ALTERNANCE / FORMATION CONTINUE

L’apprentissage est devenu vital pour l’enseignement supérieur!

Dans un univers où le nombre d’étudiants français est structurellement en baisse – et même en baisse abrupte pour les élèves de classes préparatoires – et où le nombre d’étudiants internationaux est contraint, les écoles s’interrogent sur leur avenir. Dans ce contexte le financement de l’apprentissage a pris une importante particulière pour tout l’enseignement supérieur. Un tout nouveau baromètre de la Conférence des Grandes écoles (CGE) apporte un éclairage particulier sur le développement de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur. Et surtout le ministère du Travail nous livre une nouvelle étude sur L’apprentissage en 2021.

L’enseignement supérieur en pointe. Le ministère du Travail et sa Dares confirment dans leur note ce qu’on savait : 733 200 nouveaux contrats d’apprentissage ont débuté en 2021, soit 38% de plus qu’en 2020. Cette hausse fait suite à une augmentation, déjà forte, en 2020 (+44% par rapport à 2019). Sur deux ans, entre 2019 et 2021, le nombre d’entrées a ainsi doublé.

Un mouvement porté essentiellement par l’enseignement supérieur avec le niveau de la formation préparée et, de façon liée, l’âge à l’entrée des apprentis qui continuent d’augmenter. Alors qu’en 2018, près de quatre nouveaux contrats d’apprentissage privés sur dix préparaient à une formation du supérieur, cette proportion atteint six sur dix en 2021. L’aide exceptionnelle à l’embauche d’apprentis contribue à cet essor ; les formations du supérieur peuvent y être éligibles, alors qu’elles ne le sont pas pour l’aide unique.

Dans le détail les formations de niveaux bac +3 ou plus représentent 38 % des contrats d’apprentissage commencés en 2021, contre 20 % en 2018. La part des bac +2 s’élève en 2021 à 22 %, contre 18 % trois ans avant.

Par ailleurs les entreprises de 10 salariés ou plus prennent un poids croissant dans l’apprentissage. Leur part dans les contrats privés (97% des contrats) commencés dans l’année passe de 48% en 2018 à 53 % en 2021. L’augmentation des entrées dans le privé entre 2018 et 2021 est portée à 24 % par les entreprises de 250 salariés ou plus.

Les entreprises du tertiaire participent au développement de l’apprentissage. Leur part progresse de 12 points entre 2018 et 2021, pour s’établir à 71 % en 2021. La part des autres secteurs recule :  -6 points pour l’industrie (à 15% en 2021), -5 points pour la construction (à 11%) et -1 point pour l’agriculture (à 2%).

Au sein du tertiaire, la progression est particulièrement marquée pour les activités de soutien aux entreprises1 (15 % en 2021, +5 points), le tertiaire principalement non marchand 2 (6 %, +3 points), le commerce (23 %, +2 points) ou encore l’information et la communication (5 %, +2 points). Des secteurs historiquement bien positionnés sur l’apprentissage, comme l’hébergement-restauration et la coiffure et les soins de beauté, voient ainsi leur part diminuer.

Les femmes représentent 44% des contrats d’apprentissage privés commencés en 2021, contre 34% en 2018. Cette progression s’explique par le développement de l’apprentissage dans le tertiaire, secteur plus féminisé, mais aussi par une féminisation accrue de tous les secteurs. Par exemple, les femmes représentent 11 % des contrats d’apprentissage privés commencés en 2021 dans la construction, contre 6 % en 2018.

Une importance croissante pour les Grandes écoles. La progression de l’apprentissage est particulièrement impressionnante dans les Grandes écoles selon l’enquête de la CGE : entre 2019-2020 et 2021-2022, le nombre d’alternants dans les Programmes Grandes écoles a progressé de 43% et 81% des grandes écoles interrogées proposent au moins une formation en apprentissage. Autre chiffre significatif, si 63% des écoles font encore appel à un CFA (centres de formation d’apprentis) externe, elles sont 37% à avoir créé leur propre CFA.

Dans les écoles proposant de l’apprentissage, les apprentis représentent en moyenne un quart des apprenants. C’est au niveau bac+5 que la proportion d’apprentis dans l’effectif total d’une promotion est la plus importante : ils représentent plus d’un quart des apprenants dans les écoles proposant une voie de formation par apprentissage.

Par ailleurs la majorité des apprentis en Grande école commence sa formation en ayant déjà trouvé un employeur. Dans 8 écoles sur 10, moins de 10% des étudiants commence sa formation sans contrat.

Un financement toujours incertain. Si le développement de l’apprentissage semble exponentiel, la pérennité de son financement demeure incertaine. En charge du dossier France Compétences vient de rendre ses premiers arbitrages, qui sont maintenant sujet à discussion avec les établissements d’enseignement supérieur et les CFA. Globalement on assiste à la baisse de 5% prévue mais avec de grandes disparités. Des écoles sous dotées – seulement 6 750% par contrat en programme Grande école – comme l’Institut Mines Télécom business school voient leur prise en charge revalorisée mais de moins de 10%. A l’autre bout du spectre la très bien dotée Montpellier BS constate une baisse mais mesurée. L’école d’ingénieurs du Cesi constate quant à elle que son niveau de prise en charge ne change pas.

Il était de toute façon difficile pour France Compétences d’infirmer totalement des décisions qui étaient prises en fonction des montants déclarés en préfecture par les établissements. Montants plus ou moins hauts en fonction de la prise en compte ou pas des coûts complets de formation – immobilier, recherche, etc. – qu’avaient décidé de déclarer les établissements.

Des branches professionnelles plus ou moins investies dans l’enseignement supérieur. Pour accentuer la complexité du système les branches professionnelles sont plus ou moins investies dans le financement de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur : une fédération comme l’UIMM est notoirement essentiellement motivée par le développement de l’apprentissage infra-supérieur. Résultat : les établissements ont moins intérêt à voir leurs étudiants trouver des contrats dans les entreprises relevant de ces branches. Bien sûr les entreprises prennent le relais mais avec plus ou moins d’enthousiasme et au bout de négociations parfois compliquées. Comme l’explique le futur directeur de l’Ipag et encore directeur général adjoint de Grenoble EM, Jean-François Fiorina « se pose toujours la question du coût contrat et du différentiel de prise en charge par les entreprises. Vont-elles continuer à le faire alors que les coûts sont transparents et qu’elles peuvent négocier avec les écoles en fonction des effectifs qu’elles reçoivent. Les écoles doivent monter des formations dans les secteurs en tension si elles veulent avoir un meilleur rapport de force ». Et d’imaginer : « On peut aussi imaginer que dans l’avenir les CFA (centres de formation d’apprentis), que les établissements ont très largement créé ces dernières années, se rapprochent avec des CFA communs à certains secteurs ».

De nouvelles sources de financement. Président du groupe Eduservices et de l’association Entreprises éducatives pour l’emploi Philippe Grassaud constate que les « représentants des entreprises ne veulent pas donne un euro de plus de système. Ils incitent même les entreprises volontaires à le refuser alors que l’aide de 8 000€ qu’elles touchent dépasse souvent le montant même de la formation ».

Il s’interroge : « A l’université les étudiants versent des frais d’inscription. Pourquoi ne pas demander à tous les étudiants en apprentissage de contribuer au même niveau que pour une inscription à l’université ? » Même questionnement du côté du directeur général de Montpellier BS : « Certaines écoles modulent leurs frais de scolarité en fonction des ressources des familles. Nous pourrions envisager d’en faire autant pour les alternants ».

  • Le questionnaire de la CGE a été co-construit en mars 2022 par six représentantes du Groupe de travail Apprentissage et la chargée de mission formation de la Conférence des grandes écoles. L’étude a été envoyée à 230 écoles
    membres de la CGE localisées en France entre le 17 mars et le 26 avril 2022. 112 ont répondu (58% sont des école d’ingénieurs, 20% des école de management, 22% des écoles d’autres spécialités). Analyse des données via le logiciel d’enquête Sphinx en mai 2022.
Previous ArticleNext Article
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Send this to a friend