveillants et d’organiser des files d’attente devant les salles pour éviter qu’ils soient trop agglutinés ». De même les examens partiels de la PACES de l’université de Bourgogne se sont tenus en présentiel avec plusieurs centaines de personnes rassemblées (lire sur France 3 Bourgogne).

A contrario l’université Bordeaux-Montaigne organise ses évaluations de fin de premier semestre en distanciel « parce que c’est le seul mode dont nous sommes certains qu’il pourra être mis en œuvre. Nous n’avons pas les moyens d’organiser une session d’examens en présence et une autre session de secours à distance », assure Marie Mellac, vice-présidente de la commission de la formation et de la vie universitaire (CFVU) dans Le Monde. A l’université Clermont-Auvergne au minimum, les deux tiers des partiels se dérouleront à distance, de début décembre à fin janvier. « Au printemps, tous les examens avaient été organisés à distance et les étudiants avaient exprimé beaucoup d’appréhension avec un stress supplémentaire lié aux problèmes de qualité de la connexion informatique et l’environnement de travail », rappelle Mathias Bernard. Et qui dit examen à distance signifie examen différent. « Les étudiants qui passeront les examens à distances auront des sujets qui mobiliseront davantage leur réflexion personnelle que leur capacité à restituer le cours », précise la vice-présidente de l’Université de Lorraine au Républicain Lorrain.

 

Un doyen parle à ses étudiants. Comment ne pas se faire l’écho de ce Simple message amical adressé à ses étudiants par Fabrice Gartner, doyen de la faculté de Droit, de Sciences économiques et de Gestion de l’université de Nancy, qui a eu un fort retentissement. Lisez donc : « La Faculté est froide, déserte. Pas de mouvement, pas de bruit, pas vos voix, pas vos rires, pas l’animation aux pauses. Il n’y a même plus un rayon de soleil dans la cour.

Nous continuons à enseigner devant des écrans, avec des petites mains qui se lèvent sur teams et une parole à distance. Quelque fois nous vous voyons dans une petite vignette, un par un.

Quelle tristesse qu’une heure de cours devant un amphithéâtre vide, dont on ne sent plus les réactions, à parler devant une caméra qui finit par vous donner le sentiment d’être, vous aussi, une machine.

Quel manque d’âme dans ce monde internet, ce merveilleux monde du numérique dont même les plus fervents défenseurs perçoivent aujourd’hui qu’il ne remplacera jamais la chaleur d’une salle remplie de votre vie. » Un peu de poésie dans un monde dont on ne sait pas encore quand il va se déconfiner…

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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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