POLITIQUE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR, UNIVERSITES

Anti et pro Comue : l’affrontement continue

« Le divorce est vraiment consommé entre les enseignants-chercheurs et Geneviève Fioraso après que ces derniers ont adressé deux pétitions à Benoît Hamon en mettant essentiellement en cause les Comue » estime Le Monde dans un article intitulé La nouvelle fronde des étudiants chercheurs. Si on se questionne encore sur la force de leur mouvement il est clair que le débat est tout sauf refermé.

Comue ou association ?

Après le groupe Jean-Pierre Vernant, Geneviève Fioraso voit se lever en face d’elle un nouvel adversaire sans doute mieux organisé regroupant un certain nombre d’intersyndicales sous le nom de Restau. Leur pétition entend s’attaquer aux Comue et faire prévaloir le statut d’association, qu’ils jugent plus égalitaire. Ils sont rejoints dans leur opposition par le président de Paris 2 Panthéon Assas, Guillaume Leyte, qui estime dans un entretien au Monde que « la Comue est une superstructure supplémentaire dont les effets seront délétères à tous points de vue ».

A l’opposé Jean-Yves Mérindol, président de la Comue Sorbonne Paris-Cités que beaucoup pensent être le « père des Comue », juge au contraire dans le Nouvel Obs que « dans le cas de l’association, un établissement déjà existant est le coordinateur pour le compte de ceux qui lui sont associés : il a une prééminence sur les autres » alors que « dans les cas, bien plus nombreux,  où les établissements ne souhaitent pas choisir un chef de file, la Comue est adaptée : elle met tous les membres sur un pied d’égalité juridique ». Ce à quoi les anti-Comue répondent qu’il n’y a pas forcément besoin d’un chef de file dans les associations.

Certaines Comue prennent du retard : c’est acté

On s’y attendait la constitution de certaines Comue et associations prend du retard et Geneviève Fioraso a admis qu’elles pourraient bénéficier d’un « petit délai ». Elle sortait d’un déjeuner organisé à l’Élysée sur ce sujet en présence de François Hollande où elle était accompagnée de Benoît Hamon, Jean-Loup Salzmann et plusieurs représentants des Comue et des universités dont Jean-Yves Mérindol. « Sur les 25 regroupements qui sont en train de se créer en France (5 associations et 20 Comue), nous avons reçu les deux tiers des projets de statuts et trois ont été validés : ceux de Saclay et de deux autres Comue parisiennes », indique Geneviève Fioraso à l’AEF  tout en semblant désavouer la Dgesip quand celle-ci se montre trop directive quant à certains regroupements.

Jean-Yves Mérindol et Bernard Belloc s’affrontent

Par médias interposés les deux anciens conseillers à l’enseignement supérieur et à la recherche des deux derniers présidents, Bernard Belloc pour Nicolas Sarkozy et Jean-Yves Mérindol pour François Hollande, s’affrontent. Répondant aux accusations de « reprise de contrôle par l’État des universités » grâce à la loi Fioraso proférées par Bernard Belloc, Jean-Yves Mérindol parlait la semaine dernière dans le Nouvel Obs d’« affaiblissement de la vie démocratique » quand des « responsables connaissant bien ces sujets font ce genre de déclaration ».

Répétant que la méthode utilisée par le gouvernement « semble ne laisser que peu de place à l’autonomie des établissements concernés », Bernard Belloc lui répond cette semaine dans Les Échos où il évoque le « mirage des regroupements » et estime que « ce qui manque en fait à la France, c’est un ensemble de dix à quinze universités principalement orientées vers la recherche et ses applications, qui tireraient le système vers haut ».

Une analyse

Toujours dans Les Échos, un « acteur » malheureusement anonyme explique ainsi les fondamentaux de l’opposition des anti et pro Comue : « Le problème de fond, c’est une double hypocrisie: les présidents d’université n’osent pas dire que ces regroupements vont conduire à fusionner des masters qui doublonnent et donc contraindre certains enseignants à aller enseigner en licence, là où ils ­considèrent aujourd’hui que le niveau est très bas. D’où une opposition chez les enseignants-chercheurs, qui ont parfois les mêmes cours de master, avec un petit nombre d’étudiants, depuis quinze ans ». Et si la vraie guerre à venir c’était celle des masters ?

Olivier Rollot (@O_Rollot)

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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