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« Nous voulons monter un campus à la fois digital et bienveillant »

Il y avait l’« expérience utilisateur » (UX) il y a maintenant l’« expérience étudiante » (SX pour « student experience ») que l’Edhec a traduit en « expérience éducative ». Directrice d’un service de 130 personnes qui lui est dédié au sein de l’école, Anne Zuccarelli nous explique ce qu’elle attend de son déploiement.

Olivier Rollot : Pourquoi avoir choisi de parler d’’expérience éducative » plutôt que « étudiante », l’expression la plus communément employée?

Anne Zuccarelli : Nous voulions bien montrer que nous nous intéressions à l’expérience éducative dans sa globalité. Pas seulement à la « vie étudiante » mais à tout ce qu’on vit dans son parcours d’étudiants. Comme dans un parcours utilisateur ou consommateur, il s’agit d’intégrer toutes les composantes, expériences, que vivent nos étudiants pendant leur cursus.

O. R : La dimension numérique joue-t-elle un rôle déterminant ?

A. Z  : Avec le numérique les étudiants ont potentiellement accès à tous les contenus. A des quiz et à des communautés d’apprenants. Le défi est d’acquérir l’esprit critique qui permet de faire la différence. Avec le numérique les enseignants peuvent également mieux connaître leur classe, chaque étudiant, leur mode d’apprentissage et proposer ainsi un contenu personnalisé. C’est une avancée extraordinaire !

O. R : Un professeur peut vraiment aujourd’hui adapter son cours à chaque profil d’étudiant ?

A. Z  : Face à 40 ou 50 profils d’apprenants différents comment monter son cours d’économie ou de business software ? Aujourd’hui, par exemple, un questionnaire mis en ligne permet de savoir le pourcentage d’étudiants qui n’ont pas compris la question et d’adapter son cours. Et également de savoir si les étudiants ont bien préparé leur cours… En effet, si on veut rendre l’apprentissage le plus efficace possible il faut que les étudiants français, à l’image de ce que font les étudiants étrangers, préparent bien les cours en amont. Ainsi l’heure de face à face avec le professeur est optimisée en s’orientant vers les contenus les plus délicats et des cas pratiques.

O. R : Cette nouvelle façon d’apprendre correspond également aux attentes des entreprises ?

A. Z  : Des entreprises et des jeunes qui veulent apprendre à travailler dans un cadre multiculturel, qui doivent apprendre à apprendre et développer un esprit critique.

O. R : Mais ce n’est pas forcément simple de faire apprécier cette « expérience éducative » quand vos étudiants, entre stages et séjours d’études à l’étranger, passent de moins en moins de temps sur vos campus !

A. Z  : Quelle que soit leur expérience, de Paris à Lille en passant par Berkeley ou Singapour, nous devons « enchanter » l’ensemble du parcours de nos étudiants. Il faut qu’ils sentent la « patte de l’Edhec » au-delà de leur présence sur l’un de nos campus alors que certains passent six à 18 mois à l’étranger.

O. R : Les parcours étudiants sont très libres à l’Edhec ?

A. Z  : Les parcours sont de plus en plus flexibles sans être à la carte. Notre métier c’est d’être des éducateurs et nous construisons des parcours. Donner trop de cours à la carte peut être contre-productif si cela signifie que tous les étudiants ne sont pas formés aux fondamentaux.

Une salle dite de « repos » de l’Edhec à Paris

O. R : Parlez-nous de la direction dédiée à l’expérience éducative que vous dirigez. Comment est-elle organisée ?

A. Z  : Elle compte 130 personnes pour 20 millions d’euros d’investissement prévus, y compris immobiliers. Elle comprend aussi bien un laboratoire d’innovations pédagogiques que notre career center ou encore le registrar (chargé de la bonne exécution des programmes) et les services support SI et Immobilier. Tous ensemble nous travaillons pour que l’organisation soit encore plus centrée sur l’étudiant.

O. R : L’Edhec se met au service de l’étudiant ?

A. Z  : L’idée première est de se mettre à sa place pour mieux comprendre ses aspirations et ses modes de fonctionnement. Pour cela nous avons analysé les parcours tout au long de la journée. De la place de parking qui peut manquer, de la salle de classe qu’il faut trouver, du restaurant aux espaces de vie, des associations à la bibliothèque en passant par l’intégration et l’international nous avons tout mis à plat avec les étudiants. Une véritable aventure collective dont ils sont très fiers.

O. R : Comment avez-vous procédé pour faire remonter l’information ?

A. Z  : Nous avons d’abord repris tous les verbatim écrits par les étudiants sur leur expérience depuis trois ans. Puis nous avons monté des ateliers avec les étudiants, les équipes et les professeurs pour identifier les points d’amélioration et les pistes d’innovation de l’expérience éducative de nos étudiants. Nous avons également monté un comité de pilotage « fantôme » (un « shadow copil ») pour comprendre comment nos étudiants travaillaient, vivaient sur les campus ou utilisaient les outils en ligne. . Et nous avons noté qu’ils ne voyaient pas toujours les choses comme nous.

Un amphithéâtre de l’Edhec à Lille.

O. R : Quelle sont les solutions que vous allez maintenant mettre en œuvre ?

A. Z  : Ce que nous voulons c’est proposer à nos étudiants une expérience fluide qui leur permet de se concentrer sur l’essentiel, du début de leur cursus à leur premier emploi. La création de My Edhec, le « Campus Digital by Edhec », à la rentrée 2018 va permettre aux étudiants d’avoir accès à tous nos services sur une même plateforme en ligne. La multiplication des outils posait problème et ils seront tous regroupés sur un même portail et accessible aussi via une application que nous avons développé avec Appscho, une jeune Edtech française.

O. R : Comment seront répartis les 20 millions d’euros d’investissements que vous évoquez ? D’abord dans le digital ?

A. Z  : Pendant quatre ans nous allons d’abord investir dans le digital. A la rentrée nous proposerons ainsi des classes virtuelles avec les solutions développées par Blackboard. Tout le monde pourra se connecter à distance et poser des questions sans salle de classe. Mais attention : il ne s’agit pas de passer au tout en ligne mais de proposer différents styles d’apprentissage qui vont du face à face au collaboratif en passant par le digital. A quatre ans, nous visons 20% de nos enseignements en ligne.

Dans le cadre de notre projet « share and care campus» nous voulons monter un campus à la fois digital et bienveillant. Parce que nos étudiants doivent se préparer à travailler dans des entreprises sans bureau mais qui, en même temps, proposent de nombreux moments de partage.

O. R : Il va falloir également repenser vos bâtiments ?

A. Z  : A Lille nous allons recomposer tous les espaces de notre bâtiment historique pour les orienter vers les services aux étudiants tout en facilitant les échanges et le partage avec toutes les parties prenantes. Nous travaillons ainsi avec un architecte scénographe pour que nos espaces aient plusieurs utilisations possibles. Un peu comme dans un théâtre.

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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel). Il anime également le blog HEADway et du blog du Monde « Il y a une vie après le bac ».

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