CLASSES PREPAS

De l’hybridation comme dépaysement

L’exemple de la journée d’hybridation entre culture générale et langue et culture hispaniste, sur aimer, coorganisée par l’APHEC et la Villa Hispanica le vendredi 25 septembre 2021 à Cogny. Cet article en prolonge et complète deux autres, également co-écrits par Christine Pires et Véronique Bonnet :

DE L’HYBRIDATION COMME DEPAYSEMENT : UNE PERSPECTIVE SUGGEREE PAR LES PROPOSITIONS DE MICHEL FOUCAULT SUR LA NOTION D’HETEROTOPIE

  • par Véronique Bonnet, vice-présidente de l’APHEC et représentante pour la philosophie.

Comment rendre compte de ce ressenti de « tête ailleurs », ou de ce sentiment d’ « y être encore », que nous éprouvons assez régulièrement et dont nous mesurons la fécondité ? Ce qui advint à Cogny par exemple, longuement. Ou nous sortons parfois d’un roman qui nous a transportés dans un monde parallèle, en portant sur ce qui nous occupe ensuite un regard élargi et distancié.

Celui que Montesquieu, dans De l’Esprit des Lois (1) de 1746, tentait de porter sur le royaume de France, rendu plus acéré encore après ses séjours dans les différentes capitales européennes ; celui que déjà, dans les Lettres Persanes (2), de 1721, il peignait comme aussi aigu qu’apparemment naïf, par le biais d’un Persan qui avait pu comparer les courtisans du roi aux courtisanes du sultan qu’il était.

Remontons de deux siècles, à la Renaissance, et à la contemplation émue, parce que distanciée , que porte, dans ses Regrets (3) , Du Bellay, de Rome, sur son Anjou natal : « Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine / Plus mon Loire Gaulois, que le Tibre Latin /Plus mon petit Liré, que le mont Palatin /Et plus que l’air marin la douceur Angevine ». Il imaginait, dès la première strophe, heureux, parce que transformés dans leur vision par tous les espaces successivement traversés, Ulysse et Jason : « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage / Ou comme celui-là qui conquit la toison / Et puis est retourné, plein d’usage et raison / Vivre entre ses parents le reste de son âge ! »

La journée d’hybridation entre culture générale et langue et culture hispaniste, sur aimer, coorganisée par l’APHEC et la Villa Hispanica le vendredi 25 septembre 2021 à Cogny

Si les classes préparatoires aux grandes écoles de management sont généralistes, si les grandes écoles de management elles-mêmes inscrivent de plus en plus dans leur cursus de première année avant le master, et même au-delà, des cours d’humanités, et toutes nos disciplines en sont porteuses, c’est que voyager dans l’espace et dans le temps permet à nos réflexions et à nos actions d’éviter l’ornière de la fréquentation du « même ». Pour éviter cette forme d’errance qui n’en est pas une et s’appelle le « sur place ».

Michel Foucault, dans le chapitre III de son ouvrage de 1966, Les Mots et les Choses (4), intitulé Représenter, faisait bien l’hypothèse que la folie de Don Quichotte n’était pas de se prendre pour un chevalier errant mais de ne se prendre que pour un chevalier errant, l’imagination se contentant de réitérer dans le monde réel les figures rencontrées par les lectures. Il écrivait ainsi de Don Quichotte: « Don Quichotte n’est pas l’homme de l’extravagance, mais plutôt le pèlerin méticuleux qui fait étape devant toutes les marques de la similitude. Il est le héros du Même. Pas plus que de son étroite province, il ne parvient à s’éloigner de la plaine familière qui s’étale autour de l’Analogue. Indéfiniment, il la parcourt sans franchir jamais les frontières nettes de la différence, ni rejoindre le cœur de l’identité. »

L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche (5), publié par Miguel de Cervantes en 1605 pour la première partie, et en 1615 pour la seconde partie, par cette parodie de celui qui ne cesse de « voir ce qu’il pense au lieu de penser ce qu’il voit », selon la formule de Bergson, a pour enjeu de montrer les dégâts que peut engendrer la rigidité de ceux des contemporains de l’auteur qui ne jurent que par un modèle, la chevalerie, sans accepter l’éclairage des figures de la modernité.

Me référer non seulement à un texte du 17ème siècle, mais aussi à un texte de la culture hispanique, ce qui redouble la distanciation, pour aborder, avec Frédéric Bretécher, le 25 novembre à Cogny, le verbe aimer au programme de culture générale de la session 2022 des concours, dans Aimer et ses représentations à l’épreuve de la réalité, écouter et voir la conférence de Christine Pirès intitulée  Aimer et ses trois verbes en espagnol, celle de Philippe Merlo, Aimer au sens religieux dans la peinture et la musique, de Virginie Giuliana, Aimer dans le registre familial en peinture et en littérature contemporaine, de Magali Kabous, Aimer et ses transgressions au cinéma et de Laura Scibetta, Aimer comme passion dans le flamenco, permit de voyager et d’y voir mieux.

Par exemple, à partir de l’œuvre de Cervantès, il est possible de se demander si aimer n’est que projeter, fantasmer ? Aimer Dulcinée, la chevalerie, les codes de l’honneur, serait-il ainsi le mécanisme même de tout amour ? Mais aimer ne serait-il pas alors sclérosé et empêché ? Pathologique même ? Pour aimer authentiquement, n’est-il pas essentiel de sortir aimer des ornières de la répétition ?

Dans Des Espaces autres (6), Michel Foucault commence par rappeler la définition de l’utopie : « Il y a d’abord les utopies. Les utopies, ce sont les emplacements sans lieu réel. Ce sont les emplacements qui entretiennent avec 1’espace réel de la société un rapport général d’analogie directe ou inversée. C’est la société elle-même perfectionnée ou c’est l’envers de a société, mais, de toute façon, ces utopies sont des espaces qui sont fondamentalement essentiellement irréels. »

Puis il se réfère à l’hétérotopie, notion qui signifie « espace autre », ou contre-emplacement. « Il y a également, et ceci probablement dans toute culture, dans toute civilisation, des lieux réels, des lieux effectifs, des lieux qui ont dessinés dans l’institution même de la société, et qui sont des sortes de contre-emplacements, sortes d’utopies effectivement réalisées dans lesquelles les emplacements réels, tous les autres emplacements réels que l’on peut trouver à l’intérieur de la culture sont à la fois représentés, contestés et inversés, des sortes de lieux qui sont hors de tous les lieux, bien que pourtant ils soient effectivement localisables. Ces lieux, parce qu’ils sont absolument autres que tous les emplacements qu’ils reflètent et dont ils parlent, je les appellerai, par opposition aux utopies, les hétérotopies ; … »

Le jardin public, le cimetière, le bateau. Le miroir aussi. Le miroir, utopie et hétérotopie, à la fois, est cet espace qui nous met en quelque sorte en posture hybride. En lui, simultanément, nous nous voyons simultanément et comme l’autre nous voit, n’accédant qu’à notre extériorité, et comme nous nous voyons au dedans, cette mise en tension des deux images nous déconcerte et nous éclaire : «… et je crois qu’entre les utopies et ces emplacements absolument autres, ces hétérotopies, il y aurait sans doute une sorte d’expérience mixte, mitoyenne, qui serait le miroir. Le miroir, après tout, c’est une utopie, puisque c’est un lieu sans lieu. Dans le miroir, je me vois là où je ne suis pas, dans un espace irréel qui s’ouvre virtuellement derrière la surface, je suis là-bas, là où je ne suis pas, une sorte d’ombre qui me donne à moi-même ma propre visibilité, qui me permet de me regarder là où je suis absent – utopie du miroir. »

Michel Foucault a conscience d’être devant une forme mixte, hybride : « Mais c’est également une hétérotopie, dans la mesure où le miroir existe réellement, et où il a, sur la place que j’occupe, une sorte d’effet en retour ; c’est à partir du miroir que je me découvre absent à la place où je suis puisque je me vois là-bas. À partir de ce regard qui en quelque sorte se porte sur moi, du fond de cet espace virtuel qui est de l’autre côté de la glace, je reviens vers moi et je recommence à porter mes yeux vers moi-même et à me reconstituer là où je suis; le miroir fonctionne comme une hétérotopie en ce sens qu’il rend cette place que j’occupe au moment où je me regarde dans la glace, à la fois absolument réelle, en liaison avec tout l’espace qui l’entoure, et absolument irréelle, puisqu’elle est obligée, pour être perçue, de passer par ce point virtuel qui est là-bas. »

Le miroir des Menines de Vélasquez est travaillé en ce sens, par Foucault dans Les Mots et les choses, qui prennent eux-mêmes naissance dans un texte de Borgès La bibliothèque de Babel à partir d’« une certaine encyclopédie chinoise », dont l’étrangeté, soit l’extériorité par rapport à l’horizon culturel qui est le nôtre, donne à penser : « Ce livre a son lieu de naissance dans un texte de Borgès. Dans le rire qui secoue à sa lecture toutes les familiarités de la pensée – de la nôtre, celle qui a notre âge et notre géographie- ébranlant toutes les surfaces ordonnées et tous les plans qui assagissent pour nous le foisonnement des êtres, faisant vaciller et ébranlant pout toujours notre pratique millénaire du Même et de l’Autre. »

Dans le texte de Borgès en effet, l’encyclopédie chinoise, par ses arborescences, déconcerte et oblige à revenir autrement, après dépaysement mental, aux catégories qui sont les nôtres, et qui se mettent à « sonner » autrement : « Ce texte cite « une certaine encyclopédie chinoise, où il est écrit que les animaux se divisent en :a) appartenant à l’Empereur b) embaumés c)apprivoisés d) cochons de lait e) sirènes f)fabuleux g) chiens en liberté h) inclus dans la présente classification i) qui s’agitent comme des fous j) innombrables k) dessinés avec un pinceau très fin en poil de chameau l) et caetera m) qui viennent de casser la cruche n) qui de loin ressemblent à des mouches. Dans l’émerveillement de cette taxinomie, ce qu’on rejoint d’un bond, ce qui  […] nous est indiqué comme le charme exotique d’une autre pensée, c’est la limite de la nôtre, l’impossibilité nue de penser cela. »

La fictive encyclopédie chinoise de la Bibliothèque de Babel suggère avec drôlerie que découpage conceptuel varie avec chaque langue, ce qui enrichit l’horizon de chaque locuteur des autres.

Chaque bibliothèque, déjà par elle-même hétérotopie, est une hétérotopie d’hétérotopies, puisque chaque livre en elle se présente comme un nouveau pays, paysage de mots auquel confronter le nôtre.

Hybrider, changer de pays, que l’on voyage dans une autre langue et culture vivante ou dans une autre dimension, mathématique, musique, géographie, peinture, histoire, poésie, informatique, danse, et autres champs, fait bouger les lignes du rapport à nous-même et infléchit les forces de l’esprit. Ce qui paradoxalement nous arrache à nos sarclages conceptuels originaires et nous y enracine autrement.

L’hybridation est bien dépaysement.

 

LE CAS PRATIQUE DE L’HYBRIDATION 3.0

  • par Christine Pirès, vice-présidente de l’APHEC, représentante pour l’espagnol, et coordinatrice des langues.

A l’annonce du thème de Lettres et Philosophie pour la session 2022 – Aimer– l’enthousiasme fut unanime dans le jury d’un concours de recrutement dans lequel je siégeais alors. Les universitaires qui le composaient ont immédiatement fourmillé d’idées pour étayer cette notion qui colle si bien à l’hispanisme.

Sans trop croire à une Journée d’Étude dans son organisation universitaire classique, nous nous sommes toutefois laissés portés par la richesse de la culture hispanique pour divaguer, dans ce cocon intellectuel qu’offre un jury, sur les arts, les auteurs, les peintres qui pourraient être sollicités. Chemin faisant – ou idées fusant-, nous en sommes arrivés à une évidence :  cette profusion de pistes d’exploitation ne pouvait rester à l’état de projet !

Et si, au-delà d’hybrider sur un cours ou une séance, nous invitions le thème de Lettres et Philosophie dans le monde hispanique ? Et si nous poussions l’hybridation jusqu’à la transporter -voire la téléporter- jusqu’à Cogny, à la Villa Hispánica, haut-lieu de la culture hispanique, où les journées d’études les plus riches, les plus variées et les plus érudites se succèdent ?

Une communication fluide entre Véronique Bonnet, vice-présidente de l’APHEC et représentante de Philosophie, Frédéric Bretécher, représentant de Lettres, Philippe Merlo-Morat, président de la Villa Hispánica et moi-même, a permis de limiter contours et thématique afin de rendre exploitables par les collègues et les étudiants les conférences retenues. La journée serait donc suivie en présentiel à Cogny et en distanciel par tout un chacun via la chaîne Youtube de l’APHEC, offrant le mérite du visionnage différé.

La journée d’hybridation entre culture générale et langue et culture hispaniste, sur aimer, coorganisée par l’APHEC et la Villa Hispanica le vendredi 25 septembre 2021 à Cogny

C’est ainsi que le 25 septembre, nous nous sommes immergés dans une bulle hispanique au cœur du Beaujolais. La sensation fut immédiate à notre arrivée : les pierres dorées et l’esprit l’hôte de l’association ont ceci de magique qu’elles offrent un dépaysement quasi instantané dans une sphère hors-temps totalement propice au cocon d’une journée d’étude où Aimer l’espagnol et la culture hispanique n’est pas seulement une intention. Le lieu respirait la thématique…

La journée d’étude a donc vu se décliner six conférences. L’introduction à la notion Aimer a logiquement été faite par Véronique Bonnet et Frédéric Brétecher. Ces deux non-hispanisants ont su décliner avec brio – et à deux voix- une belle partie du répertoire pictural, littéraire et cinématographique sous l’axe de « Aimer et ses représentations à l’épreuve du principe de réalité » (7). De Cervantes à Buñuel en passant par Dali et Foucault, c’est toute une invitation au voyage que nous ont offerte nos deux brillants collègues : une hybridation dépaysante, temporelle, spatiale et artistique en couvrant trois arts, en (con)fondant lettres, philosophie et hispanisme. Les bases de la définition d’Aimer ont ainsi pu être posées.

Au terme de cette richissime conférence, disponible sur Youtube, et ouvrant le volet des hispanistes, une intervention destinée à l’attention des étudiants portait sur l’axe sémantique :  Aimer et ses trois verbes en espagnol. Ce constat différentiel entre nos deux langues était précisément le point de départ de notre réflexion. Par quelle magie la langue de Molière n’a qu’un verbe Aimer alors qu’en espagnol, trois verbes se disputent la notion ? Le souvenir du poème She (8) de Sergio Elizondo m’a d’abord amenée à visiter les autres langues que nos étudiants apprennent pour constater que toutes ont deux ou trois verbes aussi pour exprimer la notion Aimer. Mais si la nuance sémantique est de taille entre l’allemand et l’espagnol par exemple, elle l’est aussi avec l’italien non plus sous l’angle lexical mais étymologique, notamment pour gustar et querer. Après un dépaysement linguistique, une visite au berceau de notre civilisation et ses notions Eros, Philia, Agape et Storge ont tenté de circonscrire le sens des verbes querer et amar.

La transition était toute naturelle avec la brillantissime conférence de Philippe Merlo-Morat, Aimer au sens religieux dans la peinture et la musique. Professeur des Universités à Lyon 2, Philippe Merlo-Morat est un spécialiste de la littérature et de la peinture contemporaine et le rapport texte-images, mais sa condition de chœur dans l’Oratorio de Lyon lui confère aussi une extraordinaire sensibilité et connaissance du répertoire classique et religieux. C’est donc tout naturellement que cet universitaire renommé nous a invités à un voyage hybridant deux arts : la musique et la peinture. Du chant grégorien aux pièces plus récentes, il a su décliner les représentations d’un Aimer religieux à travers la peinture espagnole. Un moment de béatitude pour toute l’assemblée…

Dans un registre totalement littéraire, Virginie Giuliana, maître de conférences à l’Université de Clermont Auvergne, auteure d’une thèse intitulée « Regards sur l’enfant dans la peinture de Joaquín Sorolla et la poésie de Juan Ramón Jiménez », a logiquement accédé à notre demande de traitement de l’Aimer filial dans la littérature contemporaine espagnole. Sa conférence : Aimer dans le registre familial en peinture et en littérature contemporaine, était, elle aussi, un modèle du genre en termes d’hybridation où peinture et œuvres littéraires se fondaient et se confondaient dans une intertextualité troublante de sens. Point d’orgue d’une intervention où Virginie Giuliana a convoqué les Grands du XXè siècle, le tableau de Sorolla, Madre, clôturait une conférence qui a également offert une incursion sociétale sur la condition de la femme-mère, tout à fait en lien avec des problématiques actuelles.

Plus exotique encore, la conférence de Magali Kabous, maître de conférences à Lyon 2, nous a complètement dépaysés à Cuba dans un Aimer et ses transgressions au cinéma, son aire d’expertise. Finies les purs Aimer visités jusqu’à lors ! Dans un Cuba conditionné par la censure, toute la maestria des artistes consiste à dire sans dire, à exposer en suggérant. Les cinéastes n’échappant pas à la règle, ils doivent inscrire leur diégèse dans un scénario dépourvu de toute référence trop précise à l’Histoire de l’île. Abordant parfois des thématiques dures telles que la prostitution ou l’inceste, le cinéma cubain ne saurait évidemment se limiter à ces transgressions extrêmes. Et de conclure son intervention par un retour sur le plaisir féminin pouvant être transgressif dans son traitement pictural – pourtant très chastes- où les codes générationnels sont souvent brisés, au point de subir la censure Youtube, la vidéo de Magali Kabous ayant été rendue silencieuse pendant 1 minute !

Enfin, le clou de la journée d’étude s’est matérialisé dans une conférence enflammée, – passionnée et passionnante- sur un Aimer comme passion dans le flamenco, faite par Laura Scibetta, professeur en CPGE et chanteuse dans le groupe Kaena Colora. Pendant trente minutes, nous avons été invités à décrypter les expressions d’Aimer dans les saetas, bulerías et autres sevillanas. Usant de métaphores filées convoquant le champ lexical de la nature, Laura Scibetta a agrémenté ses explications de sa magnifique voix nous transportant dans une Andalousie passée et contemporaine vive et ardente. La frontière avec le thème de Culture Générale d’il y a deux ans, le Désir, étant fine dans ce traitement d’Aimer, Carmen fut naturellement débattue et discutée dans les questions avec la salle.

Cette concrétisation de l’hybridation fut donc, cette année, une expérience à multiples entrées. Indéniablement, l’hybridation disciplinaire est la base qui sous-tend le désir d’un travailler ensemble, d’un réfléchir ensemble. Aborder le thème en l’invitant dans le monde hispanique, y convoquer les différents arts permit un traitement le plus large possible.

Nous n’évoquerons que superficiellement l’hybridation technologique, certes si importante ces derniers mois, qui n’est que factuelle. Nonobstant, « distanciel » et « présentiel » sont désormais incontournables dans la conception ou l’organisation d’une conférence ou d’un colloque.

Un troisième axe vit le jour à Cogny dans cette expérience : l’hybridation de deux mondes, jugés à tort différents voire rivaux : les classes préparatoires et le monde universitaire. Or c’est précisément de cette diversité qu’est née la richesse de cette journée de conférences : l’expertise extrême des uns dans un domaine précis et l’agilité des autres à aborder des thèmes différents chaque année, amenés à visiter des ressources foisonnantes. Les intervenants universitaires ont relevé le défi d’aborder, eux aussi, leur domaine d’expertise avec un autre regard qui les a interrogés sur leur pratique. Les discussions en off en faisaient état ce jour-là : surprise des uns, fierté du défi relevé pour les autres, mais tous étions unanimes sur la densité intellectuelle, la complétude de cette hybridation qui, au-delà du professionnel, a transformé l’humain.

 

LA REACTIONS DE DEUX UNIVERSITAIRES

  • Philippe Merlo-Morat

Universitaire plus rodée aux colloques qu’aux JE des CPGE, qu’est-ce qui vous a poussée à accepter ce défi d’hybridation, sur le thème de Culture Générale de l’année, qui plus est? 

Je n’oublie jamais que je suis à la fois chercheur mais aussi enseignant, que j’ai été professeur près de dix ans dans le secondaire et que je suis un ancien élève de CPGE (lycée Joffre à Montpellier). Pour toutes ces raisons et pour le plaisir de communiquer les fruits de mes recherches universitaires au plus grand nombre, j’ai accepté avec grand plaisir la proposition de l’APHEC.

Y a-t-il un fossé réellement palpable entre nos pratiques respectives? 

Aucun. Nous enseignons et nous transmettons un savoir et nous essayons tous de faire de notre mieux pour faire naître des envies, des passions. Il est vrai que l’enseignement supérieur me permet de mener à bien mes recherches avec plus de facilités que si j’étais professeur en CPGE.

Qu’avez-vous retiré de cette conférence et, plus globalement, de cette JE un peu particulière pour la Villa Hispánica?

Un grand plaisir de faire partager et j’espère que le plaisir aura été partagé avec les étudiants et les professeurs de l’APHEC

Si c’était à refaire… ?

Ce n’est pas « si c’était à refaire », c’est « cela va se refaire » !

  • Magali Kabous

Universitaire plus rodée aux colloques qu’aux JE des CPGE, qu’est-ce qui vous a poussée à accepter ce défi d’hybridation, sur le thème de Culture Générale de l’année, qui plus est?

En tant qu’ancienne élève de CPGE (lettres-langues et non HEC), je vois une grande continuité entre les deux univers. Parler d’un thème aussi vaste depuis nos spécialités était une commande très large. J’étais particulièrement attirée par le sujet de réflexion, nouvelle manière d’entrer dans mon corpus cubain. Et, à titre personnel, j’avais plaisir à répondre à ta demande.

 Y a-t-il un fossé réellement palpable entre nos pratiques respectives? 

Sur mon expérience de la JE et dans ce cadre précis, je ne l’ai pas ressenti. La différence de pratiques pour moi est surtout liée à la spécificité des disciplines enseignées. Ceci dit, le public concerné n’était pas présent, c’est lui qui pourrait nous confirmer si notre intervention a apporté de l’eau à son moulin ou pas.

Qu’avez-vous retiré de cette conférence et, plus globalement, de cette JE un peu particulière pour la Villa Hispánica? 

J’ai trouvé qu’elle était agréable à suivre de bout en bout, accessible, stimulante.

Si c’était à refaire… ? 

… tu pourrais compter sur moi, dans la limite de mes thématiques de travail. Je pense que nous gagnerions -lors de notre préparation en amont- à connaître mieux la nature de l’épreuve à laquelle sont confrontés les étudiants qui nous écoutent et les profs qui les y préparent afin de peut-être organiser notre intervention en fonction.

 

Notes.

  1. De l’Esprit des Lois. Montesquieu. L’édition Garnier, de 1777, est accessible en ligne https://fr.wikisource.org/wiki/De_l%E2%80%99esprit_des_lois,_Garnier,_1777/Tome_1
  2. Les Lettres persanes. Montesquieu. https://fr.wikisource.org/wiki/Lettres_persanes
  3. Les Regrets. Du Bellay.https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Regrets_(du_Bellay)
  4. Foucault, Les Mots et les Choses, Paris, Gallimard, 1966.
  5. Miguel de Cervantes. L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche. En ligne dans la traduction de Louis Viardot. https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Ing%C3%A9nieux_Hidalgo_Don_Quichotte_de_la_Manche
  6. Foucault. Dits et écrits (1984), T IV, « Des espaces autres », o 360,  752-762, Gallimard, NRF, Paris, 1994 ; (conférence au Cercle d’études architecturale, 14 mars 1967), in Architecture, Mouvement, Continuité, o 5, octobre 1984,  46-49. M. Foucault n’autorisa la publication de ce texte écrit en Tunisie en 1967 qu’au printemps 1984, l’année de sa mort. Disponible en ligne à l’adresse : https://foucault.info/documents/heterotopia/foucault.heteroTopia.fr
  7. Titre explicatif : Dans cette conférence, à partir de la figure du Don Quichotte de Cervantès, où aimer au sens chevaleresque et fantasmatique se heurte à un prosaïsme, collision que l’on peut retrouver chez Buñuel ( par exemple dans Belle de jour, ou dans Cet obscur objet du désir inspiré par La femme et le pantin de Pierre Louÿs la collision entre le fatal et le banal), comme chez Dali dont les propositions surréalistes se confrontent à un tel clivage, comme dans la lithographie de 1957, Apparition de Dulcinée…
  8. She, She speaks English, She raps English, She reads English, She sits English, Pero quiere en español, Sueña en español, Piensa en español, Va a la church en español, Juega en español, Works in English, Siente en español, Drives in English, Hace cariños en español, Runs in English… Se mece en las curvas de sus pasos en español. Mira, ¡Ay!, ¡Mira! en español.Duerme, duerme chula, Únicamente en español. Sergio Elizondo
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