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L’Ecole polytechnique et Paris-Saclay à la croisée des chemins


Les débats ont été houleux (lire leur résumé dans Les Echos) mais ont accouché mardi 15 décembre d’un projet. Et d’un  symbole : trois ministres et secrétaire d’Etat, Jean-Yves Le Drian (Défense et tutelle de l’Ecole), Emmanuel Macron (Economie) et Thierry Mandon (Enseignement supérieur et Recherche) se sont déplacés à l’Ecole polytechnique pour le présenter. Leur message aux écoles dont ils ont la tutelle était clair : « Ne faites pas comme si on ne vous demandait rien ! » Mais que demandent les ministres ?

Travaillez ensemble !

Emmanuel Macron est très clair : « Je suis venu ici pour m’assurer que l’ensemble des écoles dont j’ai la tutelle travaillent ensemble avec les autres écoles du site pour créer un centre d’excellence et attirer les meilleurs élèves et enseignants-chercheurs ». Les écoles de ParisSaclay (X, CentraleSupélec, Ensta ParisTech, Agro ParisTech, Télécom ParisTech, Télécom Sud Paris, Ensae ParisTech, l’Institut d’optique, ENS Cachan) mais aussi proches (Mines ParisTech et Ponts ParisTech) voire plus lointaines (Isae, Ensta Bretagne et Télécom Bretagne) ont donc maintenant jusqu’au 15 mars pour rendre un « schéma précis sur leur travail commun en matière de formation, recherche, international et entrepreneuriat ». Le tout sans qu’on sache très bien quel objet juridique pourra être utilisé (Christophe Salomon, le conseiller industriel du ministère de la Défense, ne veut pas parler d’ « association formelle » mais plutôt d’ « associations multilatérales »). On sait déjà que l’enthousiasme est très modéré du côté de CentraleSupélec…

Le tout est en tout cas bien dans l’esprit d’un rapport Attali qui ne sera pas resté lettre morte, même si deux de ses dispositions phares (suppressions de la solde et du classement de sortie) n’ont finalement pas été retenues.

Jean-Yves Le Drian (Défense et tutelle de l’Ecole), Emmanuel Macron (Economie) et Thierry Mandon (Enseignement supérieur et Recherche) se sont déplacés à l’Ecole polytechnique pour le présenter avec le président exécutif de l’école, Jacques Biot

Et Paris-Saclay là-dedans ?

Si l’entente entre Jean-Yves Le Drian et Emmanuel Macron semblait parfaite lors de leur conférence de presse commune, on sentait bien que Thierry Mandon se demandait comment il allait gérer ces rapprochements face aux universités de Paris-Saclay qu’on sait déjà vent debout contre ce rapprochement entre grandes écoles qui semble les marginaliser. Thierry Mandon avait beau défendre un projet qui « avait la volonté de dépasser la dualité école d’ingénieurs/université » on n’entendait guère parler de ces dernières dans la bouche des ministres, pas plus que dans la présentation du projet qu’avait faite auparavant Christophe Salomon.

Tout cela alors que Gilles Bloch, le président de l’université Paris-Saclay, revient le 22 décembre devant le jury des Idex avec une position bien fragilisée. Selon des observateurs présents lors du conseil d’administration de l’X, dont il est membre, il cachait à peine son exaspération en entendant l’esprit dans lequel l’Ecole polytechnique entendait aujourd’hui travailler. Dans un tweet Stéphane Leymarie, secrétaire général du syndicat Sup Recherche Unsa, exprime l’opinion générale côté université : « Le gouvernement fait voler en éclat des mois de boulot de TOUS les partenaires et déstabilise l’Idex. Collègues écœurés ».

La création d’un bachelor « haut de gamme »

Il y a moins de deux ans quand on interrogeait le directeur d’une (très) grande école d’ingénieur sur la possibilité de créer un jour un bachelor il vous regardait avec effarement. Aujourd’hui l’Ecole polytechnique entend créer le sien au plus tard en 2018. Contrairement aux bachelors auxquels réfléchissent de nombreuses autres écoles, il s’agira clairement d’un bachelor « haut de gamme » en trois ans et pour lequel il faudra débourser chaque année entre 10 000 et 12 000€. Comme l’explique Jean-Yves Le Drian, il est « destiné à attirer les étudiants étrangers (ils seront 60%) mais aussi à conserver en France ceux qui, de plus en plus nombreux, évitent les prépas pour se rendre à Lausanne à l’EPFL ou à Cambridge ».

L’X annonce également la création d’un diplôme conférant le grade de Master (Master’s degree), dès la rentrée 2016, qui sera également aligné sur les standards internationaux. L’objectif de ce deuxième cycle sera d’attirer d’excellents profils d’étudiants étrangers en offrant une formation sélective, pluridisciplinaire et tournée vers l’entreprise.

60 millions de plus en cinq ans

L’X affiche également l’ambition de faire évoluer la part d’étudiants internationaux de 30 à 40% de ses effectifs globaux. Le nombre d’élèves internationaux recrutés dans le cycle ingénieur passera également de 120 à 150 élèves. Pour attirer les meilleurs professeurs, 10 financements de 1 million d’euros chacun seront consacrés à leur venue. Tout cela coûtant forcément très cher, 60 millions d’euros supplémentaires seront consacrés sur cinq ans par le ministère de la Défense à l’école. On est donc bien loin du désengagement financier de l’école que semblait préconiser le rapport du député Cornu-Gentille en 2014.

Olivier Rollot (@ORollot)

 

Photo : Jérémy Barande

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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