UNIVERSITES

Le BUT succède au DUT : « Il y avait une vraie attente d’un diplôme en 3 ans »

Directeur de l’IUT de Troyes, Martial Martin préside l’Association des directeurs d’IUT (Adiut)

C’est une petite révolution dans l’enseignement supérieur : depuis la rentrée 2021 le diplôme phare des IUT, le DUT, a pris un an de plus pour devenir le bachelor universitaire de technologie (BUT). Avec le président de l’Association des directeurs d’IUT (Adiut), Martial Martin, nous faisons le point sur son développement et ses enjeux.

Olivier Rollot : Quel premier bilan pouvez-vous établir du lancement du bachelor universitaire de technologie (BUT) ?

Martial Martin : Le contexte n’était pas forcément le meilleur avec une réforme du bac général un peu avortée en raison de la pandémie. Sans oublier des jeunes qui ont passé deux années de cours un peu aléatoires et dont le niveau est d’une grande hétérogénéité. En l’absence de forums d’orientation il a aussi été difficile de communiquer auprès des élèves. Aujourd’hui il est difficile d’analyser ce qui est dû à la réforme du bac général et ce qui est dû à la pandémie. Au final nous avons reçu autant de candidatures pour le BUT qu’il y en avait auparavant pour le diplôme universitaire de technologie (DUT) soit 1,3 million sur Parcoursup.

O. R : La création du BUT correspond donc bien à une demande des étudiants ?

M. M : Il y avait une vraie attente d’un diplôme en 3 ans alors que l’usage – à 90% ! – de nos diplômés de DUT était de poursuivre leur cursus une année de plus, parfois en bachelor, parfois en licence ou encore en licence professionnelle. Cela signifiait qu’ils devaient candidater deux fois dans une filière sélective : après le bac pour entrer en DUT et après leur DUT. Maintenant ils n’ont plus à le faire qu’une seule fois. De plus ils ont toujours la possibilité d’interrompre leur cursus après deux ans leur DUT en poche. C’est une formule très souple que nous proposons.

O. R : Quels sont les BUT les plus recherchés ?

M. M : Il n’y a pas la même pression sur toutes les formations. Les formations tertiaires sont particulièrement demandées notamment par les bacheliers STMG qui sont très nombreux à candidater en Gestion des entreprises et des administrations (GEA), Techniques de commercialisation (TC), Gestion administrative et commerciale des organisations (GACO), Carrières juridiques (CJ) etc. Les formations en informatique et numérique sont également particulièrement demandées.

Les formations industrielles un peu moins. Si on ne forme pas plus d’élèves en STI2D ou STL dans les lycées on va manquer de cerveaux pour réindustrialiser la France ! Comment créer une filière complète du médicament si on ne peut pas recruter assez de bacheliers STL dans les BUT chimie, biochimie ou encore génie biologique ? L’industrie garde malheureusement une image assez médiocre auprès du public. Il y a un vrai travail d’acculturation à faire auprès du public pour en montrer les atouts.

O. R : Qu’est-ce qui change le plus entre l’ancien DUT et le nouveau BUT ?

M. M : Nous avons réalisé une véritable révolution dans l’approche par compétences. En travaillent avec un laboratoire de l’université de Liège sur des méthodes éprouvées en Finlande ou au Canada nous proposons maintenant une approche par compétences. Cela signifie non seulement le recours à des TD/TP classiques mais aussi à une évaluation sur du travail en autonomie sous forme de projets articulés à des enseignements. Dès la première année nous faisons dialoguer l’étudiant avec ces « situations d’apprentissage et d’évaluation » (Saé).

O. R : Les BUT sont censés recruter au moins 50% de bacheliers technologiques. Est-ce un chiffre que vous atteignez aujourd’hui?

M. M : Nous avons eu un moment de crispation avec le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) car nous pensions qu’il était un peu trop tôt pour parvenir à ce pourcentage. Aujourd’hui c’est clairement l’objectif que nous nous sommes fixés. C’est relativement facile dans les BUT tertiaires – à 1 ou 2% près dans un sens ou l’autre – mais beaucoup plus dans les BUT de production. Dans certains IUT de métropoles, nous parvenons à la parité mais ailleurs dans les IUT d’équilibre territorial, il n’y a tout simplement pas assez de bacheliers STI2D. On les appelle largement mais le vivier est vite épuisé et, au final, nous sommes plutôt aux alentours de 20 ou 25% de bacheliers technologiques dans beaucoup de BUT de production.

O. R : Un vif débat vous a opposé, ainsi que la Conférence des présidents d’université (CPU), aux ingénieurs de la Cdefi (Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs) autour de la question du niveau du BUT. En résumé la Cdefi considère que le BUT n’apporte pas un niveau significativement plus important que le DUT qui justifierait que ses titulaires entrent en cycle master. Une attitude que n’ont d’ailleurs pas les écoles de management qui recevront les titulaires d’un BUT à ce niveau pour la plupart. Où en est-on aujourd’hui de ce débat ?

M. M : Tout part d’une incompréhension de la réforme des études en IUT. Délivrer 2000 heures de cours sur trois ans et un stage long en troisième année c’est un nombre d’heures équivalent aux trois premières années de cours d’une école à prépa intégrée. En BUT on doit suivre au moins 24 semaines de stage et 600 heures de situation d’apprentissage et d’évaluation dans lesquelles s’imbriquent formation et projets en situation. C’est une formation toute nouvelle qui accorde un plus grand degré d’autonomie aux étudiants.

Autre incompréhension : tout le monde n’avait pas compris que la sortie en DUT était orientée vers la poursuite d’études. Aujourd’hui on se comprend mieux avec un respect mutuel pour le cursus de BUT en 3 ans, comme pour le cycle ingénieurs, dont il est préférable de suivre les trois années.

Au bout de deux années en IUT on a parfois un profil qui présente toutes les bonnes conditions de réussite en école d’ingénieurs. Mais nous avons également un public pour lequel trois années sont nécessaires et qui a tout avantage à poursuivre jusqu’en BUT avant de tenter d’intégrer une école d’ingénieurs.

Nous travaillons  avec les écoles d’ingénieurs du réseau Polytech pour sécuriser un parcours 3 ans + 3 ans pour un public d’élèves issus d’un bac technologique. Il ne faut d’ailleurs pas non plus oublier que tous les élèves de classe préparatoires n’entrent pas dans une école d’ingénieurs après seulement deux années.

O. R : Avec les universités comment se passe la transition ?

O. M : Tout dépend du master. Nous travaillons avec les unités de formation et de recherche (UFR) pour offrir une cartographie de ce qui est possible après l’obtention de son BUT. Parfois le BUT peut mener directement en première année de master, parce que le programme s’y prête, parfois il faut mieux passer par une licence 3, après la deuxième année de BUT, dans la mesure où le programme est plus théorique.

O. R : Au moment où on a commencé à parler des spécialités du nouveau bac général, un tableau était sorti qui donnait des indications des meilleures spécialités à choisir, à l’époque DUT par DU. Est-ce un travail que vous referez pour les BUT ?

M. M : Parmi les 24 BUT la grande majorité ne demandent aucune spécialité spécifique. Dans les BUT Production la doublette Maths et physique-chimie a représenté 22% des reçus cette année. La plupart des jeunes qui postulent en BUT Production ont logiquement opté en amont pour des triplettes puis doublettes largement scientifiques. Mais les mathématiques complémentaires peuvent suffire.

Nous sommes très intéressés par des profils transversaux. Un élève ayant choisir les spécialités Mathématiques et Sciences économiques et sociales (SES) pourrait être classé pour intégrer un BUT dans la production. Même chose pour Sciences de la vie accolée à Langues, littératures et cultures étrangères et régionales (LLCER). Les IUT sont sans doute la structure qui ouvre le plus les portes aux doublettes atypiques. Mais nous regardons aussi de très près les triplettes de première.

O. R : Au-delà des spécialités qu’est-ce que les IUT regardent de très près dans les dossiers des candidats sur Parcoursup ?

M. M : Nous prenons bien sûr en compte le projet de formation. Nous valorisons beaucoup les réalisations personnelles et l’engagement citoyen. En BUT on peut tout à fait conserver des activités associatives pour garder son équilibre tout en réussissant sa scolarité. Tout cela nous le voyons sur Parcoursup.

Certaines de nos formations essayent également de maintenir des entretiens pour lever certaines ambiguïtés et bien faire comprendre ce qu’on append dans telle ou telle formation.

Il ne faut surtout pas d’incompréhension. Si on a un esprit très théorique il faut sans doute mieux opter pour une CPGE ou une licence. Dans un BUT Production on fait beaucoup de manipulation sur les paillasses, on échafaude des théories et des hypothèses. Il faut aussi savoir travailler en binôme. Et enfin avoir plutôt un projet d’intégration sur le monde du travail après son diplôme.

O. R : Le but du BUT c’est d’intégrer le monde du travail ?

M. M : L’idée d’une continuation d’études ne doit pas être trop prégnante dans l’esprit des candidats. La mission des IUT est de former des cadres intermédiaires pour nos territoires. Nous proposons l’un des rares diplômes qui donne lieu à un référentiel de compétences édicté par un comité paritaire national avec les partenaires entreprises comme les partenaires sociaux.

A dossier égal un jeune qui a le projet de faire de l’alternance et de travailler sur son territoire sera un profil que nous mettrons en avant. Ensuite il est tout à fait possible d’intégrer le marché du travail avec un bac+3 et de monter ensuite à bac+4 ou 5 par la validation d’acquis de l’expérience (VAE). Nous offrons à aux jeunes une grande souplesse de parcours.

O. R : Qu’est-ce que représente aujourd’hui l’apprentissage dans les IUT ?

M. M : 25% de nos étudiants suivent aujourd’hui leur cursus en alternance. Nous voudrions passer à 30% et même à la moitié quand le BUT sera déployé sur l’ensemble du cursus.

Avec le DUT c’était généralement la deuxième année qui était suivie en alternance puis l’ensemble de la licence professionnelle pour ceux qui poursuivaient. Nous proposons donc différentes formules : une année de formation classique suivie de deux années de formation en alternance, deux années de formation classique puis une en alternance et même trois années en alternance.

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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