ECOLES DE MANAGEMENT

« Le Covid-19 nous place en permanence dans l’incertitude la plus totale »

Pour « mettre de la certitude dans l’incertitude », Grenoble EM est la seule école de management française à avoir annoncé qu’elle travaillera en 100% distanciel à la rentrée 2020. Son directeur général adjoint, Jean-François Fiorina, explique comment son école s’adapte et s’adaptera aux circonstances sanitaires.

Olivier Rollot : Les écoles de management françaises ont semble-t-il bien géré ces mois de distanciation. Comment préparez-vous la rentrée 2020 ?

Jean-François Fiorina : Avec beaucoup d’incertitudes. Quand pourrons venir les étudiants étrangers ? Quels protocoles sanitaires allons-nous devoir appliquer ? Et que faire si une deuxième vague nous touche ? Le Covid-19 n’a rien à voir avec des événements ponctuels qui ne se reproduisent pas, un tremblement de terre ou un attentat, c’est une crise qui nous place en permanence dans l’incertitude la plus totale. Alors bien sûr l’enseignement à distance, tel que nous allons le dispenser à la rentrée, n’est pas la panacée mais nous avons voulu mettre de la certitude dans l’incertitude. Et une vraie année sans report de la rentrée. Nous partons donc sur des cycles de deux mois avec septembre-octobre à distance puis une ouverture progressive et un retour à la normalité en novembre.

J’ai été très marqué par les images des collégiens et de flux d’entrée et de sortie très progressifs. Nous n’allons pas multiplier par trois ou quatre le nombre de cours dispensés pour recevoir tous nos étudiants en présentiel. Mais tous nos étudiants n’en pourront pas moins venir sur nos campus pour y travailler ou rejoindre leur association. Enfin le week-end d’intégration est bien évidemment reporté.

O. R : Vous comprenez la position de ceux qui se déclarent totalement opposés à l’enseignement à distance ?

J-F. F : C’est un débat qui n’a pas lieu d’être. Il y a six mois sont les mêmes qui protestent aujourd’hui contre l’enseignement à distance le faisaient contre les amphis pleins et le fait de voir leurs étudiants derrière leur écran d’ordinateur. L’enseignement en ligne va progresser quoi qu’il arrive car l’acceptation du corps professoral comme des parents et des étudiants progresse d’ailleurs fortement.

O. R : Mais les outils que vous utilisez pour l’enseignement à distance sont-ils vraiment optimaux ?

J-F. F : Certes Microsoft Teams n’a pas été conçu à la base pour donner des cours mais les professeurs s’en sont emparés. On peut facilement pose sa question et on ira de plus en plus loin dans son utilisation. Cela rejoint d’ailleurs la question du réchauffement climatique en permettant de moins faire tourner les professeurs pour délivrer des cours fondamentaux. Mieux vaut pour eux se concentrer sur les études de cas et l’expérimentation.  De plus avec le recours à l’intelligence artificielle (IA) il n’y a plus de limites à la création de parcours dédiés.

O. R : Au-delà de la crise sanitaire se profile une grave crise économique. Comment une école comme Grenoble EM doit elle se comporter dans des moments qui s’annoncent difficiles ?

J-F. F : La rentrée va être un choc avec une réalité économique dont nous ne faisons aujourd’hui qu’entendre parler. Mais qu’on ne voie pas. A la rentrée tous les plans de départs des grandes entreprises auront été annoncés. Des Air France, Airbus, etc. qui sont de gros consommateurs d’entreprises de service. Qui vont également souffrir.

Dans l’enseignement supérieur les grandes marques ne devraient pas se faire trop de soucis. Mais nous serons très attendus dans notre capacité à répondre à cette crise. Les relocalisations, le multilatéralisme, les circuits courts, sans oublier un réchauffement climatique qui pousse à la réduction des déplacements, autant de thématiques que nous allons devoir traiter.

Les ressources humaines vont être particulièrement transformées par le télétravail : il va falloir apprendre à travailler à distance, dire qui doit financer l’Internet, l’imprimante, comment adapter son management. Et quelle place va-t-il y avoir pour les emplois non « télétravaillables » ? Il va falloir réenchanter le travail mais il ne faut pas croire que tout reviendra comme avant. Et pourtant à Grenoble on n’a absolument pas le sentiment de vivre dans une société marquée par le Covid-19. On est loin de la crise qu’ont vécue Paris et le Grand Est.

O. R : Vous l’avez évoqué : il faut lutter contre le changement climatique. Comment adaptez-vous GEM à ce défi ?

J-F. F : La demande des étudiants est très forte. La crise du Covid-19 a démontré que les technologies de télétravail fonctionnaient. Cette année nous avons par exemple entièrement organisé en distanciel notre Festival de Géopolitique. Et cela se révèle plus simple de faire intervenir un conférencier de Columbia à distance que d’investir une fortune pour le faire venir en… 2028. J’y reviens : le travail à distance est tout sauf un gadget. D’ailleurs les étudiants comme les jeunes professeurs sont moins demandeurs de déplacements.

O. R : Que pensez-vous de la décision des écoles du Sigem de ne pas publier cette année les résultats des « matchs » entre les écoles ? Pour la première fois on ne saura quelles écoles choisissent en priorité les candidats.

J-F. F : A année exceptionnelle décision exceptionnelle. C’est une sage décision qui évite des interprétations dans un contexte très particulier.

Previous ArticleNext Article
Avatar photo
Olivier Rollot est directeur du pôle Information & Data de HEADway Advisory depuis 2012. Il est rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire), de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel) et de "Espace Prépas". Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant, Olivier Rollot est également l'un des experts français de la Génération Y à laquelle il a consacré un livre : "La Génération Y" (PUF, 2012).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Send this to a friend