ECOLE D’INGÉNIEURS, ECOLES DE MANAGEMENT

«L’ambition d’Albert School est d’être dans le top 5 des écoles d’ingénieurs et de management»

C’est une sorte d’école extra-terrestre dans le monde de l’enseignement supérieur français. Grégoire Genest a créé à la rentrée 2022 Albert School, une business school qui se présente comme « 100% data driven ». Une école de management pour les forts en maths ?

Olivier Rollot : Parlez-nous de votre école. Pourquoi l’avoir appelée Albert ?

Grégoire Genest : Avoir appelé notre école Albert School c’est bien marquer notre volonté d’être des trublions de l’éducation à l’image d’Albert Einstein. De plus c’est un prénom qui marque car il n’est pas commun. Nous avons également choisi de nous installer en plein cœur de Paris pour être proches des entreprises. Nous avons choisi un lieu emblématique – l’ancien showroom d’une manufacture de faïence – qui est plus professionnel qu’académique. Un lieu qui donne aussi son âme à notre école.

O. R : Qu’est-ce qui vous a poussé à créer une école alors que, depuis votre sortie de l’Ecole polytechnique, vous vous étiez plutôt lancé dans une vie professionnelle consacrée aux les techs ?

G. G : J’ai toujours été passionné par les mathématiques. C’est aussi pour cela que j’ai choisi d’être ingénieur en mathématiques appliquées de l’Ecole polytechnique. Ensuite j’ai travaillé dans le private equity où j’ai rencontré des diplômés d’écoles de management qui ne comprenaient pas mieux le business que des ingénieurs. Ils avaient certes des compétences en management et en finance mais uniquement académiques. Un exemple : ils ne voyaient pas les différences entre le bilan d’Arcelor Mittal et celui de Carrefour. Je me suis dit qu’il fallait créer une formation plus professionnalisante pour des profils très bons en maths qui veulent créer de la valeur.

J’en ai parlé à beaucoup d’entreprises pour comprendre leurs besoins. Ce qu’elles demandent c’est une école qui fasse disparaitre la dichotomie entre les écoles de management et les écoles d’ingénieurs. A un moment où toutes les entreprises deviennent des entreprises de technologies, une école dans laquelle on comprend à la fois les technologies et les enjeux de marchés. Dans une entreprise comme Carrefour la technologie est présente à tous les niveaux, dans tous les rayons. Chez Amazon, la première entreprise « data driven » il n’y a pas de département data. Elle est partout !

O. R : Ce que vous voulez c’est casser les codes de l’enseignement classique, en silos ?

G. G : Il faut pouvoir conjuguer excellence et professionnalisation dans la même formation, deux termes qui restent parfois encore antinomiques en France. Et enfin casser la côté pyramidal de l’enseignement supérieur d’excellence, qui repose sur des chercheurs omnipotents et des professeurs statutaires là où, partout ailleurs, un système hyper plat s’est imposé.

C’est avec ce projet que je suis allé voir des investisseurs – pas des fonds spécialisés dans l’enseignement supérieur – pour leur proposer de former les leaders de l’économie de demain maîtrisant les technologies. Et alors même que je n’avais pas d’expérience dans l’éducation, ils m’ont suivi. Aujourd’hui je me considère comme un grand frère proche de mes étudiants.

Les locaux d’Albert School dans le 10ème arrondissement de Paris

O.R : Comment définissez-vous le profil de vos étudiants dans ce contexte ?

G. G : Un étudiant en bachelor d’Albert est un jeune adulte. Pas un étudiant. Il a une mission, il sait où il veut aller. Certes nous avons des examens mais ce que nous voulons avant tout c’est responsabiliser nos étudiants.

J’ai adoré les années que j’ai passées à Louis-Le-Grand en classe préparatoire puis à l’Ecole polytechnique mais cela ne correspond pas à tout le monde. Il manquait une filière destinée à des élèves aux profils moins académiques, dont beaucoup préfèrent aujourd’hui partir suivre leur cursus à l’étranger. La société a changé mais pas les classes préparatoires scientifiques.

O. R : Combien avez-vous recruté d’étudiants cette année ?

G. G : Cette année nous avons 33 étudiants pour 7 000 candidatures et 70 admissibles. Leurs profils sont hybrides. 10 qui se sont réorientés après une première année, souvent parce qu’ils aiment les mathématiques mais pas la physique, deux qui ont commencé par la médecine, d’autres qui ont hésité à entrer dans des école de management. Ceux que nous avons recrutés après leur avaient presque tous opté pour les spécialités mathématiques et physique-chimie ou Sciences économiques et sociales (SES) en terminale mais ne voulaient pas choisir une voie ou une autre dans le supérieur. Dans l’avenir nous pourrons recevoir jusqu’à 120 étudiant par promotion.

O. R : Quelle formation dispensez-vous ? Quel diplôme allez-vous remettre à vos étudiants ? Qui sont vos professeurs ?

G. G : Nos étudiants suivent un programme varié mais qui repose d’abord sur les mathématiques (neuf heures par semaine) et les data (huit heures). Cette année ils ont commencé par suivre deux semaines d’intégration avec le BCG pour comprendre les enjeux des entreprises. Nous nous positionnons tout de suite très haut et les retours du BCG sont excellents. Ils ont beaucoup apprécié de rencontrer des étudiants qui ne sont pas dans le moule.

Nous proposons ensuite à nos étudiants d’aller très vite dans le monde de l’entreprise avec 18 « Business Deep Dive » ; de trois semaines chacune, pendant lesquels des entreprises sont au cœur de l’école. LVMH est ainsi pendant trois semaines au cœur de tous nos cours pour montrer comment le marketing et la finance se complètent. En première année nos étudiants vont ainsi à la rencontre de huit entreprises.

En troisième année ils suivront un stage obligatoire de six mois – un autre est optionnel en deuxième année – alors que les quatrième et cinquième années s’effectueront majoritairement en apprentissage.

Contrairement à une école comme #42 qui forme des développeurs un peu en marge nous nous situons au cœur du système pour former les cadres de l’économie de demain. L’important ce sont les débouchés que nous assurons à nos étudiants.

O. R : Quel diplôme allez-vous remettre à vos étudiants ? Qui sont vos professeurs ?

G. G : Nous remettrons à nos étudiants des titres validés par le RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles). Cette année nous avons ouvert notre première année. l’année prochaine nous ouvrirons directement l’entrée en master pour des étudiants qui sortent d’une école d’ingénieurs ou de management – en un an – mais aussi des titulaires d’une licence qui suivront deux ans de cours.

Nous venons également de nous lancer dans la formation continue. Toujours sur un contenu hybride et doubles compétences pour des professionnels qui veulent se former aux data et au marketing.

Nos professeurs sont des agrégés de mathématiques, des diplômés de l’Ecole polytechnique ou de Berkeley. Le fondateur de Daily Motion enseigne le Python chez nous et à Sciences Po. Ce sont des professionnels en poste.

O. R : Quelles ambitions avez-vous pour Albert dans les dix ans à venir ?

G. G : Notre ambition est d’être dans le top 5 des école d’ingénieurs et de management. De délivrer une éducation d’excellence dans un monde qui n’a quasiment pas changé depuis 1907. C’est tragique de ne pas apporter aujourd’hui la meilleure éducation possible.

Notre projet est à long terme. Il ne s’appuie pas sur des fonds d’investissement mais sur des investisseurs comme Bernard Arnault ou Xavier Niel. Notre projet arrive au bon moment alors que les classes préparatoires sont en perte de vitesse.

O. R : Albert c’est une business school ou une école d’ingénieurs ?

G. G : Nous sommes plus une business school en termes de débouchés et une école d’ingénieurs en termes de formation. Si aujourd’hui excellence et rentabilité ne vont pas de pair c’est que les coûts de recherche emportent tout dans les écoles de management. Nous pouvons faire mieux.

  • Chaque année de bachelor d’Albert School est délivrée au prix de 12 000€.

 

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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