ECOLES DE MANAGEMENT

« L’équipe est extrêmement motivée pour faire progresser l’école »: entretien avec Herbert Castéran, directeur général de l’EM Strasbourg

Il va postuler à un deuxième mandat en mai prochain. Le directeur général de l’EM Strasbourg, Herbert Castéran, revient avec nous sur son premier mandat et trace des perspectives pour ce second mandat auquel il aspire (Photo : Alexis Delon).

Olivier Rollot : Il y a bientôt cinq ans que vous avez pris la direction de l’EM Strasbourg et une nouvelle élection aura lieu en mai 2021. Quel bilan pouvez-vous tirer de votre action ces cinq dernières années ?

Herbert Castéran : Un bilan très positif avec une équipe extrêmement motivée pour faire progresser l’école. J’avais placé mon projet sur deux axes : le premier était de rassembler en interne autour de projets fédérateurs, le second de développer les liens avec l’université de Strasbourg tout en conservant nos marges de manœuvre. Aujourd’hui nous sommes de plus en plus proches de l’université et nos équipes sont unies dans un projet. Les perspectives sont assez enthousiasmantes.

O. R : Concrètement qu’est-ce qu’apporte à l’EM Strasbourg son appartenance à l’université de Strasbourg, une situation unique au sein des écoles de management françaises ?

H. C : Notre gouvernance est double en tant que composante de l’université tout en étant administré par un conseil d’administration dans lequel l’université n’est pas présente.

Au niveau international être composante de l’université nous apporte une très forte crédibilité. Quand nous travaillons à des accords d’échange avec d’autres business schools dans le monde nous sommes très bien identifiés comme une composante de l’université de Strasbourg. Ainsi nos étudiants n’ont à payer aucun supplément de frais quelle que soit l’université où ils partent étudier, même aux États-Unis.

Faire partie d’une grande université c’est également hybrider les compétences avec les écoles d’architecture ou d’ingénieurs de l’université mais aussi Sciences Po Strasbourg et les autres composantes de l’université. Nous avons même organisé avec l’Ena un hackathon.

Enfin nous bénéficions d’une grande stabilité managériale dans un monde des business schools très concurrentiel. Il n’y a pas de risque que notre business model soit remis en question.

O. R : L’université de Strasbourg fait partie de plusieurs regroupements d’université en Europe, cinq de votre région avec Eucor et encore plus largement avec Epicur. Cela rejaillit-il sur l’EM Strasbourg ?

H. C : Nous sommes même très actifs au sein de ces regroupements avec la création d’un Institut franco-européen de management et la création en février-mars 2021 du premier cours de l’université au sein d’Epicur. Nous sommes pleinement alignés avec la stratégie européenne de l’université tout en prenant certaines initiatives dans ce cadre. Nous nous concevons comme une sorte de poisson-pilote au sein de l’université.

O. R : Quelles relations entretient l’EM Strasbourg avec la faculté d’économie et gestion de l’université de Strasbourg ?

H. C : Nous partageons les mêmes bâtiments et sommes en contact au quotidien. Nous avons su répartir au mieux notre portefeuille de master et proposons un double diplôme de bachelor et licence. Nous avons su nouer une complicité relativement inédite entre des gestionnaires et des économistes qui ont parfois du mal à communiquer à un niveau national.

O. R : Avec vos alumni vous avez noué un véritable partenariat.

H. C : Nous déléguons toute notre politique alumni à l’association des Alumni avec laquelle nous avons de ce fait même une collaboration très étroite. A l’international ils développent leur réseau avec le plein appui de l’Ecole et en France ils nous soutiennent dans la recherche comme dans les relations entreprise. C’est un attelage assez original entre une association et son école.

O. R : Question d’actualité : comment l’EM Strasbourg gère-t-elle un confinement qui semble parti pour durer encore tout le mois de janvier ?

H. C : C’est une situation très contrastée. D’un point de vue technique et organisationnel, les équipes et les matériels sont pleinement en place depuis cet été. D’un point de vue état d’esprit, s’adapter à ce nouveau confinement a été plus dur que pour la première édition. Même si nous y étions mieux préparés, cela a été très difficile pour nos étudiants de rester chez eux. Pour les nouveaux étudiants c’est particulièrement compliqué. Nous avons ainsi mis en place une cellule de suivi qui soutient les étudiants en difficulté dès que nous constatons une absence.

Heureusement l’implication des équipes est très forte. Aujourd’hui nous sommes capables de basculer en 24 heures du présentiel au distanciel. Nos enseignants se sont d’ailleurs tellement bien emparés du sujet qu’ils publient des ouvrages comme « Utiliser Zoom en cours ». Ce qui nous a été imposé hier peur devenir un atout pour les étudiants demain.

O. R : Il faut vite rouvrir les campus ?

H. C : Nous avons fait réaliser une étude auprès de nos étudiants sur leur vision du distanciel. Il en ressort que leur besoin de présentiel est le plus fort à l’entrée dans l’école. Alors oui il faut vite rouvrir les campus. On se trompe de cible en les fermant. L’enseignement supérieur n’est pas un lieu de contamination.

O. R : Avez-vous reçu des demandes de remboursement de certains étudiants ?

H. C : Nous avons eu quelques demandes mais, globalement, le message de la Conférence des Grandes écoles (CGE) sur nos coûts a été bien compris. Quand on demande à nos étudiants sur quels postes nous pourrions bien faire des économies, ils comprennent pour la très grande majorité les enjeux. D’autant qu’à l’EM Strasbourg les frais de scolarité sont déjà plus bas que dans la moyenne des écoles.

Par ailleurs, cette année a également été marquée par un élan de solidarité sans précédent en faveur de nos étudiants en difficulté de la part de l’école et ses partenaires. Nous tenons plus que tout à cette tradition d’engagement et d’aide financière de l’EM Strasbourg envers ses étudiants. C’est pour cela également que nous avons tenu à maintenir ouverte la bibliothèque pendant le deuxième confinement. Nous tenions à proposer un lieu de travail accessible et pratique pour nos étudiants sur rendez-vous de 10h à 18h du lundi au samedi.  Là aussi, notre investissement a été conséquent.

O. R : Quelle solution technique utilisez-vous pour délivrer vos cours à distance ?

H. C : D’un point de vue logiciel, Zoom essentiellement dans le cadre d’une licence globale qui donne à tout intervenant ou étudiants un accès automatique. Nous avons également équipé nos amphis et salles de cours d’une solution matérielle permettant d’assurer des cours en comodal (une partie du groupe en présentiel, l’autre en distanciel simultané).

O. R : Dans ce contexte, la RSE (responsabilité sociétale des entreprises) et le développement durable restent-ils des axes prioritaires ?

H. C : C’est un engagement très ancien de l’EM Strasbourg. Nous avons en motre sein la plus ancienne chaire – en 2008 – dédiée à la RSE. Cela nous amène à prendre beaucoup d’initiatives avec la mise en place de solutions pédagogiques innovantes comme « C for CSR », une plateforme d’apprentissage créée en 2014 autour de la RSE, profondément remaniée ces dernières années, qui permet d’obtenir un certificat RSE. Un certificat obligatoire pour nos étudiants en PGE qui désormais s’exporte auprès d’Ecoles d’ingénieurs. Certaines entreprises nous ont même fait part de leur intérêt pour cette solution d’apprentissage et de certification. De même nous organisons toute une série d’événement comme « La Nuit des valeurs ».

O. R : La question de l’égalité des chances va être prégnante en 2021 après la publication du rapport Hirsch sur la « diversité sociale et territoriale dans l’enseignement supérieur ». Faut-il faire évoluer les concours ?

H. C : Les concours doivent accorder plus de place au travail sur la personnalité des étudiants. En revanche donner des points en plus aux boursiers serait une erreur à mes yeux. Il faut les accompagner en amont plutôt que de donner un concours au rabais. C’est un faux procès qu’on fait aux Grandes écoles. Même si des progrès peuvent être faits les classes préparatoires et les Grandes écoles jouent un rôle d’ascenseur social incomparable.

Nous travaillons beaucoup là-dessus, qu’il s’agisse d’accompagner les boursiers ou de les pousser à dépasser une possible autocensure. Résultat, l’EM Strasbourg a un taux de boursiers qui est même supérieur à celui de masters sans frais d’inscription.

O. R : Nous avons fait le bilan de votre action. Qu’imaginez-vous pour le futur de l’EM Strasbourg ?

H. C : Il faut à la fois accroitre la qualité de notre recrutement et notre ouverture. Il faut donc continuer à mettre l’accent sur la sélectivité en nous limitant à une taille d’école de 4000 étudiants. C’est une taille avec laquelle nous pouvons continuer à proposer un suivi individuel de chaque étudiant. De même il faut renforcer l’encadrement en recrutant des enseignants-chercheurs.

L’ouverture de l’école doit se faire à trois niveaux. Socialement en continuant à diversifier le profil de nos étudiants et de nos enseignants-chercheurs. Le Financial Times nous a d’ailleurs classé première école dans le monde pour la féminisation de notre corps professoral.

L’ouverture doit également être culturelle avec l’internationalisation notamment à domicile de nos étudiants que permet aujourd’hui la présence sur notre campus d’un tiers d’étudiants internationaux. Un taux qui doit encore progresser, notamment en recevant plus d’étudiants internationaux qui viennent obtenir un diplôme.

Enfin l’ouverture doit être disciplinaire avec plus en plus d’hybridation des compétences pour permettre à nos étudiants d’interagir avec d’autres métiers.

O. R : Vous allez être candidat à votre succession ?

H. C : Oui. C’est une décision réfléchie à la fois au niveau personnel, au niveau familial avec mon épouse et mes enfants. Je veux continuer à travailler sur les deux axes de mon action depuis cinq ans : rassemblement et développement. Le tout avec un projet nouveau que je présenterai au conseil d’administration.

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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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